Après avoir commencé avec la tuerie de Cabinda et la mort de trois Togolais, elle s’est poursuivie en Afrique du Sud avec les piètres prestations de tous ses représentants. Il aura fallu attendre cet hiver et le Tout-Puissant Mazembe pour faire souffler un instant un vent nouveau sur la planète des clubs, avant que le froid réalisme intériste ne vienne à bout du tiers-mondisme footballistique.
2010 aura donc clairement dessiné un itinéraire de longue date balisé sur une route menant du Caire au Cap. L’Afrique de l’Est étant tournée côté Océan Indien et donc davantage portée sur le cricket, c’est par l’Ouest que la caravane égyptienne ralliera le Cap de Bonne Espérance. Ce qui donne une traversée de l'Afrique en trois escales le long de la façade Atlantique.
Fin du règne de Drogbagbo (2000-2010)
Une page semble s’être tournée en Côte d’Ivoire. Pour la dernière fois, les Eléphants tenaient l’occasion de briller en Coupe du Monde avec Drogba. Pas de chance, pour la seconde fois de suite, la sélection ivoirienne hérite du groupe de la mort. De quoi donner à cette année une allure de petite fin pour Drogba, quand, dans le même temps, l’autre tête d’affiche du pays, le président Laurent Gbagbo, s’accrochait comme un chien enragé à son trône. Les deux princes des années 2000 s’en vont donc ensemble, laissant finalement en friches après dix ans de pouvoir, un pays et une sélection exsangues.
Pouvait-on éviter cela ? Les héraldistes sont formels : un pays qui tente de concilier l’orange et le vert sur un même drapeau est voué à sans cesse replonger du côté des conflits religieux – l‘Inde tiraillée entre musulmans et hindouistes ou l’Irlande entre catholiques et protestants. Sur la route de l’Europe aux Indes, la Côte d’Ivoire reprend donc au christianisme irlandais la couleur orange et aux Pakistanais le vert islam.
Prisonnière de symboles néo-coloniaux depuis son indépendance, la Côte d’Ivoire n’en finit pas d’inventer de superflus oripeaux pour trouver sa voie. C’est ainsi que la notion d’ « ivoirité » fut lancée à la fin des années 1980 pour faire des Musulmans du Nord les responsables de la crise économique frappant alors le pays. Les années 1990 et plus encore les années 2000 voient le conflit économique et social camouflé par les autorités françafricaines prendre l’allure d’une authentique guerre de religion.
Puma ne pouvant conquérir l’Afrique sans se plier à cette influence française, c’est logiquement que l’équipementier allemand fait de l’orange du Sud chrétien la couleur officielle des Eléphants. Ce qui ne l’empêche pas de sentir le vent tourner. Au point de sortir un maillot rayé vert et blanc pour rapprocher la sélection du nordiste Ouattara. Décembre 2010, la Commission électorale indépendance annonce la fin officielle de Gbagbo. Dans le même temps a lieu à Marseille une rencontre entre l’OM en maillot noir et liseré panafricain et Chelsea en maillot vert. Autrement dit, le jubilé d'adieu pour le tandem Drogbagbo.
Intrigues de palais pour le titre de Roi de la jungle
En Afrique occidentale, les deux ogres des années 1990 n’ont pas su retrouver leur superbe pour régner comme un Lion indomptable, symbole royal, ou comme un Super Eagle, symbole impérial, sur le continent noir. Faute de résultat ces dix dernières années, le Nigéria est donc revenu dans le giron d’Adidas. Les Super Eagles referment alors une bonne fois pour toutes la parenthèse Nike, celle de l’âge d’or (1994-1998) qui les a vus notamment gagner un tournoi olympique dans les champs de coton esclavagistes d’Atlanta en 1996.
Tout juste sortis d'une World Cup 1994 où ils avaient de peu manqué d’éliminer l’Italie de Roberto Baggio, les Nigérians incarnaient l’idée qu’on se faisait d’une sélection capable de remporter la première Coupe du Monde pour l’Afrique. Mais cette présomption leur sera fatale. En 1998, les Super Eagles se ramassent face au Danemark au Stade de France. La faute à cette traite symbolique organisée par Nike et à ce maillot qui n’est plus qu’un maillot vert sans grande identité. Leur embourgeoisement annonce le dépérissement à suivre.En 2004, Nike finit par se lasser et laisse Adidas se charger de l’indemnisation d’un Nigéria en perte de vitesse. Devenu l’égal de la Grèce, les Eagles peuvent alors se vautrer en 2010.
Côté Cameroun, les Lions ont eux fini de rugir. Après avoir émergé au cœur des années 1980 dans les pas de Roger Milla, les Camerounais n’ont cessé de gâché leur potentiel, peut-être le plus beau de tout le continent. Devenu grâce à son quart de finale de 1990 et à ses couleurs panafricaines le porte-drapeau du continent noir, le Cameroun signe avec Puma en 1998. Il connaît alors le même état de grâce olympique entre 2000 et 2002 que le Nigéria. Avant que la partition du continent et du pays entre Anglophones et Francophones n’écourte la belle parenthèse Winfred Schaeffer, réminiscence de son passé allemand (Kamerun). Comme ça que les hommes de Rigobert Song ratent la Weltmeisterschaft 2006 au pays du grand frère Blanc.
La prise de fonction de Paul Le Guen enferre les Lions Indomptables dans le goût très français du verbe haut et ce n’est qu’en paroles arrogantes qu’Eto’o et ses coéquipiers finissent par tenter d’occuper le terrain. Et en Afrique centrale ? Rien de nouveau non plus. Il y a bien eu le TP Mazembe Lubumbashi pour laisser un temps espérer la première victoire africaine en coupe intercontinentale. Mais l’ego’o d’Eto’o finit par avoir aussi raison du Tout-Puissant.
Rétablissement de l’Apartheid ?
Cette année, l’Afrique australe devait être la terre d’accueil de tout un continent. Mais ni l’Angola des insurgés de Cabinda, ni les gardiens de l’Apartheid social sud-africain ne lui auront permis de gagner le grand prix de l’hospitalité. Les Springboks, vainqueurs chez eux d’une Coupe du Monde de rugby, auront appelé finalement une autre victoire afrikaaner en football. Résultat, c’est à la bande de casseurs bataves que revient l’honneur de rappeler qui possède encore le contrôle sur les derniers restes de la nation arc-en-ciel en 2010.
Côté Bafana Bafana, il a d’abord fallu pomper les couleurs de l’Allemagne pour qu’en 1996, les deux républiques réunifiées remportent le titre continental. Avec l’un des maillots les plus kitschs de l’histoire confectionné par Kappa, l’Afrique du Sud réintègre son continent. Mais sa germanophilie lui vaut les faveurs d’Adidas qui normalise les excentricités de son maillot. Progressivement, avec le transfert de la Coupe du Monde de l’Europadidas (France 98, Allemagne 2002) vers le Brésil, les Bafana Bafana tentent la synthèse entre trois bandes européennes et gamme chromatique auriverde.
Parreira sélectionneur, c’est le come back du miracle de 1994 qu’on espère, lorsque le sélectionneur brésilien fut couronné avec le Brésil en même temps que Nelson Mandela en Afrique du Sud. Mais faute de lien culturel fort entre Brésil et Afrique du Sud, les Bafana Bafana ne brilleront en 2010 que par leur maillot et une victoire aussi inattendue qu’évidente face au Domenech Comedy Club.
