J'ai vu l'avenir de la littérature en France et il s'appelle Javier Pastore

Écrit par Julien Mulao
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Du transfert de Pastore, on n'a voulu retenir qu'un chiffre, ces 45 millions d'euros lâchés par une bande de qatari pour faire venir le nouvel enfant chéri du football argentin. En oubliant l'essentiel : El Flaco est aussi là pour sauver le lien secret qui unissait les lettres françaises et sud-américaines. Démonstration à l'appui de notre envoyé spécial au pays de Jorge Luis Borges et de Gabriela Sabatini.


 

A l’annonce de la signature de Javier Pastore au PSG pour 45 millions d’euros, toute la presse  n’a vu que ce chiffre énorme, disproportionné et même carrément vulgaire, pour tous ces gens habitués à dégainer démagogie et morale quand l’imagination et la culture viennent à leur manquer. Et depuis, ça ne fait que continuer, 45 étant devenu une sorte de passage obligé, un raccourci presque aussi pratique que les initiales PSG quand il s’agit de résumer le football parisien.

La littérature vaut bien 45 millions

Or ce 45 est tellement insignifiant. Déjà, ce chiffre n’est que ce qu’il représente. Et 45 millions, c’est quoi quand on sait que n’importe quel demeuré du Calvados peut en gagner trois fois plus uniquement en cochant des croix sur une grille ? 45 millions, c’est quoi quand on se doute que la prochaine campagne présidentielle en coûtera sans doute beaucoup plus et qu’ on sera en plus sans doute privé cette fois du bonheur d’entendre Mireille Mathieu chanter victoire ? Aujourd’hui, pour 45 millions, t’as plus rien. Seuls les losers peuvent se laisser éblouir par cette fausse richesse à peine plus crédible qu’une montre de luxe au poignet d’un affamé.

Et puis ne voir que ce chiffre, c’est finalement bien le symbole d’un petit monde sportif qui, depuis la mort de Blondin et la retraite anticipée de Vincent Hardy, a fini par ignorer que la seule chose qui puisse occulter les turpitudes ignominieuses du football, c’est bien la littérature. Et c’est l’évidence même, l’arrivée de Pastore au PSG, c’est le grand retour du littéraire à Paris, c’est le Pont des Arts qui unit de nouveau la capitale française et l’Amérique du Sud. Rien que ça. Et bien plus encore.

Souvenez-vous ou imaginez - pour nos lecteurs qui n’ont pas l’élégance d’avoir l’âge de cette canaille géniale d’Antonin Maurisson - le Paris littéraire des années 50 aux années 70. C’est Paris centre du monde des lettres, mais c’est aussi comme l’écrivait Mario Vargas Llosa, Ballon d’Or du Nobel de Littérature 2010 et génial écrivain libéral péruvien, le lieu où se rencontrent alors tous les auteurs d’Amérique Latine. Sabato, Borges, Onetti, Vargas Llosa, Garcia Marquez, Cortazar… Cortazar tiens, lui qui parlait si bien le français, lui qui a si bien écrit sur Paris (Marelle, bien sûr), lui qui brillait dans la capitale comme un Carlos Bianchi, lui qui faisait d’une évidence le lien entre la capitale et son pays l’Argentine. Ces gens là aimaient Paris, la France pour une simple et bonne raison : la culture française et par-dessus tout, la langue française.  Ils venaient, attirés par Sartre pour les uns, par Camus pour d’autres (le football, jamais bien loin ), par Flaubert, pour tous. Et par leur entremise, la langue française résonnait alors partout en Amérique du Sud et la francophonie était alors autre chose qu’une bête mourante, à peine dialysée par quelque sous-secrétariat d’Etat bidon. Et dans ce temps-là, le foot français sans n'avoir jamais rien gagné, avait de la gueule, une image et Platini pour nom, de Lima à Santiago.

Retrouver Cortazar et Sammy Traoré

Et puis, ça n’a pas duré. Fatalement, tout ça s’est écroulé. Borges est mort, Cortazar est au cimetière Montparnasse - plus personne ne lit Marelle et même les Argentins ne savent pas qu’il est enterré là bas -, Vargas Llosa a fini par prendre la nationalité espagnole - putain, le même passeport qu’un vulgaire Guti -, et désormais si vous dites les mots culture et latino à Paris, les gens vous répondent Shakira et Enrique Iglesias. A pleurer.

Pendant ce temps là, en Amérique du Sud comme partout, la langue anglaise a tout dégommé. Attention, qu’on ne me fasse pas écrire le contraire de ce que je pense. Le français n’est pas une langue supérieure à l’anglais. Mais le triste de l’histoire, c’est que vous ne trouverez personne, en Amérique du Sud ou ailleurs, pour vous dire qu’il apprend l’anglais par amour de Shakespeare ou par passion de Faulkner. Non, ils apprennent tous une langue bâtarde et commerciale pour finir des MBA dans une quelconque université yankee.

Et le reste a suivi. Désormais, les auteurs latinos talentueux vont s’exiler à Londres ou à Barcelone, comme les footballeurs d’ailleurs. Le public d’Amérique latine suit alors ces pays, leur culture, leur football, quand il aurait toutes les raisons du monde de s’en méfier. Dès lors, ils ne savent plus rien de la France, de son football et de sa langue, au point que vous n’êtes même plus surpris quand un Péruvien vous demande si en France, vous parlez anglais ou français. A pleurer, vraiment.

Mais heureusement, Javier Pastore est arrivé. Et tout va changer, j’en suis sûr. Car depuis que ce petit bonhomme a signé, les télés argentines frémissent d’intérêt pour notre Ligue 1, suivie dans la foulée par les journaux et donc fatalement par le public. Enfin, la Ligue 1 se limite pour eux à Paris, mais peut-on leur en vouloir, car après tout, comme le rappelait l’excellent Yul Bryner, «  la France sans Paris, c’est le Portugal ». Ce n’est donc qu’un début. Oui, dans quelques temps, les gamins des villas de Buenos Aires ne courront plus après le dernier maillot de Tevez ou de Messi, mais bien après celui du gars Javier, puis ensuite la francophilie n’ayant plus de limites, ils pousseront la folie jusqu’à rechercher des vieux maillots collector de Sami Traoré.

Ce ne sera ensuite qu’un enchaînement heureux, qu’une porte ouverte vers le formidable. Les auteurs sud-américains reviendront à Paris, les Alan Pauls, Hernan Rivera Letelier, Rodrigo Fresan, Hector Abad, Bernardo Carvalho seront invités permanents des canapés druckériens. Ce bijou hallucinant de Roberto Bolnao, Les détectives sauvages, sera au programme du Bac chaque année. Et la boucle sera définitivement bouclée quand les Quatariens rachèteront le cimetière Montparnasse et feront de la tombe de Julio Cortazar, l’entrée d’un futur musée du PSG.

Donc Pastore est un génie. Il suffit de lire Marelle pour s’en rendre compte. Et puis c’est tout.

Dernière modification le Vendredi, 30 Septembre 2011 19:47
Julien Mulao

Julien Mulao

Rédacteur dilettante, Bavièriste convaincu. Et inversement.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire ukh Mercredi, 14 Décembre 2011 01:01 Posté par ukh

    Bolaño. Et c'est pas 2666 son grand roman à lui ?

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