Auxerre 1997, une Ligue des Champions pétillante comme un chablis

Écrit par Stéphane Deneits
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Après un premier déplacement compliqué du côté de San Siro et une bonne sortie, hélas perdue, face au Real Madrid, les Auxerrois se déplaceront ce mardi du côté de l'Ajax d'Amsterdan pour le compte de la troisième journée de la Champions League. On ne reviendra pas sur les pronostics hélas pessimistes, pour le club bourguignon. Toutefois, il est bon de rappeler que les aventures auxerroises en Ligue des Champions sont toujours marquées du sceau de l’héroïsme et du caractère. Comme en 2002, avec une victoire historique du côté d’Higbury. Mais surtout comme en 1996/97, quand les hommes de Guy Roux portèrent vaillamment les couleurs du football français. Avec Thomas Deniaud, Eric Assati et Fabrice Lepaul sur les feuilles de match.

11 Mai 1996. Au terme d’un final à suspens, l’AJ Auxerre du déjà légendaire Guy Roux, décroche son seul et unique titre de champion de France sur la pelouse de Guingamp. Après les années paillettes de la doublette Marseille-Tapie, et les sacres du PSG et du FC Nantes, c’est toute une philosophie, celle du football des campagnes, du labeur et du travail, qui est récompensée. Mais au delà de toute analyse surfaite, il faut que reconnaître que l’équipe auxerroise sacrée a vraiment de la gueule : un Laurent Blanc qui démarre une seconde jeunesse, un Corentin Martins qui éclabousse la D1 de sa technique, un Bernard Diomède qui galope à grand train, et un Laslandes qui aligne autant de buts qu’il n’a de bouclettes à sa belle chevelure. Tout est beau, tout est merveilleux dans l’Yonne. Seulement, une autre aventure, prestigieuse, attend les auxerrois dès la rentrée 1996. La Ligue des Champions, l’unique, diront les puristes. Celle où seuls les vainqueurs nationaux ont droit d’entrée. L’époque des longues soirées du mercredi, menées par un Roger Zabel des grands jours, aux commandes d’un programme copieux durant plus de trois heures, sur un TF1 qui respectait encore un peu le football. Des souvenirs de gosses pour beaucoup d’entre nous.


Gamins et impatients, les Auxerrois ont du se sentir dans cette posture au moment du tirage au sort. Car le programme proposé se révèle costaud : Ajax Amsterdam, Glasgow Rangers et Grashoppers de Zurich. Ce qui constituerait aujourd’hui une confortable poule de Ligue Europa était à l’époque une toute autre paire de manches. L’Ajax, finaliste en titre, et vainqueur de la compétition deux ans auparavant, fait figure d’épouvantail. Malgré les départs des meilleurs éléments de la génération Van Gaal aux quatre coins de l’Europe, les Hollandais restent redoutables. Quant aux Rangers, l’idée de se cogner un déplacement du côté d’Ibrox effraie toujours plus d’un newbie de la Coupe aux grandes oreilles. Enfin, les « sauterelles » de Zurich, emmenées par le cannonier Turkylmaz, se présentent comme un dangereux outsider. Bref, la tâche ne sera pas simple.

 

European Road Trip


auxerre1997Elle se révèle d’autant plus compliquée que les bourguignons, déplumés à l’intersaison (Blanc, Martins, Cocard sont partis sous d’autres cieux), trébuchent d’entrée de jeu à l’Abbé Deschamps. L’Ajax du magicien finlandais, Jari Litmanen, buteur à la 4ème minute, réussit le hold-up, mettant un sérieux coup de frein aux velléités des hommes de Guy Roux. Ceux ci peuvent adresser un grand merci à leur gardien Charbonnier, dont les parades ont permis d’éviter une débâcle. Maintenant, plus le choix, il va falloir aller réussir un coup à Glasgow. Un stade d’Ibrox qui va découvrir, en même temps que le foot français, une véritable comète. Qui se nomme Thomas Deniaud. Absolument inconnu au bataillon et arrivé tout droit de la réserve auxerroise ferraillant en National 2, celui-ci crucifie Andy Goram à deux reprises, pendant que les Rangers bousculent des auxerrois vacillants, mais terriblement courageux. Seul Gascoigne parviendra à tromper la vigilance de Charbonnier. Jour de gloire pour Deniaud, qui vit ici ses plus belles heures, n’ayant pu confirmer ce match d’anthologie durant la suite de sa carrière.

