Quelles différences entre écrire sur le foot et sur d'autres sports ?
Il y a sans doute des trucs auxquels il faut faire gaffe. Par exemple, sur le dopage, tu peux à peu près faire comme si. Quand on voit Chelsea-Liverpool l’an passé, on peut se dire que physiquement c'est totalement hors-norme... Mais tu n'es pas obligé de vriller comme pour le vélo où t'as quand même l'impression que le classement sportif ne correspond plus au mix de valeur athlétique, d'intelligence tactique... Ne correspond plus à du sport quoi ! En foot aussi, le dopage a sans doute dû modifier certaines hiérarchies, mais tu sens qu'il y a moins urgence...
"Dans le foot c'est le Far West ! Vous avez des mecs qui déboulent... L'agent d'Alou Diarra, c'est un Hongrois, tenancier de bar à Bordeaux. C'est pas un type que vous trouvez dans les Pages Jaunes..."
On dit qu'en foot, un produit dopant ne peut pas aider d'un point de vue purement technique...
J'en ai parlé avec Gérard Banide, qui a été formateur à Monaco pendant de nombreuses années. Il a eu Trezeguet, Henry... Ce gars-là, il m'a dit : « Des mecs comme Zidane, aussi bons que lui techniquement, j'en ai vu. Mais des mecs qui restaient à moins de quinze mètres du ballon tout le match, j'en ai jamais vu avant lui. » C'est aussi l'art d'un mec comme Gourcuff par exemple. On peut toujours raconter qu'il sait faire beaucoup de choses avec un ballon, ce qui n'est pas faux. Mais quand vous regardez bien, il est toujours à dix-quinze mètres. C'est-à-dire qu'il fait le jeu collectif à lui tout seul. A chaque fois que le porteur du ballon lève la tête, il a son Gourcuff. La technique est toujours liée à l'athlétique.
A quoi faut-il faire gaffe alors quand on écrit sur le foot ?
Aux transferts et à tout ce qui est argent, en fait. La manière dont ça se passe, vous ne la connaissez pas. Par exemple, quand Ribéry est annoncé à Barcelone, c'est du flamby ! Moi je sais que c'est du flamby, tout le métier sait que c'est du flamby ! Parce que Ribéry, son agent, c'est Bernès, Bernès c'est Migliaccio, et Migliaccio est maqué avec le Real Madrid. Le jour où l'Equipe fait sa Une là-dessus... Je veux pas taper sur le confrère, parce qu'à l'Equipe, il y a des gens qui savent ça beaucoup mieux que moi. Le canard, il faut le vendre. Libé n'est pas au-dessus de ça et je ne veux surtout pas donner la moindre leçon. Mais c'est juste que Ribéry ne peut pas aller à Barcelone ! Vu la manière dont les transferts se font, ça ne peut pas arriver. Vous pouvez toujours annoncer le truc, mais il faut dire qu'il y a un risque d'intox.
Par rapport à ces histoires de réseaux qui ne disent pas leur nom quand il n’est pas question d’écrans de fumée, on a souvent entendu parler de similitudes avec le journalisme politique…
Si tu veux, en politique, on a quand même affaire à des mecs identifiables ou qui ont pignon sur rue. Dans le foot c'est le Far West ! Vous avez des mecs qui déboulent... L'agent d'Alou Diarra, c'est un Hongrois, tenancier de bar à Bordeaux. C'est pas un type que vous trouvez dans les Pages Jaunes...
Et puis, il n'y a pas encore d'émissions politiques comme les émissions sur le foot où t'as un niveau de café commerce... Je n'ai pas de soucis avec ça. Rien qu'ici, quand j'arrive, on me sort : « T'as vu Henry, ce qu'il a mis à Domenech ? », alors que c'est faux. C'est le problème du foot. Qui vérifie ? Qui y est ? Sur la presse écrite, on sait quand même à peu près qui croire. Moi, l'Equipe, je prendrais ça pour argent comptant. Les mecs, ils sont tout le temps sur le parking à attendre les joueurs. Ils sont extrêmement proches d'eux, ils ont des infos...
