Le salaire de la peur

Écrit par Olivier Moreau & Julien Mulao
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Il y a une semaine, Zlatan Ibrahimovic signait au PSG, après un feuilleton bien malignement entretenu par les médias français. De suite, avant même de s'interroger sur son intégration dans l'effectif parisien ou sur son pedigree impeccable, tous les commentateurs automatiques n'ont eu qu'un chiffre à la bouche : 14. 14, comme Johan Cruyff ? Non, 14 comme un fait sonnant et trébuchant. Choquant ? Zlatan va toucher 14 millions d’euros par an net d’impôt au PSG. C’est pas mal. On ne va pas vous faire les comparaisons habituelles en terme d’équivalence en SMIC ou en construction de ludothèques dans des quartiers défavorisés, mais sachez que c'est pas mal pour un jeune qui se lance dans la vie et la quête périlleuse d'un F2 du côté de Melun. Sauf que le bonheur d'un chevelu qui gambade, ça fait grincer des dents. Du commentateur frustré de L'équipe.fr au ministre socialiste, tous ont témoigné de leur indignation. Une belle chorale mielleuse et concernée, mais fragilement installée sur de biens hypocrites principes.

Le footballeur, le coupable idéal

14M d’euros de salaire annuel, que ce soit pour Ibrahimovic, Mère Thérésa ou Bill Gates, ça paraît franchement beaucoup. Alors de suite, le premier réflexe pour un être normalement constitué ( entendre par là, tout le monde sauf les banquiers et les agents immobiliers ), c'est de crier à l'indécence. Parce que bon s'entendre tous les jours parler de crise, espérer comme le Saint Graal le passage de son ticket restau de 8 euros à 8 euros 50 et voir un poney suédois ramasser la timbale, ça peut contrarier, c'est humain. Alors, on essaie d'argumenter et de trouver des raisons à peu près objectives, pour ne pas se faire taxer de jalousie. On revient alors 40 ans en arrière, pour faire remarquer que dans le sport, la finance ou la vente ambulante de trombones sur les marchés, on ne voyait pas d’équivalent en terme de rémunérations.

Henry Ford, un des plus grands industriels de l’histoire devait toucher à l’époque un salaire équivalent à celui d’un arrière latéral de L1 d’aujourd’hui. Le fordisme dépassé par Didier Digard, c'est sans doute pas bon signe pour notre époque. Bref, oui le capitalisme a sacrément dévié ces dernières années. Et à part Alain Madelin, on va dire qu'on est à peu près tous d’accord là-dessus. Qu'un ministre socialiste puisse s'en offusquer pourrait donc paraitre logique.


Mais pourquoi la classe politique ne se réveille que lorsque que l’on aborde le sujet des salaires des footballeurs pour crier à l’indécence, au scandale, au dégoût, à la république que l’on assassine? 01_roselyne_bachelot_footParce que depuis la signature du suédois à long appendice nasal, nous avons eu le droit à une  litanie de réactions indignées de la part de la classe politique. A gauche comme à droite, on est horrifié par l’impudeur des montants affichés, l'immoralité du milieu sportif professionnel alors que dans les petits clubs on se bat comme des chiens pour survivre.


Oui, on commence à comprendre. Après Knysna et même le dernier Euro, on avait déjà compris que le footballeur se devait d'avoir un comportement exemplaire. Avec un gouvernement ayant placé l'éthique, la morale et la normalité comme des réformes essentielles, il était donc urgent de montrer du doigt le gros salaire de Zlatan. C'est sans doute bien plus facile de faire la leçon à des footballeurs qu'on ne rencontrera jamais, que de tancer la famille Peugeot. Mais la vie politique décide ainsi, il faut donner son avis en allant surtout dans le sens d'un vent démagogique. Alors on flatte l'ouvrier footballeur du dimanche, en oubliant de lui donner du boulet les autres jours de la semaine. On s'indigne des dizaines de millions, on dérange les grandes expressions tout en acceptant les honneurs, les dorures et les parachutes confortables. Selon que vous soyez du bon côté ou pas de la morale. Comme si une bonne partie de cette classe politique ne se comportait pas  comme une classe de LEP en réinsertion quand on a la chance de tomber sur le triste spectacle des questions au gouvernement un mercredi d’inactivité totale entre Derrick et Miss Marple. Alors, la cause est entendue, les footballeurs riches sont coupables.

