Décembre 2005. La fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère. Glorieuse et ambitieuse. Le Zénith entre de plein pied dans le royaume de la « footboligarchie », avec l’arrivée du géant Gazprom. Par l'intermédiaire de Valentina Matviyenko, gouverneur d'une ville alors en plein essor économique, le puissant groupe énergétique russe acquiert la majorité des parts du club et n’hésite pas à gonfler le budget du Zénith, histoire de l'amener à rivaliser avec les meilleurs à l'échelle européenne après des années d'errements en tous genres...
Leningrad, le football éparpillé
Dans la foulée des révolutions de 1917, la guerre civile russe n'en finit plus de faire chavirer toute une nation et empêche de penser au football. C'est dans Léningrad que le Zénith Football Club voit le jour en mai 1925 sous l’égide du Leningrad Metal Plant. Le club doit attendre 1930 avant de pouvoir prendre part pour la première fois au championnat local.
Reste que le désordre règne encore et le LMZ doit changer plusieurs fois de noms au gré des fusions à répétition. Un temps baptisé Stalinets, le club redevient définitivement le Zénith en 1939. Comme pour toutes les associations qui voient le jour à cette époque, le but est de proposer un encadrement sportif à un secteur d'activité précis de la société soviétique.
A l'image du Spartak qui concerne l’administration, l’éducation ou encore l’aviation, du Lokomotiv pour les employés du rail, du Vodnik pour la marine, le Zénith est le club des ouvriers de l’industrie militaire. Son identité fermement établie, le FC Zénith peut alors s'en aller défier la concurrence en seconde division russe.
Les années coktail Morozov
Pendant que l’Union Soviétique vit encore au rythme de la guerre, le Zénith réussit un premier coup d’éclat en 1944 en remportant la Coupe de Russie. Mais incapable de de venir concurrencer les clubs moscovites, le succès reste sans lendemain. Jusque dans les années 70, il faut se contenter de vagues places d’honneurs en championnat et de jolis parcours sans suite en coupes. Pire, en 1967, il faut s'en remettre à la mansuétude des dirigeants soviétiques en souvenir des premiers soubresauts révolutionnaires pour ne pas être relégué en deuxième division.
Heureusement, dans la foulée, le club tombe enfin sur l'homme providentiel capable de le sortir de cette sale période, Yiury Morozov. Jeune entraîneur bourré de talent et d’ambition, Morozov met en place un style de jeu vif et alerte qui s'appuie sur une génération de jeunes joueurs talentueux. Il faut attendre les années 80 pour voir le Zénith squatter le haut du classement. C'est finalement l'héritier de Morozov, Pavel Sadyrin, qui permet au Zénith d'obtenir son premier titre de champion d'URSS en 1983.
Manquant de peu le doublé Coupe-championnat, le club foire néanmoins son passage sur la scène européenne, échouant dès le deuxième tour contre les Finlandais de Kuusysi. La comète du Dinamo de Kiev, vainqueur de la Coupe des Coupes la même année, se charge d'éclipser la marche arrière enclenchée.
Gazprom pour sortir de la crise
En 1990, avec le démantèlement de l’Union Soviétique qui s'annonce, le club se met à glisser comme une Lada sur une route de campagne verglacée. Pour mettre un terme à cette dérive qui précipite le club en deuxième division, Pavel Sadyrin décide de revenir aux affaires en 1992. Un retour gagnant qui permet au Zénith de se stabiliser au sein de l'élite et de venir remporter en 1999 une Coupe de Russie sous la direction d'Anatoly Davidov.
Malgré le retour de Morozov, l’homme des eighties, et l'expérience Vlastimil Petrzela, entraîneur tchèque en provenance du Mlada Boleslav, le Zénith reste scotché aux seconds rôles en championnat. Le talent ne suffit plus et il faut s'en remettre aux carnets de chèques pour changer de calibre. Au mois de novembre 2005, le géant du gaz russe, Gazprom, devient propriétaire du club. Un investissement dans lequel se mêlent enjeux sportifs, économiques et politiques.