Justement, on n'a pas l’impression que cette façon de faire de l'info soit ta priorité. Quand on ouvre Libé, c’est surtout pour y trouver des reportages grand format du côté de Lorient, Boulogne ou Valenciennes…
Là-dessus, c'est très simple. Je regarde ce que les autres font et je vois ce qui reste. Je ne peux pas me battre sur l'info pure avec des mecs de l'Equipe. Donc, qu'est-ce qu’il me reste ? Deux choses. La première, c’est l'interface culture-sport, mais qui est dure à gérer pour un quotidien. La seconde, défourailler sur les conditions de travail des mecs, la manière dont ça se passe vraiment. C'est quoi le métier de joueur ou de coach ? C'est là que ça devient intéressant, parce que les autres, ça ne les intéresse pas.
Ensuite, pourquoi ces clubs-là ? Parce que les mecs y sont accessibles et que moi, je dépends toujours de ce que les mecs vont me dire. Par exemple à Valenciennes, j’ai passé deux heures et demie avec les mecs. Moi j'étais assis. J'avais ma bécane, mon bureau, et les mecs se succédaient. Si je veux faire ça à Bordeaux, je reste quinze jours. Et c'est même pas sûr que je boucle. Là les mecs m'ont fait ça sur la journée.
"Christian Gourcuff , j'étais dans son bureau au mec, et il me dit qu'un coach raconte n'importe quoi : « Vous perdez votre temps, c'est des attachés de presse. »"
Parmi tes préoccupations, il n’est pas non plus question de rester raccord avec ce qu’on retrouve dans le reste du journal ? Une affaire de style ou une approche plus magazine, raconter une histoire...
Sur Libé, je vois ce que vous voulez dire. Quand je suis arrivé, je n'avais pas fait d'école de journalisme. Donc j'ai l'impression d'être beaucoup plus formaté par Libé que par n'importe quelle école. Je venais de la fac, en science-éco. Quand t'arrives à Libé, ils te disent un truc, c'est : « C’est un maçon qui parle de maçonnerie, un politique qui parle de politique, un footballeur qui parle de football, et un journaliste de journalisme. » Bon, moi, je n'allais pas le conceptualiser. Sauf que voir des mecs qui gagnent 80 plaques par mois... Il est pas obligé le gars. Il a peut-être mieux à faire. A commencer par dépenser son fric…
Si demain je veux faire du patinage artistique, je vois Joubert dans trois jours. En trois jours, je ne vous garantis aucun joueur de Ligue 1. C'est plus dur pour le foot. Et puis, une fois face à eux, à Drogba, Anelka, Gallas – le mieux qu’on puisse avoir à Libé –, il faut réussir à les faire parler. C’est là qu’est le métier. Mes confrères de l'Equipe diraient pareil. Le reste, les idées, les angles, ça viendra toujours.
Si c’est si dur d’accéder aux joueurs, de les faire parler, pourquoi ne pas aller voir du côté d’autres acteurs ? Les coachs, par exemple…
Putain, surtout pas les coachs ! Christian Gourcuff m'a dit : « Vous perdez votre temps, c'est des attachés de presse. » J'étais dans son bureau au mec, et il me dit qu'un coach raconte n'importe quoi, de parler directement à l'attaché de presse ou d'aller voir le joueur. Un truc que j’ai retrouvé dans le discours de Laurent Blanc les trois-quatre fois où je l’ai vu cette saison : « Allez voir les joueurs, parlez aux joueurs, ce sont les joueurs qui savent... »
Si on te suit, le joueur parlera toujours mieux du coach que le coach de lui-même…
Le joueur ne parlera pas du coach, ou le moins possible. Ou alors dans l'abstrait. Quelque part, c'est quand même un mec qui peut l'emmerder, qui peut ne pas le faire jouer. Pour le reste, le joueur a fondamentalement le pouvoir, y compris sur le coach. En club, il peut toujours switcher, avec des mercatos à tire-larigot. Ce qui veut dire qu'il faut casser cette image du coach qui est le patron et du joueur qui est employé. D’ailleurs, ce n'est pas la moindre des difficultés quand on parle du foot ou qu'on écrit sur le foot. Les gens préfèreront toujours décalquer la situation du boulot, patron-employé.
