Japon – Le samouraï en son jardin

Écrit par Michel Lespervier
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Introduit par le manqa Captain Tsubasa (Olive et Tom en V.F) au début des années 1980, le football gagne depuis trente ans toujours plus de terrain au Japon. Après sa victoire en Coupe d’Asie 1992, une première participation en Coupe du Monde en 1998, les joueurs nippons ont atteint leur point d’orgue, les huitièmes de finale de leur mondial en 2002. Bien partis pour consolider cette position de puissance émergeante en Afrique du Sud, les bonnes prestations des Samouraïs bleus de Takeshi Okada sont moins une surprise qu’une preuve supplémentaire des ambitions japonaises en vue du tournoi de 2022 pour l’organisation duquel l’archipel s’est déjà déclaré candidat.

Les cerises ovales de l’Empereur (1868-1989)

C’est en 1868 que le Japon décide de sortir de son isolement et d’accéder au développement à l’occidentale. A la mort de l’Empereur, cette période de modernisation passera à la postérité sous le nom d’ère Meiji, l’équivalent nippon du siècle des Lumières. Seul pays d’Asie à avoir enclenché ce processus de modernisation, le Japon est la seule puissance du continent à même de négocier accessoirement le partage de l’Asie avec les Européens. Ce n’est qu’en 1905 que l’Empire du Soleil levant entre directement en conflit avec l’Europe en général et la Russie en particulier. La guerre pour le contrôle de la Mandchourie reste dans la postérité comme la première guerre perdue par des Blancs dans la période moderne. 

En conséquence, l’orgueil nippon ne fait que croître dans les années qui suivent, si bien qu’en 1926 le Japon fait le choix nationalisme effréné par la voix de son empereur et décide du contrôle politique total de l’Asie au nom d’un panasiatisme jaune hostile au colonialisme européen. C’est ce qui amène l’Empire à faire alliance avec l’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste. Grâce à la puissante de sa marine et de son aviation, le drapeau japonais commence à irradier l’Asie et le Pacifique d’un soleil rouge dardé de rayons. 

La défaite de 1945 finit par avoir raison de ces rayons. L’Empereur Hirohito étant conservé sur le trône après la capitulation, l’utilisation des symboles rouges et blancs, du ciel ensoleillé aux cerisiers en fleurs,est malgré tout maintenu. Voilà pourquoi l’équipe nationale de football qui évolue au début des années 1980 dans une tenue blanche à parements bleus en arrive à porter un équipement rouge et blanc aux couleurs du drapeau national sous la direction de Kenzo Yokoyama entre 1988 et 1991. Les maillots rayés blanc et rubis sont une dernière fois lors de la Coupe d’Asie 1992. C’est la mort d’Hirohito en 1989 qui change la donne. En effet, à partir de là, le port des couleurs nationales rouge et blanche devient l’exclusivité des joueurs de l’équipe nationale de rugby, sport autrement plus guerrier et en pleine gloire lorsque le XV aux fleurs de cerisier participe pour la première Coupe Webb Ellis de l’histoire en 1987.

Le kimono bleu de M. le Premier Ministre

Le décès de l’Empereur Hirohito et la fin de l’ère Showa permettent au Japon non seulement d’en finir au niveau symbolique avec un certain autoritarisme, mais également de participer à la propagation généralisée de la couleur bleue, caractéristique d’une certaine globalisation libérale. L’emblème officiel du Premier Ministre de l’Etat du Japon est d’ailleurs une fleur de Paulownia dorée dans un ovale bleu, par opposition au sceau de l’Empereur symbolisant un chrysanthème jaune. 

A cette première rupture, il faut ajouter le retour à une réminiscence symbolique de la période impériale qui avait pu disparaître entre Meiji et Showa. La modernisation du Meiji a en effet pu être synonyme de fin d’une certaine tradition, celle chevaleresque des samouraïs, seuls combattants capables d’allier art de la guerre et sens de l’honneur, à la différence des impitoyables armées impériales du Showa. C’est donc en Samouraïs Bleus que les footballeurs japonais se lancent à l’assaut de leur Coupe d’Asie en 1992. A domicile, à Onomichi d’abord, puis cinq matchs durant à Hiroshima, les Japonais conquièrent donc un premier titre en battant l’Arabie Saoudite, double-tenant du titre. Une victoire japonaise synonyme de réhabilitation pour Hiroshima, lieu du sacre, et ses nouveaux Samouraïs, bleus.

