Alors que sur RMC et partout ailleurs, tout le monde semblait déjà déçu avant même que ça commence pour l’Equipe de France, tu n’as pas l’impression que quelque chose est en train de changer ?
Tu as peut-être raison… Il y a eu effectivement du changement, sans doute grâce à des décisions excellentes – je veux parler de l’écrémage pratiqué par Domenech dans sa liste. Après, l’ambiance qui entoure le stage à Tignes peut aussi jouer un rôle important. Les mecs s’entendent tellement dire « Vous êtes nuls », « Personne ne vous aime » qu’il peut se passer quelque chose. Attention, je dis pas qu’ils vont aller loin dans la compétition… Mais il se pourrait bien que cette équipe se mette enfin à retrouver l’envie de bien faire, à ressembler à quelque chose. Prends un joueur comme Cissé, j’ai toujours dit qu’il n’avait rien d’extraordinaire, que ce n’était pas un super joueur. Mais de toute évidence, le mec a une super mentalité. Rien que pour ça, il est à sa place dans ce groupe. Dans le même registre, je trouve que la présence de Planus est une autre très bonne idée.
Est-ce que ça veut dire qu’on va pouvoir enfin prendre un peu de recul par rapport à Domenech, au personnage et à ses choix ?
"Quoi qu'il arrive, je ne changerai jamais d'avis sur Domenech !"
Domenech, ça fait quoi, sept ans qu’il est là, et il n’a rien fait. Ce que j’ai toujours dit et je resterai sur cette position, c'est que ce mec n’a pas d’équipe, pas d’idée, pas de jeu… Il s’est montré constamment méprisant à l’égard du peuple français par médias interposés. Après, s’il se passe quelque chose en Afrique du Sud, c’est sûr que les choses tourneront – à commencer par les vestes de certains. Pour moi, quoiqu’il arrive, je ne changerai pas d’avis le concernant.
Côté médias, tout le monde se prépare aussi. Pour le sacro-saint duo commentateur et consultant ou pour la formule gang bang de consultants autour de Christian Jeanpierre ?
En fait, je m’en fous… Ca m’indiffère assez de savoir qui commente le match que je regarde et comment on s’y prend. Ce qui m'intéresse avant tout, c’est le terrain. Après, peut-être que je préfère un type plus neutre comme Christian Jeanpierre qu’un mec qui donne son avis sur tout et qui taille tout les joueurs en pièces.
On a parfois l'impression que tu prends toujours un malin plaisir à ne pas être d'accord avec les autres journalistes. A commencer visiblement par Pierre Ménès…
"J’adorerais me retrouver à la même table que Ménès, en face de lui, pour lui poser certaines questions."
C’est bizarre, on me la pose toujours cette question… Est-ce qu’on la lui pose autant à lui qu’on me la pose à moi ? Tout ce que j’ai dit, c’est que je ne cherche pas forcément à être drôle, provoc’ ou je ne sais quoi. Moi, je me contente de faire les choses comme je les sens, en acceptant au passage la critique.
Ce qui n’est pas le cas de Ménès. Pour peu que ce qu'on raconte à son sujet ne lui plaise pas, il menace de procès tout le monde quand il ne se met pas à donner dans la menace physique. Autant que je sache, dans le passé, que ce soit dans les journaux ou même dans la littérature, les mecs passaient leur temps à s’envoyer des critiques, à donner dans le pamphlet ou la polémique sans se menacer à tout-va. On doit pouvoir y arriver nous aussi, plutôt que de vouloir faire croire qu’on est tous amis parce qu’on fait le même métier.
Moi, j’adorerais me retrouver à la même table que Ménès, en face de lui, pour lui poser certaines questions, sur sa connivence permanente avec les joueurs et le milieu du foot en général, sur le fait qu’après avoir taillé Domenech pendant des années, il se retrouve maintenant à manger à la même table que lui… On pourrait faire ça plutôt que d’entendre parler de menaces et procès. En attendant, s’il y a une chose de sûre, c’est que lui et moi, on ne fait pas notre métier de la même manière.
Toi non plus tu n’es pas à l’abri des contradictions. On t’a entendu fumer l’OL de Puel un jour parce qu’il joue tout pour la défense et rendre hommage à Mourinho le lendemain quand il gagne avec dix défenseurs face au Barça. Avant d’affirmer que l’OM de Deschamps était « chiant à voir jouer » parce qu’il jouait un brin trop défensif…
Pour rappel, l’Inter l’emporte quand même 3-1 au match aller. Mettre autant de buts au Barça, ça reste rare. Au retour, les Interistes se retrouvent à dix au bout de vingt minutes. Mourinho fait alors les ajustements qu’il faut et se montre pragmatique.