C’est ce qui explique les histoires de « lâchage » qu’on peut retrouver à l’occasion ?
Sur les lâchages, il y a quand même pas mal de mecs qui me parlent de mythe. Les joueurs me parlent de mythe. Ben Khalfallah m'a dit : « Des fois oui, y a des coachs que j'ai tenu pour des enculés. Des mecs qui faisaient jouer leurs copains. » Sous-entendu, des coachs copains d'agent qui faisaient venir des joueurs de cet agent-là pour toucher une commission. Mais il m'a bien dit : « Perdre un match exprès, non. C'est mon maillot, je suis avec des coéquipiers. Je suis devant un public. Je suis payé 60 plaques par mois. »
Elles se trouvent où alors toutes ces interprétations qui peuvent amener à évoquer jusqu’au lâchage ?
Ces sujets, ils se font les soirs de match. Quand les joueurs passent en zone mixte. Là, ils passent pour tout le monde… Une heure après le match, ils sont encore dans de l'excitation du truc. Ils peuvent contrôler une ou deux réponses, mais pas plus. Sauf à être un maître zen comme les internationaux français, Gallas ou Henry. Ce qui n'est pas le lot d'un joueur de Ligue 1 lambda, de jeunes gars plus souvent dominés par leur métier qu'ils ne le dominent, qui sont écrasés par les sensations du match. Ca brûle. C'est quelque chose que vous sentez physiquement. C’est dans ces moments-là que vous allez comprendre.
A condition aussi d’avoir le background que vous aura donné le copain du canard du coin. Il y a des mecs de la presse régionale qui m'aident grave sur certains clubs. Si le mec de la Dépêche du Midi vous parle, vous saurez ce qui se passe à Toulouse. Après, il va peut-être vous dire de pas écrire telle anecdote dans Libé. Reste que ça vous permet de savoir ce qu’il se passe avant d'arriver. Je ne vais pas aller à Lens et m'asseoir devant Sow ou Hermach pour leur demander ce qui ne va pas. Ils ne me connaissent pas, pourquoi ils me parleraient ?
"Pedretti, il joue comme s'il promenait son chien."
Mais s’ils ne parlent pas, tu fais comment ? La jouer façon gonzo comme Le Touzet sur le Tour ou Homeric pour ses chroniques hippiques ?
On a déjà dû faire des papiers sur deux soupirs d'Anelka en zone mixte. De toute façon, Anelka, tu ne le verras qu'une fois tous les deux ans, donc t'as plutôt intérêt à savoir faire ça. Mais ça reste compliqué de systématiser. Puis cet angle-là s'est un peu normalisé. Fini de rire. Disons aussi qu'on est peut-être un peu moins libre...
Il y a aussi l’angle So Foot, plus culturel comme tu le disais, qui pourrait avoir sa place dans Libé…
Le problème de l'angle culturel à la So Foot, c'est que moi j’écris pour un quotidien. J'ai pas neuf feuillets à placer sur Sressov, joueur soviétique des années 50, ou sur George Best. Ca passe où ? Enfin vous voyez, je suis tenu par l'actu. Et puis, où est la culture dans le football ? Il en reste un peu, mais c'est quand même devenu mondialisé tout ça. C'est-à-dire que le joueur de Valenciennes n'est pas plus valenciennois que ce que vous allez trouver à Toulouse.
La seule ouverture culturelle que je peux encore trouver, c’est dans les portraits d’étranger. Et encore, elle tient plus à l'exercice du portrait. Ce qu’a fait Michel Henry avec Taye Taiwo à Marseille. Tiens, dans le même registre, j'essaie désespérément d'avoir Pedretti. Et, crois-moi, c'est pas moins exotique...
Qu'est-ce qu'il a d'exotique, Pedretti ?
Pedretti, il joue comme s'il promenait son chien. Dans un foot tout pressing, tout brutalité, vous avez cet espèce de mec, comme ça, qui trie le jeu comme il distribuerait les cartes, mais à dix mètres de lui seulement, des fois que ce serait décisif (rires). Enfin bon, on essaie de le voir, il veut pas. Il croit qu'on va lui parler de Nicollin.
