Wembley. L’antre, le temple du foot anglais et mondial, 2 février 1999. L’Equipe de France vient parader avec sa belle étoile au dessus du Coq, signe de sa toute récente appartenance au gotha des Champions du Monde. Depuis quelques matchs, les résultats ont un peu de mal à suivre le nouveau statut des Bleus face à l’Autriche, l’Islande ou encore Andorre. Seule une dernière victoire en Russie (3-2) pour le compte des éliminatoires de l’Euro 2000 laisse entendre que les joueurs de Roger Lemerre peuvent encore être capables d'enfiler leur costume taille patron. Au sortir de la trêve hivernale, l’Equipe de France s’en va traverser la Manche pour rencontrer son premier adversaire d’envergure depuis leur sacre du 12 juillet. En oubliant au passage que la sélection aux Trois Lions n'en finit plus de grenouiller du côté des équipes à moitié moribondes.
Angleterre d'asile
Pas franchement remis d'un Mondial manqué, avec une élimination en 1/8ème de finale face à l’Argentine, à la recherche d'une bonne dynamique, les Anglais baignent dans un spleen bien épais. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que le dévissage n'en est qu'à ses prémisses - avec le crash à venir lors de l’Euro 2000 comme sommet. L'étonnant dans l'histoire, c'est que l’effectif a de la gueule, avec son arrière-garde labellisée Gunners (Seaman, Dixon, Adams) et une triplette Beckham-Owen-Shearer pour aligner la mèche devant. De quoi faire rêver plus d'un sélectionneur. Pourtant, c'est précisément au poste de sélectionneur que l'on signale les plus fortes turbulences. Après le limogeage de Glenn Hoddle, auteur de propos pas franchement politiquement corrects envers les personnes handicapées, Howard Wilkinson doit laisser sa place au bout de deux matchs à la légende Keegan.
Côté français, l’armada sacrée à Saint-Denis s'est trouvée son rock'n'rookie pour ranimer un poste d'avant-centre laissé en friches depuis quelques saisons. Nicolas Anelka. Eclatant avec Arsenal, le jeune Trappiste a l'occasion de frapper un grand coup avec les Bleus après avoir été évincé sans ménagement de Clairefontaine à l’aube de la Coupe du Monde. Quelle plus belle occasion pour rallier in extremis le club des Champions du Monde, en martyrisant un adversaire à la ramasse et en donnant à la victoire française des allures de triomphe historique ?
Anelka sert mieux. Cantona dit : "C'est tant !"
Si l'on fait simple, les Bleus survolent effectivement les débats. A l’aise dans tous les compartiments du jeu, les protégés de Roger Lemerre offrent un récital technique et tactique à leurs hôtes d’un soir. Et Anelka se charge de crucifier à deux reprises son partenaire de club, David Seaman. D’abord à la 68ème minute, d’une demi-volée lumineuse, suite à une ouverture de toute beauté de Zidane par-dessus la défense anglaise. Puis huit minutes plus tard, sur une action venue côté gauche, suite à une combinaison Dugarry-Zidane, et un nouveau but plein de sang froid. Dès lors, on se dit qu’Anelka sera le grand attaquant des années 2000 qui manquait tant à l’équipe de France.
Deux buts, juste ce qu'il fallait pour entrer par effraction au Panthéon du foot français quand, on l'aura compris, la bande à la Dèche s'est surtout contenté de s'imposer face à une équipe anglaise déboussolée. On laissera à d'autres le soin donner à Wembley des allures de jardin à la française. D'une part parce que tout le monde sait qu'il y a incompatibilité entre l'Equipe de France et le poste d'avant-centre - les plus belles périodes bleues comme les plus sombres en attestent. Dans un collectif plus égalitaire-tu-meurs de la sélection, il n'y a jamais eu de place pour le tout à l'ego d'une ou plusieurs pointes - France-Bulgarie 93, la guéguerre de Corée en 2002, l'Euro portugais comme le suissautrichien ne disent pas autre chose. D'autre part, parce que la plus belle prestation jamais écrite par ces Bleus-là a lieu quelques mois plus tard, un autre soir de mi-novembre, le 15, le temps d'un 4-0 enfilé face à la Turquie en plein Bosphore. Une autre histoire qui n'a pas besoin d'être réécrite, celle-là...
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