En juin 2005, le CSKA Moscou vient tout juste de triompher en Coupe de l'UEFA, le premier de l'histoire pour le football russe. Depuis trois ans, la société Sibneft qui possède le club a investi 54 millions de dollars. De quoi s’offrir quelques stars étrangères, comme Vagner Love ou Jarosik. A la tête de la Sibneft, on trouve Roman Abrahamovic qui s'est envolé quelques mois avant le sacre européen du CSKA pour Chelsea.
Le succès du club moscovite n'échappe pas à Vladimir Poutine. Souhaitant faire de la Russie une superpuissance énergétique, il facilite le rachat de Sibneft et la prise en main d’Ioukos par Gazprom, géant du gaz naturel dont l'Etat russe est propriétaire à 50 % . Dès le mois de novembre 2005, Gazprom met un terme à son partenariat avec le CSKA Moscou pour prendre le contrôle du Zénith Saint-Pétersbourg. Un choix aux allures de retour aux sources pour Poutine qui a vu le jour à Léningrad comme Dmitri Medvedev, son successeur, président du Conseil d’administration de Gazprom au moment du rachat.
L'envol vers le Zénith et sa chute
Bien entendu, les résultats ne se font pas attendre. Le Zénith devient irrésistible et écarte tout sur son passage. Avec Dick Advocaat à sa tête, les joueurs de Saint-Pétersbourg décrochent le titre de champion de Russie en 2007 et font surtout valoir leur talent à l'échelle européenne, se plaçant comme l'une des équipes les plus régulières en Coupe de l'UEFA. Vainqueurs en 2008 aux dépens des Glasgow Rangers, l'équipe devient le symbole d'un football russe en plein renouveau. Le Zénith donne à voir quelques joyaux, aveec Pogrebnyak, Timotchouck et surtout Arshavin. Au point d'attendre tout de cette équipe en Ligue des Champions la saison suivante. Raté. La belle histoire touche déjà à sa fin.
Les meilleurs éléments du club filent à l'ouest. Démissionaire, Advocaat laisse sa place à Davydov qui permet au club de décrocher une place qualificative pour le tour préliminaire cette saison en Ligue des Champions. A la recherche d'un nouvel élan, le club fait appel à Gazprom pour ouvrir les vannes à pétroroubles et financer son ambitieuse campagne de recrutements. Cette fois, c'est un Zénith séduisant qui se dresse sur la route de l'AJ Auxerre.
Mission impossible pour l'AJA ?
Le premier changement significatif se situe à la tête de l'équipe avec l'arrivée de Luciano Spaletti. Sans emploi depuis son départ de l'AS Roma, l'un des Misters les plus estimés de Serie A a eu les coudées franches pour disposer d'une équipe qui n'a rien à envier aux cadors européens.
Pour preuve, cette série de recrutements clinquants presque hors-normes dans un mercato léthargique : Serguei Semak (CSKA Moscou), Lukovic (Udinese) et surtout Bruno Alves (FC Porto), Kerzakhov (Dynamo Moscou). Ajoutez-y le retour de Danny, joueur le plus cher de l'histoire du championnat russe, en grande forme après une longue blessure.
Résultat, le Zénith se promène en tête du championnat après 16 journées avec déjà sept points d'avance sur le CSKA Moscou et le Rubin Kazan. Surtout, l'équipe impressionne par son style, le 4-2-3-1 à la romaine de Spaletti, un jeu audacieux, court et rapide, s'appuyant sur une grande solidité défensive - seulement sept buts encaissés depuis le début du championnat.
Difficile retour pour les Auxerrois qui ont dû s'en remettre à Pedretti pour sauver leur peau lors des deux premières journées de championnat, contre Lorient et Brest... Mais a-t-on le droit de condamner à l'échec les Bourguignons quand on a annoncé à cors et à cris toute la saison passée que Grichting, Olliech et Jelen feraient trembler cette saison le Barça à l'Abbé-Deschamps ? C'est niet.
