L'albatros
Il s'agit du shogun des terrains, celui qui porte dans son regard le magnétisme qui impose force et respect aux autres quidames présents sur la pelouse, ses ailes de géant ne l'empêchant point de marcher ni de courir. Au premier contact on se rend compte qu'il est largement au dessus du lot, qu'il possède la quintessence du jeu et qu'après lui plus rien ne sera plus comment avant. Il est fier, altier, porte son art, il est Matisse, Van Gogh, Manet à la fois et suscite bien évidemment la convoitise du médiocre. Son tibia porte les stigmates de houleux contacts avec la plèbe du foot. Joueur ultra égulier, sachant transcender son niveau lorsque les circonstances l'exigent, il sait être décisif tout en conservant l'amour du beau geste. Le supporter de son équipe l'encense, fait de lui le Dieu des plus grands panthéons, la partie adverse le voue aux gémonies et colporte sur lui les rumeurs les plus calomnieuses (hétérosexualité, absorption de coca light en boit de nuit, goût pour la lecture etc.) Il n'en a cure, il vole. Inutile d'essayer de séduire quiconque en sa compagnie, vous rentrerez à coup sûr brocouille, même en club échangiste... Citons donc les plus grands : Pelé, Cruyff, Van Basten Le Besogneux (en milieu agricole on parlera volontiers de bourrin ou de mule)
A l'inverse de l'albatros, le besogneux est terre à terre, il n'invente rien, il est là pour faire son travail d'attaquant de manière appliquée voir de façon aveugle. Semblable à une machine, il évoque les grandes heures de l'industrialisation et témoigne du bien fondé partiel du taylorisme. On le nomme souvent renard des surfaces, sans qu'on sache vraiment pourquoi, son jeu est efficace et autant esthétique qu'une machine outil. Il est régulier dans l'effort, marque des buts avec autant d'application qu'un fonctionnaire des douanes demande si on a quelque chose à déclarer. Ses buts se ressemblent tous, marqués soit de la tête à deux mètres des cages, soit fait de frappes écrasées roulant dans la boue de samedi pluvieux d'hiver immanquablement dans la surface dite de réparation. Souvent allemand, il porte le mullet comme d'autres portent le Saint-Sacrement, il lutte activement pour la pérennisation de la moustache. En revanche comme il drague peu, vous pouvez passer des soirées en sa présence l'esprit tranquille, empreintes de bonhomie virile (concours de bière, de rot voire de longueur pénienne et de chansons à boire). Citons pour exemple : Gerd Muller, Rudi Voller, l'inoubliable Horst Hrubesch, Perben Elkjaer-Larsen.Le rebelle hargneux
Le hargneux est un besogneux qui se prend pour un albatros mais qui inconsciemment perçoit ce déficite, ce qui le plonge dans un état de frustration quasi permanent. Son comportement sur le terrain est ipso facto insupportable. Certes il sait jouer, marquer des buts parfois esthétiques mais gâche le tout par une hypertrophie de l'égo qui le conduit à négliger totalement certains matches et la quasi totalité des entraînements. Prompt au coup de poing et à la provocation inutile même avec ses équipiers, il est in fine destesté de tous, c'est le boulet par excellence. Dans la vie quotidienne il aime le luxe tapageur, la poudre colombienne, le champagne tiède, la voiture rapide conduite sans permis et la présence à ses côtés de fille de petite vertu... Notons parmi eux : Edmundo, Stoïtchkov, RomarioL'ecliptique
Il incarne le mystère de la création, de l'impénétrabilité des voix du seigneur. La plus grande partie de l'année ce type de joueur alterne le bon et le moins bon voire le risible avec une précision diabolique. Puis tout d'un coup sans que personne ne l'attende, il sorte le match du siècle et a droit au quart d'heure de gloire d'Andy Warhol. C'est Gérald Passi contre le Spartak Moscou (d'accord il n'est pas attaquant mais bon...) C'est Touré en finale de la coupe de France 1983, c'est Tony Kurbos qui distribue du poil à gratter au Nou Camp, c'est Bruno Bellone qui pique sa balle devant arconada en finale de l'Euroe 1984 au lieu de frapper comme un mulet et d'expédier le ballon sur le parking comme à l'accoutumée, c'est Didier Six qui... Non pas Didier Six en fait.Le trouillard
Le tortué
C'est l'attaquant qui rate beaucoup, souvent, il le sait et cela le désole. Son talent n'est pas à mettre en cause, ce n'est pas le trac non plus. C'est autre chose. De temps en temps les démons de l'existentialisme viennent le hanter au moment le plus inopportun. Alors qu'il doit ouvrir son pied pour enrouler son ballon, des questions fusent aussitôt dans son esprit sans aucune raison. Il est subitement en proie au doute, ses convictions profondes s'effritent l'espace d'un instant. Ainsi le partisan du collectivisme et de la mise en commun des facteurs de production se demande, au moment de tirer un pénalty, si l'invasion de l'Afghanistan par les troupes du pacte de Varsovie est en phase avec l'orthodoxie marxiste et expédie son ballon dans les tribunes. Le catholique pratiquant se souvient de la querelle des indulgences et entrevoie le salut de son âme par le luthéranisme et donc tacle le poteau par les parties basses au lieu du ballon. Certaines se demandent juste s'ils ne devraient pas faire porter leur Peugeot 505 tunnée à mort à la révision parce qu'elle fait un bruit bizarre quand on freine. Tony Vairelles est souvent sujet à ce type de crises, surtout la dernière citée... On peut aussi noter Peguy Luiyndula dans une moindre mesure.