Puel, je suis pas sûr que ce soit la même chose… Y a qu’à voir le match retour des Lyonnais face aux Girondins. Ce match, il est mené comme on jette une pièce en l’air : pas de pensée, aucune réflexion. Tout ce qu’on voit, c’est un entraîneur qui se dit « Attendons que ça passe et voyons après ». Pas étonnant qu’après ça justement, il ait droit à une leçon de football de la part du Bayern, à l’aller comme au retour.
Pour Deschamps, c’est encore différent. Il prend l’équipe cette saison dernière et termine champion la première année, avec la meilleure attaque du championnat, je crois. Autrement dit, il a déjà obtenu ce qu’il cherchait. Après, on le sait, il faut plus d’une saison pour imposer ses idées, que les gars trouvent des automatismes et pratiquent un autre niveau jeu, plus léché. Si on retourne voir du côté de Puel, on s'aperçoit au bout de deux années à Lyon que ça ne donne toujours rien.
Au fait, pas trop dur de parler de ce « foot 5 étoiles » après les soirées de Ligue 2 sur Ma Chaîne Sport ?
"J'ai été le premier à découvrir Hoarau."
Pas du tout. D’abord, parce que j’ai surtout été présent pour la fin de saison passionnante comme jamais. Le niveau de jeu a sans doute été moins bon cette année que la précédente, mais j’ai pris un vrai plaisir à vivre cet épilogue.
Pour le reste, ces trois années à suivre la Ligue 2 m’ont appris plein de choses. Ces trois années se sont révélées très formatrices. J'ai pu échanger avec les coachs, voir des joueurs un peu plus qu'une minute trente en zone mixte, en savoir un peu plus sur le fonctionnement d’un club avec les présidents. On a tendance à l’oublier, mais c'est en Ligue 2 que commence le foot professionnel. Et c’est par là que moi j’ai pu apprendre mon métier.
Je pourrais comparer ça vec le milieu du cinéma où l’on peut apprendre bien plus au contact de cinéastes en devenir dans un petit festival local qu’en se retrouvant tout suite plongé dans la grosse machine cannoise. Mon parcours en Ligue 2, c'est ça. C’est en suivant ce championnat que j’ai été le premier à découvrir Hoarau, que j’ai pu entendre Landry Chauvin, l’entraîneur de Sedan, me dire que Stéphane M’Bia serait toujours bien meilleur en défense centrale. Lui, il sait ce qu'il raconte, puisqu'il l'a connu quand il dirigeait le centre de formation du Stade Rennais, sans doute ce qui se fait de mieux avec Le Havre aujourd’hui en France. Il y a Daniel Sanchez aussi à Tours grâce à qui j'ai pu connaître Olivier Giroud, un excellent buteur qui a signé pour Montpellier et qui devrait être l’une des attractions de Ligue 1 l’année prochaine. Et puis Arles-Avignon ! Tu vas voir, la saison prochaine, tout le monde va parler de cette équipe !
Dans ton livre OM-PSG, PSG-OM : Les meilleurs ennemis, enquête sur une rivalité, on découvre une charge énorme contre l'OM en général et contre celui de Tapie en particulier. Cela ne t’a jamais posé de problème ?
Pourquoi ça me poserait problème vu qu’il y a participé ? Après, une fois le livre publié, il a fait le numéro du procès pour diffamation, mais il n'a jamais porté plainte. Peut-être parce qu’à chaque fois qu’il a fait un procès, il n’a jamais gagné. Et que ce qui est écrit dans le livre doit être vrai...
On te sait supporter du PSG. Quel regard portes-tu sur les mesures annoncées par Robin Leproux ?
"Sans les mesures de Leproux, c'était la guerre civile au PSG."
C’est terrible à dire, mais je crois qu’on est arrivé à un point où on ne pouvait plus faire autrement. Si on avait continué à laisser aller, je suis sûr qu'on aurait eu droit à une guerre civile la saison prochaine. Je pense clairement qu’il se serait passé des trucs terribles… Pas des morts, hein… Mais un climat encore plus pourri.
Après, c’est sûr que ces décisions risquent de porter un coup au supportérisme parisien et à l’ambiance du Parc. Reste que si on en est arrivés là, c’est que les mecs l’ont bien cherché. Les supporters n'ont à s'en prendre qu’à eux-mêmes. Et puis, la répartition aléatoire des abonnés en tribune permettra de savoir enfin s'il s’agit oui ou non d’une minorité qui pose problème. Si après ça on se rend compte qu’on a affaire à une majorité, alors il ne restera qu’une seule solution, les renvoyer du Parc.
Côté terrain, il faudra que la promesse que vient de faire Bazin de remettre des moyens soit tenue. Si ce n’est pas le cas, j’ai bien peur que ça parte un peu plus en couilles…
Propos recueillis par Emmanuel Raide