Les trois bandes du maillot Antikomintern contre les flammes de l’Asics levant (1996-1998)

Le Japon commet à cette occasion l’erreur du repli identitaire en abandonnant le temps de la Coupe d’Asie suivante l’équipementier pangermaniste Adidas pour le très nippon Asics. Champions d’Asie 1992 avec un maillot à trois bandes tout ce qu’il y a de plus ordinaire, les Nippons se brûlent les ailes à cause des flammes rouges qu’Asics leur inflige sur les bras. Il suffit d’agrémenter à ce maillot le logo de la firme allemande à partir de 1997 pour participer à son premier tournoi mondial.

L’attachement japonais à Adidas ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans la tradition, celle de la vieille amitié germano-nipponne scellée en 1936, année olympique, par le pacte Antikomintern censé prendre en étau l’ennemi commun d’Hitler et d’Hirohito, l’Union Soviétique. Lors de la première apparition en Coupe du Monde du Japon en 1998 le maillot national est donc bleu avec des flammes rouges et blanches sur les manches. Trois défaites plus tard, le Japon malheureux à l’extérieur envisage d’organiser un mondial à domicile en s’inspirant du vainqueur du jour, les Français. 

Troussier, de l’Afrique du Sud au Japon (2002)

En 2002, la génération Olive et Tom arrive à maturité. Le Japon joue chez lui et croit fermement en ses chances. Le maillot Adidas bleu a d’ailleurs largement fait ses preuves du côté de l’équipe au capitaine Deschamps entre 1998 et 2000. Histoire de mettre définitivement toutes les chances de son côté, le Japon fait appel au Français Philippe Troussier pour coacher sa sélection.

Le scénario menant est tout droit tiré du dernier opus de Captain Tsubasa : le Japon doit prendre sa revanche sur la finale de la Coupe des Confédérations 2001 face à la France. Sauf que la perspective d’une finale Japon-France tombe à l’eau dès le premier tour. Du coup, la Turquie s’empare de la barre rouge française et s’en vient battre les Japonais en huitième de finale. La carrière de la première star du foot japonais Kazuyoshi Miura ne peut incarner plus loin Olivier Aton. Il lui manquait son mentor, Roberto Cedinho, Brésilien blanc au passé de footballeur raté des années 80. Comme ça que Zico succède à Troussier au terme de cette première Coupe du Monde asiatique.

Col Mao, sacrilège ! (2006)

Chez le vieil ami allemand, l’objectif est donc de faire aussi bien qu’en 2002 : passer le premier tour. Malheureusement en 2006, les vieux gauchistes européens fêtent les 30 ans de la mort de Mao et les Japonais sont contraints de porter le col caractéristique de la Longue Marche. Les Japonais se font donc griller dans la dernière ligne droite du Grand Prix du Pacifique face à l’Australie qu’ils dominent tout le match, avant de prendre trois buts en dix minutes. Après un nul face à une Croatie orpheline de Suker, les Samouraïs offrent à Ronaldo l’occasion d’égaler le record de buts en Coupe du Monde de Gerd Muller (14 buts). Zico Cedinho a vécu et son poulain italien, le Mark Lenders Hyuga du monde réel, Hidetoshi Nakata, finit épuisé. Il tire sa révérence après s'être écroulé dans le rond central, en pleurs.

Le soleil-levant chez la Nation-arc-en-ciel

En 2010, le Japon retrouve un maillot aux allures du Puma de 1995, sensiblement le même que celui de l’Afrique du Sud Kappa de la même période. Pour rappel, c’est avec cette vareuse que les deux équipes dominaient alors leur continent au milieu des années 1990. Caractérisé par de fines épines diagonales tout à fait dans l’esprit iconoclaste de la libération de cette fin de siècle et une barre tracé ras-le-col, marque des derniers vainqueurs et des équipes surprises aux trois bandes en Coupe du Monde, ce maillot est une bonne raison de penser que l’esthétique japonaise sera de bon ton du côté du Cap. L’actuel Premier Ministre japonais Yukio Hatoyama s’est même payé une chemise aux couleurs bariolées du continent africain qui a fait sensation dans le milieu de la mode.

Au terme de ce premier tour, le Japon a déjà gagné une place de choix dans cette Coupe du Monde, rapport à la tenue plus que correcte de son rang. Avec le Paraguay comme adversaire en huitième de finale et le titre de l’équipe pas loin d’être l’une des plus sexys de ce tournoi, rien ne dit que le Japon ne pourrait pas franchir la marche supplémentaire lui permettant de croire un peu plus en ses chances pour 2022…

Dernière modification le Mardi, 29 Juin 2010 14:27

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