Tu parles de portraits de joueurs étrangers en guise d’ouverture culturelle. Et aller voir des joueurs à l'étranger ?
J'y ai pensé mais... Tu penses qu'il y a quand même un truc de proximité ici qui va jouer pour toi. Après, je ne peux pas te le garantir, mais si tu regardes, Canal ils vont banquer pour la Ligue 1, ils vont pas banquer pour la Liga…. Plessis disait que le foot, c'est le clocher.
Il existe aussi d'autres façons d'écrire, de composer autour du foot, à l'étranger. Il y a même des pays, comme l'Angleterre ou l'Allemagne, où c'est très fort culturellement, jusque dans les pages de certains quotidiens nationaux…
Oui, en Allemagne, ils sont très bons. Mais faire le truc à la Kicker par exemple, c'est la mort. Tu sens qu’ils sont avec le mec, qu’ils le connaissent par cœur. En fait, c'est un peu So Foot, hein. C'est mon impression. So Foot, du jour où ils sont arrivés, on a tout de suite eu l'impression d'une proximité nouvelle avec les joueurs. Comme s’ils avaient fait disparaître d'un coup l'espèce d'écran qu'il y avait entre les joueurs et les journalistes. C'était magique, t'étais dedans.
"Moi, je parle à des jeunes gars, c'est pas des mecs qui mentent... Enfin si, Henry ment."
Le joueur doit connaître un peu le journal aussi, non ?
Alors là, j'en fiche mon billet qu'il n'y a pas deux joueurs sur trois qui connaissent France Foot. Ils identifient le mec de la presse locale, le mec de l'Equipe. Moi, pour eux, je suis « le mec de Paris », parfois « du journal de gauche »… « Vous êtes de gauche ? Parlez pas à Pujol alors, il est de droite ! » (rires) Je crois que c'est Ben Khalfallah qui m'a dit ça. Du coup, il faut être super clair quand on arrive histoire de sécuriser les joueurs qu’on rencontre. Des moments, c'est vraiment dur. C’est pour ça que vous avez toujours l'impression d'espèces de montées de speed quand vous êtes face à eux, pour tirer tout ce que vous pouvez.
Je me souviens d'une fois avec Carrasso… C'était il y a un an. Je lui ai dit : « Je comprends pas ce que vous me dites. Ca fait trois fois que j'entends 'Marseille c'est la passion'. Je sais pas ce que c’est moi la passion. Et puis je m’en fous, je suis pas à Marseille là… Alors donnez-moi une image, un truc concret. » Et là, c'était parti : « OK, une image... Quand on fait 0-0, le match où on envoie les minots au Parc... Je ne vous parle pas de savoir s'il fallait jouer ce match ou non. Mais regardez les yeux des mecs qui descendent du train gare Saint-Charles en revenant. Regardez leurs yeux, ils ne comprennent même pas ce qui leur arrive. On a l'impression que les types reviennent de la guerre 14-18 en vainqueurs. Il y a des fumigènes partout, des gens partout qui sont là pour les accueillir. La passion à Marseille, c'est ça. » Il fallait le travailler. Après je lui demande : « Alors Monsieur, qu'est-ce que vous avez entendu de plus juste sur votre métier ? » Il me dit : « C'est une boutade, mais c'est ce que j'ai entendu de plus juste. C'est Barthez qui sort ça. 'Le gardien devrait être le mec le mieux payé'. » Lui, que Barthez avait fait mijoter, qui ne lui parlait jamais parce qu'il voulait le griller : « Je pense que Barthez voulait dire qu'en fait, on a les entraînements les plus durs. On est tout le temps cassé, parce qu'on est tout le temps seul. » Quand vous voyez un entraînement de gardien, c’est exactement ça. On en revient alors à une histoire de travail accompli par rapport aux horaires, aux dépenses caloriques... A quelque chose de tout à fait basique. A des choses vraies.