L'acharné du dribble
Dans nos pérégrinations footballistiques on a tous rencontré un jour un attaquant de cette engeance, à tous les niveaux et à tous âges. Il n'a qu'un but dans la vie, c'est celui de dribbler coûte que coûte l'adversaire une fois le ballon sur le pied. Il délaissera ses partenaires démarqués et en bonne positions, car la passe est pour lui une forme de déchéance, un renoncement insupportable. Tel Pénélope et sa toile, le dribbleur s'acharnera à dribbler le défenseur même le plus intraitable, même si cela doit prendre vingt minutes. Le dribbleur est souvent consupés par ses équipierés, il se sait incompris, certains entaments des cures de sevrages intenses. Les thérapies n'ont qu'un effet superficiel sur le dribbleur, dans 99 cas sur 100, le dribbleur replonge dès qu'il voit un ballon et même dans les lieux les plus insolites. J'ai personnellement vu un type de qui essayait de dribbler des voitures sur l'autoroute A8 entre le Mans et Niort... De l'acharné, Ben Arfa et Zaïri sont les prophètes. L'incruste
Il s'agit ici de l'attaquant au talent très relatif mais qui est toujours présent dans l'équipe type sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi ni comment. Il évoque ces personnes de nos époques lycéennes qui assistaient à toutes les soirées sans exception, sans y être jamais conviés, qui pillaient systématiquement le bar en 40 minutes montre en main, vous soustrayaient l'équivalent de 2 paquets de cigarettes et s'en allaient toujours avec la plus belle créature, celle même que vous aviez abreuvées de calembours et de mot d'esprit pendant cinq heures durant, dans le fol espoir de leur arracher un rendez-vous le moins suivant à la cafétaria Géant de Nouan le Fuzelier. Le football a connu des attaquants du même calibre tels Titi Camara ou Bakayoko.
L'italien
Depuis l'avènement du catennacio (à ne surtout pas confondre avec Catavana l'ouragan de l'outillage) l'attaquant en pays italien est devenu presque aussi rare qu'une demoiselle en short dans une assemblée de talibans. On en recense environ un par club et cette rareté lui confère prestique, renommée et richesse. On le reconnaît par son goût immodéré pour les articles de modes, il existe donc un "truc" infaillible pour le repérer au premier coup d'oeil : lors des traditionnels échanges de maillots en fin de match, c'est lui qui porte un tricot de peau Versace, car le joueur italien porte immanquablement un tricot sous son maillot. Des générations d'anthroppologues se sont penchées sur ce phénomène sans avoir jamais réussi à y apporter une réponse satisfaisante.Le britannique
Longtemps l'attaquant britannique se caractérisait par une démarche gauche, une attitude générale dégingandée et un sourire agrémentée d'une dentition particulièrement clairsemée, fruit d'une érosion alcoolique entreprise dès le plus jeune âge. L'attaquant britannique brillait en outre par une techniquement rudimentaire qu'il compensait par un engagement physique effrayant et un jeu de tête savamment réglé. Depuis les années 80, législation européenne oblige, la typicité de l'attaquant briton s'est atténuée, au même titre que les fromages à pâte molle ou les vins de terroir, afin de coller d'avantage aux normes continentales en vigueur. Aujourd'hui lattaquant britannique défend plus que par le passé, s'exporte un peu et affiche une alcoolémie stable, autour de 2,5 grammes par litre de sang.Le sosie
Il ressemble vaguement physiquement à un autre joueur disposant d'un talent supérieur. Les comparaisons fusent et contribuent à faire peser sur le sosie un complexe d'infériorité combiné à un sentiment d'injustice manifeste. Ainsi Robbie Resenbrik ressemblait à Cruyff et ne fut jamais Cruyff, ainsi Battlès ressemble à Zidane...Notons qu'un attaquant bien connu de tous réussit l'improbable exploit remarquable de synthétiser à lui seul tous ces archétypes... Nous tairons son nom mais il est français, joue dans un club d'Espagne aux couleurs bleu et rouge et a porté jadis la moustache.