 

Indécent : rouler en porsche sans le BAC

Aujourd’hui, ils doivent donc s’expliquer sur leurs salaires. Pourquoi eux ? A quelle petite vieille dame ont-ils volé sa petite pension ? Pourquoi personne ne prononce le mot honteux ou indécent quand tombent les droits Sacem de Jean Jacques Goldman ?
Parce que les footballeurs sont des cibles faciles. Ils sont payés à taper dans un ballon les cons, vous imaginez à quel point c'est facile. Et puis voir des jeunes, qui savent à peine écrire leur nom correctement et se coiffent avec des crêtes au gel ineptes, rouler en Porsche Panamera, c'est forçément plus injuste que de voir un chroniqueur de Canal Pelu ou un chanteur semi débile gagner en une soirée, six mois de salaire d'un mécanicien dentiste. Si on ajoute à cela que le footeux moyen s'entraine deux heures par jour et se blesse la moitié du temps pour profiter du généreux système social français, ça peut susciter la polèmique.


Pourtant des injustices dans ce bas monde, c’est pas ce qui manque. Des personnes qui siègent 2 fois par an au sein d’un conseil d’administration  d’un pote de golf et touchent en échange l’équivalent du salaire annuel de 20 ouvriers, il y en a pléthore aussi. Mais là ça semble moins choquer...De là, à prétendre que c'est parce-que la première activité des politiques une fois leur fauteuils perdus est d'en retrouver un douillet dans ces conseils d'administration, il n'y a qu'un pas à franchir. 619106Car l’Etat dans tout ça, est finalement un des grands bénéficiaires de ce système imparfait. Avec la loi des 75% du gouvernement Hollande, le salaire d’Ibra rapporterait aux caisses de l’état 56 millions d’euros (40 millions en impôts et 16 millions en charges sociales). Pas mal en ces temps difficiles. Pour sûr qu'au moment de faire les comptes, ces mêmes politiques se souviendront alors avec émotion du footballeur ouvrier.


Et puis après tout, ces sportifs ne volent leurs salaires à personne non ? Cela s’appelle simplement la loi de l’offre et la demande. Un footballeur est un salarié. Privilégié, c’est sûr, mais un salarié. Et le foot est le seul milieu où le salarié est mieux payé que le patron et récolte en majorité les fruits de son travail. On pourrait croire que la gauche se féliciterait enfin de la victoire du travail sur le capital. Mais non…Si on s'en tient en plus au cas spécifique du PSG et du Qatar, l'argent provient intégralement de fonds privés et il n'y aura pas besoin pour assurer le 13e mois et les primes de Zlatan de gruger la CSG ou de faire des virements sur un compte aux Bahamas ? A croire que tout le monde regrette naivement l'époque où l'on payait tout en dessous de table pour ne choquer ni son public, ni son percepteur.

 

Dernière modification le Mercredi, 25 Juillet 2012 18:05

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Yapéno Samedi, 04 Août 2012 06:22 Posté par Yapéno

    Si en valeur absolue, ces sommes semblent (et sont) astronomiques, en valeur relative, elles ne sont qu'une infime part d'un énorme gâteau.
    Ceux qui se goinfrent le plus, ce sont les sponsors (notamment les équipementiers) et les chaînes de télévision, ces dernières étant particulièrement coupables de l'inflation déraisonnable de la masse salariale des clubs.
    Alors, même avec ses 14 m€ mensuels, je ne suis pas sûr qu'Ihbraracourcix ne soit pas finalement un salarié exploité.
    Remarquez, je ne connaîs pas grand monde qui n'accepterait pas d'être exploité pour la moitié...

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  • Lien vers le commentaire Jojofoot Mercredi, 01 Août 2012 00:42 Posté par Jojofoot

    "Un footballeur est un salarié" là je suis bien d'accord avec vous.Les footballeurs sont vraiment des cibles faciles et les politiques espèrent,en leurs tirant la dessus, détourner l'attention de "petites masses" rongées depuis des siècles par un capitalisme arrogant... Tout travail mérite un salaire et tout travailleur a le droit de négocier son salaire.

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