Comment ils sont arrivés là – Le coup d’état de grâce permanent
« Cette équipe, ce style de jeu sont fantastiques. Tout le monde bouge et demande la balle. L’équipe a surpris tout le monde avec sa façon de jouer. Même les Allemands sont surpris. » Le Kaiser lui-même n’en croit pas ses yeux. Alors que jusque-là, les Allemands s’en remettaient à leurs valeurs athlétiques et à un mental à toute épreuve pour s'accaparer la victoire, les voilà qui se mettent à piquer la vedette aux plus belles machines à jouer, Espagne et Brésil en tête.Lors du premier tour, on avait mis la transformation sur le compte de la génération dorée qui avait affolé son monde lors de l’Euro U21 l’an passé. La prestation d’Özil face à l’Australie et son but décisif contre le Ghana y étaient pour beaucoup.
Deux matchs et huit buts enfilés à l’Angleterre et à l’Argentine plus tard, on est obligé de revenir sur la première impression. Voir par exemple Bastian Schweinsteiger, monument de baviérisme dans ce qu’il a de plus blond, de plus jouflu et de plus acnéique, rejouer la partition du but du siècle de Maradona en 86 dans la surface argentine a de quoi troubler. Surtout quand on sait que le joueur préféré de la Merkel évolue dans un registre plus proche d’un Toulalan que de celui d'un Messi. On pourrait encore évoquer le retour en grâce des compères de l'attaque, Klose et Podolski, portés disparus toute cette saison en Bundesliga et qui plantent tout ce qu’ils peuvent depuis le début du tournoi. Ou se pincer devant l’assurance et la rigueur de Mertesacker en taulier de la défense, plutôt abonné au rôle de capitaine abandonné lorsqu’il joue avec le Werder. Même Neuer, mis sous pression par Lehmann avant le tournoi, trouve le moyen d’être raccord avec le reste de l’équipe. Preuve s’il en est que pour en arriver là, le Löw Fidelity Allstars a su provoquer l’état de grâce permanent.
Pourquoi ils vont être champions du monde – Quand ce sont les Allemands qui jouent le mieux au foot, ils gagnent aussi à la fin
Aussi étonnait que cela puisse paraître, si les Allemands gagnent largement à la fin, c’est tout simplement parce qu’ils ont su mieux jouer que tous leurs adversaires. Le genre de condition nécessaire mais pas encore suffisante pour espérer brandir la Coupe du Monde le 11 juillet prochain.
Pour ça, mieux vaut s’en remettre à une bonne théorie fumeuse. Celle qui veut que pour sortir de la spirale de la lose en cours depuis la réunification, l’Allemagne a besoin de rejouer à l’envers la partition qui a fait de la RFA la meilleure équipe de son temps. Sortir le beau jeu du vestiaire. Ne plus être dépendant d’un capitaine emblématique, Beckenballack trop encombrant, trop poissard surtout. Perdre contre une équipe de Yougos. Battre les Anglais sur une décision arbitrale rétroactive – le but de Hurst en 1966 finalement refusé en 2010. Humilier l’Argentine d’El Diez avec passage en revue maradonesque de la défense albiceleste et petit lot de contres buruchaguesques.
Reste deux dernières étapes qui doivent permettre aux Allemands de peaufiner leur toque übersensible et prendre la place de la Roja 2008 en demi-finale. Avant d'aller l'emporter en finale sur une leçon de football total donnée aux Oranje d’acier.
Pourquoi ils vont perdre – A l’épreuve du romantisme
Les Allemands ne savent pas ce que c’est que d’avoir la plus belle équipe du monde jusqu’en quart de finale, capable de désosser l’Argentine comme on pourrait se défaire du Brésil, puis de tomber les armes à la main sur plus réaliste insupportable baviériste que soi.
Les bandes à Platoche et à Cruyff l’ont suffisamment expérimenté pour gagner le titre de plus belles équipées romantiques de l’histoire. Face à une Roja plus poussive mais réaliste en diable ou contre des Néerlandais auxquels Van Marwijk et Van Bommel ont injecté un peu de sang de terrier Vogts, tout laisse à penser qu'on aura droit d'ici peu à un bouquin de Bégaudeau sur le retour aux sources du romantisme allemand ou à l’image de Mesut Özil fauché en plein vol sur un tee-shirt de Didier Roustan.
