N’ayons pas peur des mots, ce bouquin est l’exemple type de l’escroquerie éditoriale. Composé à 90% de chroniques déjà parues, lors de l’année écoulée, sur le blog Pierrot le foot - non, Godard, Belmondo, Anna Karina, vous ne méritiez pas cela ! -, ce livre considère donc que la seule analyse valable est celle d’un chroniqueur sûr de lui, jetant ses jugements entre deux vannes à Hervé Mathoux et un pelotage d’Isabelle Moreau. Evidemment, avec cette logique, il y a comme un danger qu’on tombe sur du vide avec des creux. Crainte confirmée, presque tout au long du livre.
Quel intérêt de lire des chroniques sur les matches amicaux de l’hiver dernier ? Hormis le fait, clairement annoncé par l’auteur lui-même dans sa préface, de bien montrer que lui avait tout vu, avait deviné quand tous ses collègues et ces cons du public croyaient encore au grand soir. Bon, pour que ça marche, Pierrot aurait quand même dû, dans sa flemme incurable, prendre au moins la peine de se relire. Parce que les passages sur les Bleus souriants et concernés, voire solidaires, après le match contre le Costa Rica, avec le recul, ça fait sourire… (Lire : Que reste t-il après l'euphorie) Le livre se construit autour de compte-rendus de matches, de notes attribuées aux joueurs et d'une analyse. Enfin, pour toute analyse, Ménès se contente d'écrire ce qu’il a pensé du match... Ne vous attendez pas à trop non plus.
A la lecture, le constat est simple, Ménès en tant que journaliste n’apporte aucune valeur ajoutée. Pas d’info, de scoops, ni de véritable analyse donc. Et sur la forme, lui si prompt à reprocher aux Bleus leur absence d’idées dans le jeu, écrit comme il parle : dans un style faussement jeune, horriblement avachi. Vous voulez à tout prix savoir quelle note avait mis Ménès à Planus lors du match contre la Tunisie, en étant sûr de ne rien apprendre de plus croustillant ? Ce livre est pour vous. Soyons justes, toutefois. A la fin du livre, Ménès livre des portraits des Bleus.
D'accord, ces portraits ont déjà été publiés eux aussi sur son blog. Après, si les gens achètent ce qui est gratuit, faut pas se priver... Et il est vrai, que le portait de Henry ( p. 141-148 ) vaut son pesant de cacahuètes. Avoir Ménès comme avocat, ce n'est sans doute pas ce qui est arrivé de mieux à Henry au cours de sa carrière. Entre la défense acharnée de son pote - la preuve ? Il l’appelle Titi et il a son numéro de portable -, le récit grotesque - toi aussi lecteur, vis ma vie de journaliste privilégié - d’une séance de shopping londonien avec Henry et Charleen Spiteri (Charleen qui ?) et pour couronner le tout, l’épisode pathétique du petit enfant gravement malade ému par la générosité du champion au grand cœur, tout y passe. Sept pages de franche rigolade, c’était pas nécessairement voulu, mais au milieu d’un tel ennui profond, c’est franchement bienvenu.
Seule satisfaction : en parcourant ce livre, on n'entend pas Isabelle Moreau glousser.
Pierre Ménès, Carton rouge pour les Bleus, Ed. du Rocher
Bonus track - De la bonne littérature de gare routière
Quitte à lire un bouquin qui se passe dans un bus, autant lire de la grande littérature. Conseils parmi d’autres, Les naufragés de l’autocar de John Steinbeck. Ecrit et publié en 1947, ce roman suit les aventures et les pensées intérieures de chacun des passagers d’un bus sur les routes californiennes. Portraits croisés qui permettent à Steinbeck de parler de l’Amérique comme lui seul sait le faire. Sans concession et avec un souffle romanesque ébouriffant.
Plus anecdotique, mais très divertissant, Petits suicides entre amis du romancier finlandais Arto Paasilinna. Soit, le suicide collectif d’une galerie de personnages, lancés dans un bus destiné à se jeter d’une falaise. Une illustration parfaite à l'humour noir de ce qui s’est peut-être réellement passé dans le bus des Bleus.
