On ne le dira jamais assez, dans le football tout est déterminant. Le physique, la technique, la qualité de la pelouse, l’atmosphère d’un stade, l'humidité du vestiaire et même la pilosité. Oui, le poil est un facteur de performance bien trop souvent négligé. A tort, assurément. La moustache et le football, forment ainsi un couple atypique mais passionnant. Fine, longue, fournie et même drue, la moustache peut même être la meilleure amie du footballeur après la gourmette et la Playstation 3. Démonstration sur le fil du rasoir.
Quand on croque dans une madeleine de Proust footballistique, il nous revient en mémoire des noms, des actions, des lieux, des numéros mais aussi des gueules. On aime ainsi à se souvenir de ses coupes de cheveux improbables, s’affichant sur les fameuses vignettes Panini. On parle moins de ces merveilles de l’art postmoderne qui se cachent parfois entre le nez et la lèvre supérieure. Oui, la moustache aussi peut être une manière de se souvenir du football et plus globalement de l’analyser. Car la moustache ne se contente pas de déterminer un homme et sa manière d’être, elle définit aussi un footballeur et sa façonde jouer. Mais ces cons de footballeurs ne portent plus la moustache de nos jours. Pourtant, c’était bien. Au poil, même. Réponse au fil du rasoir.
La moustache comme arme sexuelle ou le footballeur prescient
Dans la caricature la plus simpliste, la moustache est un des symboles de l’homosexualité ( avec le pantalon de cuir, les disques de Dalida et les photos de Yoann Gourcuff en fond d’écran ). C’est donc parfois le cas pour le footballeur moustachu. Les exemples ne manquent pas. L’inénarrable Vampeta qui hanta les boites de nuit parisiennes de sa moustache triomphante, trouvant plus facilement le chemin des glory holes que du Camp des Loges. La moustache se veut donc ici symbole sexuel, affirmation d’une identité. Car elle peut aussi se lire comme un symbole de base de la virilité hétérosexuelle. L’acteur porno old school est moustachu. Le gardien de buts, proche dans la mentalité d’un acteur devant bander des heures pour limer pendant les quarante cinq secondes de la scène cruciale, porte alors cette moustache. David Seaman ou Jean Luc Ettori ont longtemps symbolisé cette analogie évidente entre le monde de Joel Bats et celui de Marc Dorcel. Quand ces types portent la moustache, ils affichent leur supériorité virile évidente. En termes footballistiques, la moustache sonne comme un marquage de territoire ce qui évite de pisser contre les poteaux, c'est déjà ça. On n’approche pas au duel, un footballeur moustachu comme un autre imberbe. Le poil se veut rempart, menace, machicoulis et autre miradors. Si David Seaman s’était rasé tous les matins, il n’aurait jamais joué à Arsenal. C’est limpide.
Dans un cadre plus sociologique, ces footballeurs moustachus annoncent l’importance nouvelle de la gestion de l’image dans la carrière d’un joueur. D’une façon encore inconsciente , ils préfigurent les coupes de cheveux de Beckham marquant sa différence, son appartenance à un nouveau genre.
La moustache, lien social et marque d’un caractère
On ne se laisse jamais pousser la moustache par hasard. Le barbu est généralement fainéant, cachant sous ses poils une indécrottable flemme. S’il n’est pas fainéant, c’est qu’il a une très vilaine peau, due généralement à un régime à base de rillettes et de Snickers. Le moustachu est un esthète donc, cherchant dans le poil une manière de marquer son goût sûr. C’est certes vrai, mais c’est oublier parfois que la moustache ressemble plus à un balais de chiottes qu’à une esquisse de chez Dior. Pourquoi dans ce cas, se casser le cul à se raser tous les matins en oubliant cette partie ?
La réponse est simple : pour se situer socialement. Une moustache vous place dans le camp de ceux qui ont marqué les esprits avec cette particularité pileuse. Dans le camp des Brassens, des Rochefort, des René Fallet. Des types sympathiques et brillants, portant la moustache comme une promesse d’amitié, comme un gage de fidélité. Le footballeur moustachu se révèle donc sûr et fiable, bon camarade et fidèle équipier. C’est l’école René Girard ou Abdallah Liégeon, ancien joueur de Strasbourg et de Monaco. C’est bien sûr la moustache sympathique d’un Bernard Genghini. La moustache dans ce cas, s’accompagne donc d’un patronyme qui fleure bon la bonhomie franche. Le footballeur moustachu devient donc la marque d’un temps révolu, celui du football à papa, bon esprit et qui ignorait autant le gel que les pétrodollars russes. La moustache frise donc aussi parfois avec le passéisme agaçant; un brin loser. Et là, le lien devient rapidement évident avec notre ligue Moustache et notre acteur de vaudeville raté, Frédéric Moustache Thiriez. La moustache peut donc être celle de la défaite minable. Mais c’est loin d’être toujours le cas.
La moustache, instrument du pouvoir ou le poil footballistique triomphant.
En politique, c’est une évidence, la moustache a fait ses preuves dans l’exercice du pouvoir et dans le leadership incontestable ( Hitler, Staline, Noel Mamère ). Il en va de même pour le football. La moustache peut être l’alliée des triomphes heureux et jubilatoires, de Roger Milla à Rivelino. Elle est alors la marque d’un charisme, d’un football champagne et d’épopées mémorables. Mais la moustache peut aussi être le symbole d’un succès plus maîtrisé, plus organisé, comme on taille sa moustache avec autorité, voire austérité. La moustache peut être allemande donc. Et c’est donc les géniaux Rudi Voller, Harald Schumacher, Klaus Allofs ou Bernd Schuster.
Enfin, la moustache peut marquer l’autorité, le vice et la ruse. Le footballeur moustachu se révèle alors comme un entraîneur retors, terrorisant les joueurs réfractaires. C’est l’école Guy Lacombe ou Raymond Domenech ( qui bien qu’ayant abandonné la moustache, a gardé sa mentalité de moustachu ). Bizarrement cette autorité pileuse effraie tout le monde, sauf leur palmarès qui reste désespérément glabre. Comme quoi, ça pousse pas toujours comme on veut.
Dans le fond, la moustache devrait toujours être le choix de ceux qui savent une chose. Comme le chantent si bien, les Trois accords, la soumission n’est pas une option pour ceux qui ont une moustache de champion.