Maintenant que la machine est relancée, il faut confirmer avec la double confrontation face aux Grashoppers de Zurich. Après un succès probant à la maison 1-0, et un nouveau pion de Deniaud, les compteurs sont remis à zéro en raison d’une lourde défaite 3-1 au Letzigrund. Un match resté entaché par un scandale arbitral : l’un des cadors mondiaux du sifflet, le suisse Rothlisberger, arbitre de la finale OM-Milan de 1993, est pris en flagrant délit de tentative de corruption sur l’arbitre biélorusse du match. Le référé suisse en sera banni définitivement. Mais cela ne consolera pas les auxerrois qui se retrouvent dos au mur, à la veille d’un déplacement à l’Arena d’Amsterdam, qui sent encore la peinture fraîche, quelques mois après son inauguration…

Un match de légende et une victoire 2-1 plus tard, Guy Roux lance les piques : « D’habitude en France, on fait le cocorico d’abord et on pleure ensuite ; là, c’est l’inverse et j’aime bien ça. La France devrait s’en inspirer. Ca éviterait peut être une élimination pour une Coupe du Monde aux Etats-Unis ». Grâce à des Diomède et Marlet de gala, les auxerrois réalisent une performance de haute volée, face à des hollandais totalement déboussolés par tant de maîtrise. Guy Roux l’avouera il y a quelques mois, ce match constitue l’un des ses plus grands souvenirs. Mais reste à terminer le travail pour espérer un printemps européen. Marlet et Laslandes assurent la douche aux écossaises, et Auxerre peut enfin se tourner vers la cour des grands. Les quarts de finales, face aux allemands du Borussia Dortmund.

 

Espagnol pourfendeur

A quoi tient l’issue d’une confrontation ? A une simple décision arbitrale ? Un coup de sifflet survenu peu avant la mi temps d’une rencontre indécise, au cours laquelle les allemands ouvrent le score à la 12ème minute sur une réalisation de Riedle. D’un magnifique ciseau, Lilian Laslandes égalise. Un geste trop beau pour monsieur Garcia Aranda, qui refuse le but en raison d’un jeu soi disant "dangereux" sur Kree. Dès lors, le Borussia accèlere : Schneider, puis Moeller corsent la note. Toutefois, le jeune Sabri Lamouchi, ayant ramené le score permet aux auxerrois d’y croire avant le match retour. Deux buts à remonter, et surtout, effacer le souvenir encore frais de la demi finale de Coupe de l’UEFA 1993, où les hommes de Guy Roux s’inclinèrent aux tirs aux buts face à ces mêmes allemands. Hélas, malgré toute la meilleure volonté du monde et un début de match tonitruant, l’AJA s’incline sur un but de Ricken. Et Dortmund s’envole vers le sacre européen. Quant à Auxerre, si vaillant et courageux face aux cadors européens, il gagnera au moins un bien beau trophée, certes honorifique : le respect de tout un continent.

 

Crédits : Histoaja.free.fr

Dernière modification le Lundi, 18 Octobre 2010 20:06
Stéphane Deneits

Stéphane Deneits

Aka Steph Hantastic, footeux toujours sur le grand plateau. Et gersois par dessus tout.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Magnum Mardi, 19 Octobre 2010 15:34 Posté par Magnum

    He! Youki tu veux nous mettre la larmichette???

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