Tu l’as dit aussi, lors de tes déplacements, tu es marqué par ton appartenance à un journal très particulier, estampillé culturel, marqué politiquement. Difficile de situer le sport là-dedans...
Libé, c'est l'AFP de la politique. Les mecs doivent sortir des trucs. Pour les pages sports, c'est un peu différent. Il faut bien voir qu'ici, tu fais ce que tu veux. Après, dans l'absolu, on a une place qui n'est pas si facile, juste après la rubrique éco, où il y a des plans de licenciement, des trucs comme ça… Je ne suis pas loin de penser qu'on est quand même censé être une sorte de respiration. Moi, je parle à des jeunes gars, c'est pas des mecs qui mentent... Enfin si, Henry ment, mais Saka Tiéné de Valenciennes, il est franc comme l'or ! Il va vous dire que le foot, c'est presque de la détente. Après, il y a le dopage, mais j'ai bien conscience qu'on ne peut pas faire une rubrique sports qu'avec le dopage et les malversations financières. Il y a quelque chose qui n'irait pas.
Après les pages éco, mais juste avant les pages culture… Il n’y pas de lien de ce côté-là ?
Mais attendez, la vie d'un footeux, c'est passionnant ! Il vit dix vies en une. C'est quand même des mecs qui sont tellement au taquet qu'ils ont forcément plein de choses à sortir.
Alors, si les footballeurs vivent dix vies en une, est-ce que ça en fait des rock stars ?
Si Thierry Henry n'est pas une rock star, qu'est-ce que c'est ?
"Les footballeurs, ils vous donnent la leçon tous les matins. Après le match, quand ils vous expliquent que vous n’avez rien vu alors que cinq minutes plus tôt vous pensiez avoir tout vu."
A ce compte-là, Vincent Duluc, c’est un critique rock…
Je vois ce que vous voulez dire, et il y a clairement un peu de ça. Ce sont des mecs vers qui tout le monde se tourne. Plus rien ne marche. Toutes les audiences des télés se cassent la gueule, sauf ça ! Le moindre truc qui prend des proportions monstres, le pognon qui coule à flot, les gonzesses... Il ne manque que la drogue et l’alcool, pour cause de discipline de vie, sinon le samedi vous vous faites massacrer. Les mecs savent que s'ils ne sont pas performants, ils disparaissent. Ils sont tenus par ça. Après, vous pouvez tout imaginer.
Mais ce sont aussi de bons petits mecs qui en général viennent de milieux très durs... Je ne parle même pas des Maliens qui font vivre du monde au pays... Il y avait un mec une fois, Kroupi, qui s'était fait insulter par un type à Nancy : « Moi je suis là, je prends les sous, je fais vivre je sais pas combien de personnes, je vais pas commencer à sortir les histoires sur un international français qui me traite de fils de pute. Je vais vous le dire mais ne le marquez pas... » Désarmant. Vous, le journaliste, vous êtes là, vous dites : « Quoi ? Mais c'est terrible ! Il faut en faire une question de principe ! » Et le mec vous répond : « Comptez dans votre canard combien il y a de blacks, de rebeu, tout ça. » Allez voir le principe...
Il n’y a pas de principe ?
Si, le principe, c’est qu’ils vous donnent la leçon tous les matins, les mecs. Après le match, quand ils vous expliquent que vous n’avez rien vu alors que cinq minutes plus tôt vous pensiez avoir tout vu. Le match, vous pouvez le voir à la télé dix fois, vous vous ferez avoir. Vous comprenez ? Il n'y a qu'eux qui savent. Faut être sur le terrain. C'est là qu'on a la sensation. En ça, il y a peut-être un lien évident avec la musique. Encore que le foot, c'est inépuisable parce que c'est objectif. Un groupe, vous pouvez toujours enrober ça avec du marketing ou ce que vous voulez. Monochrome Set, je me demande pourquoi ils ont fait un album pour le peu qu'ils ont vendu, alors que je vois des pinglots... Mais le foot, non. Le foot, t'es le meilleur, t'es là. Ce qui en fait comme un refuge.
Propos recueillis par Hamza Hizzir et Emmanuel Raide.
