Gamins et impatients, les Auxerrois ont du se sentir dans cette posture au moment du tirage au sort. Car le programme proposé se révèle costaud : Ajax Amsterdam, Glasgow Rangers et Grashoppers de Zurich. Ce qui constituerait aujourd’hui une confortable poule de Ligue Europa était à l’époque une toute autre paire de manches. L’Ajax, finaliste en titre, et vainqueur de la compétition deux ans auparavant, fait figure d’épouvantail. Malgré les départs des meilleurs éléments de la génération Van Gaal aux quatre coins de l’Europe, les Hollandais restent redoutables. Quant aux Rangers, l’idée de se cogner un déplacement du côté d’Ibrox effraie toujours plus d’un newbie de la Coupe aux grandes oreilles. Enfin, les « sauterelles » de Zurich, emmenées par le cannonier Turkylmaz, se présentent comme un dangereux outsider. Bref, la tâche ne sera pas simple.
European Road Trip
Elle se révèle d’autant plus compliquée que les bourguignons, déplumés à l’intersaison (Blanc, Martins, Cocard sont partis sous d’autres cieux), trébuchent d’entrée de jeu à l’Abbé Deschamps. L’Ajax du magicien finlandais, Jari Litmanen, buteur à la 4ème minute, réussit le hold-up, mettant un sérieux coup de frein aux velléités des hommes de Guy Roux. Ceux ci peuvent adresser un grand merci à leur gardien Charbonnier, dont les parades ont permis d’éviter une débâcle. Maintenant, plus le choix, il va falloir aller réussir un coup à Glasgow. Un stade d’Ibrox qui va découvrir, en même temps que le foot français, une véritable comète. Qui se nomme Thomas Deniaud. Absolument inconnu au bataillon et arrivé tout droit de la réserve auxerroise ferraillant en National 2, celui-ci crucifie Andy Goram à deux reprises, pendant que les Rangers bousculent des auxerrois vacillants, mais terriblement courageux. Seul Gascoigne parviendra à tromper la vigilance de Charbonnier. Jour de gloire pour Deniaud, qui vit ici ses plus belles heures, n’ayant pu confirmer ce match d’anthologie durant la suite de sa carrière.
Maintenant que la machine est relancée, il faut confirmer avec la double confrontation face aux Grashoppers de Zurich. Après un succès probant à la maison 1-0, et un nouveau pion de Deniaud, les compteurs sont remis à zéro en raison d’une lourde défaite 3-1 au Letzigrund. Un match resté entaché par un scandale arbitral : l’un des cadors mondiaux du sifflet, le suisse Rothlisberger, arbitre de la finale OM-Milan de 1993, est pris en flagrant délit de tentative de corruption sur l’arbitre biélorusse du match. Le référé suisse en sera banni définitivement. Mais cela ne consolera pas les auxerrois qui se retrouvent dos au mur, à la veille d’un déplacement à l’Arena d’Amsterdam, qui sent encore la peinture fraîche, quelques mois après son inauguration…
Un match de légende et une victoire 2-1 plus tard, Guy Roux lance les piques : « D’habitude en France, on fait le cocorico d’abord et on pleure ensuite ; là, c’est l’inverse et j’aime bien ça. La France devrait s’en inspirer. Ca éviterait peut être une élimination pour une Coupe du Monde aux Etats-Unis ». Grâce à des Diomède et Marlet de gala, les auxerrois réalisent une performance de haute volée, face à des hollandais totalement déboussolés par tant de maîtrise. Guy Roux l’avouera il y a quelques mois, ce match constitue l’un des ses plus grands souvenirs. Mais reste à terminer le travail pour espérer un printemps européen. Marlet et Laslandes assurent la douche aux écossaises, et Auxerre peut enfin se tourner vers la cour des grands. Les quarts de finales, face aux allemands du Borussia Dortmund.
Espagnol pourfendeur
A quoi tient l’issue d’une confrontation ? A une simple décision arbitrale ? Un coup de sifflet survenu peu avant la mi temps d’une rencontre indécise, au cours laquelle les allemands ouvrent le score à la 12ème minute sur une réalisation de Riedle. D’un magnifique ciseau, Lilian Laslandes égalise. Un geste trop beau pour monsieur Garcia Aranda, qui refuse le but en raison d’un jeu soi disant "dangereux" sur Kree. Dès lors, le Borussia accèlere : Schneider, puis Moeller corsent la note. Toutefois, le jeune Sabri Lamouchi, ayant ramené le score permet aux auxerrois d’y croire avant le match retour. Deux buts à remonter, et surtout, effacer le souvenir encore frais de la demi finale de Coupe de l’UEFA 1993, où les hommes de Guy Roux s’inclinèrent aux tirs aux buts face à ces mêmes allemands. Hélas, malgré toute la meilleure volonté du monde et un début de match tonitruant, l’AJA s’incline sur un but de Ricken. Et Dortmund s’envole vers le sacre européen. Quant à Auxerre, si vaillant et courageux face aux cadors européens, il gagnera au moins un bien beau trophée, certes honorifique : le respect de tout un continent.
Crédits : Histoaja.free.fr
