L’homme du jour : l’équipe de France féminine
Si la FFF a démontré son absence totale de sens de la communication dans l’Anelkagate, elle a su toutefois rebondir très vite. Un petit coup de Google et une recherche sur Louis Aragon plus tard, les génies de la Fédé ressortent avec l’équipe de France féminine en guise d'écran de fumée. La femme est l’avenir de l’homme donc, surtout si celui-ci est un gréviste analphabète, souffrant à l'occasion du syndrome de Tourette.
Du coup, dès dimanche après-midi, les Bleues faisaient la une du site web de la FFF, pour leur victoire contre la Croatie, dans le cadre des qualifications de la Coupe du Monde 2011. Une victoire 3-0, bien de chez nous, dans le fin fond du Doubs, avec des filles courageuses et dignes. L’Equipe ne se fait pas prier et saute sur l’occasion pour titrer à son tour sur ces femmes qui elles, gagnent…Après 2002 qui avait vu les Sénégalais devenir la nouvelle équipe de coeur d'un pays orphelin de la sienne, on est cette fois obligé de prendre ce qui reste, à savoir les femmes.
On imagine aisément la suite, la presse et tous les chroniqueurs rampants se jetant sur ces championnes modestes, courageuses, nouvelles suffragettes capables de faire trembler le pouvoir machiste. Alain Finkelkraut ira certainement de sa tirade sur ces filles de campagne, volontaires patriotes aux joues rouges, s'opposant aux filles voilées de nos cités vomissant la France. Christophe Barbier, écharpe au vent et idées venteuses, se mettra en scène sur le net avec une Coupe du Monde se transformant en bouquet de fleurs, symbole d'une France retrouvée, celle des Simone Veil, Charlotte Corday et Mimi Mathy. Guy Carlier, en bon opportuniste, parlera sans doute dans un de ses délicieux petits papiers d'humeur de la lumière qui brille dans les yeux des gamines en short d'Argenteuil. Nicolas Sarkozy, bien sûr, en profitera pour une énième intrusion hors de ses compétences, nommant Marinette Pichon à la tête de la Fédération.
Aujourd'hui, cette révolte de nouveaux riches avait donc bien un sens caché. Celui de permettre à la femme à crampons d'accéder enfin à la gloire, aux chroniques navrantes et aux pubs pour les fast foods. Un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour la ménagère de moins de cinquante ans.
Les hommes du jour auxquels vous avez échappé - Hier encore, Nicolas Anelka n'était plus qu'un Guivarc'h en perdition victime du syndrôme Gilles de la Tourette qui s'étale en Une de L'Equipe. 24 heures plus tard, on apprend qu'il aurait plutôt marmonné "Va te faire enculer avec ton système de merde !" Ce qui change tout, en fait. Ouais, Anelka Ballon d'Or. Et le traître dans tout ça ? On a pensé très fort à Robert Duverne le temps d'une dispute avec Patrice Evra. Jusqu'à ce que nos experts en lecture labiale révèlent la nature de la discussion entre les deux hommes : "Evra - Je parie que tu lances pas ton sifflet à plus de 30 mètres. Duverne - Quoi? Qu'est ce que t'as dit là ? Attends, tu vas voir... Non, Raymond, laisse-moi lui montrer ! Evra - Le perdant rentre à l'hôtel à pied." Sinon, on a bien aimé la sortie toute en larmes signée Jean-Louis Valentin. Même si on ne sait toujours pas qui c'est...
Le fait du jour : le coup d'Etat permanent
L’Equipe de France a donc attendu le jour de la fête des pères pour tuer le sien, de père. Ou du moins ce qu’il en restait. Depuis 2006, Raymond Domenech a pris le parti de diluer le rôle de sélectionneur à force de donner dans la communication exaspérante et, surtout, de chercher à recréer les conditions d’une prise de pouvoir au sein de l’équipe telle que Zidane-Makélélé-Thuram-Vieira l’avaient pratiquée il y a quatre ans en Allemagne.
Pour cette fois, il pensait qu’il suffirait de faire la chasse aux égos et de donner quelques coups de fusil pour préparer la montée au pouvoir d’une nouvelle classe dirigeante. Dans le sillage de Patrice Evra, Franck, Nico, Flo et quelques autres s’apprêtaient donc à faire revivre en bleu l’expérience autogestionnaire qui était devenue aux yeux de Domenech la clé du succès en 2006.
Un peu à la façon d’Albertini sifflant en 1998 au sujet de l'Equipe de France après sa victoire contre l’Italie en quart, « Je crois bien qu'on a accouché d’un monstre », tout montre que Raymond Domenech a lui aussi donné naissance à un autre type de monstre. Autrement plus effrayant. La République des joueurs qu’il appelait de ses vœux avant la Coupe du Monde a d'abord fait place à un régime autiste, coupé de l’extérieur et de la réalité du terrain pour ne plus donner que dans une propagande aussi vaine qu’effarante – « On a été performants dans le jeu.. », « Ca s’est bien passé… », « L’Equipe de France fait encore rêver… »
Le genre de fuite en avant qui appelle les condamnations sans appel et les exécutions sommaires au premier accroc venu. L’entrée décevante face à l’Uruguay suffit à avoir la tête de Yoann Gourcuff. Et histoire de convaincre les derniers sceptiques que le pouvoir a bel et bien changé de camp, les joueurs ne se font pas prier pour exercer le dernier pouvoir régalien qui restait à Domenech, celui de la communication face à la presse. C'est comme ça que deux jours plus tard, Eric Abidal est mandaté par le « groupe » pour prononcer le mécontentement officiel de celui-ci à l’égard de Rama Yade. Ce qui autrefois n’aurait valu qu’indifférence fait monter d’un cran la polémique et la paranoïa qui va avec.
Dernière station avant l'implosion, la défaite face au Mexique qui sonne le glas des dernières espérances de sortie par le haut pour les Bleus. Avec ses allures de sabordage en direct, ce 20 juin a pris des airs de « 11-septembre du foot français » aux yeux de certains. Mouais… On se contentera d’un 18-juin 2006 à l’envers, lorsqu’il avait suffi d’un nul face à la Corée du Sud et d’une porte fracassée par Zidane dans les vestiaires du Zentralstadion de Leipzig pour croire que le coup d’Etat permanent serait le plus court chemin vers des lendemains qui chantent. Avant de se transformer en long chemin de croix surtout, pour l'absurde.
Bonus du jour : Exclusif ! Les lettres que Raymond Domenech n'a pas voulu lire à la presse
La lettre de Patrice Evra que Raymond Domenech avait sous les yeux face à la presse
Le communiqué de presse du Comité de soutien à Nicolas Anelka
"Par ce communiqué, nous voulons tous sans exception affirmer notre opposition avec la décision prise d'exclure Nicolas Anelka de l’Equipe de France. En conséquence, et pour marquer notre opposition à l'attitude adoptée par Raymond Domenech et les instances de la Fédération française de football, nous avons décidé de ne pas participer à la séance d'entraînement. Nous sommes conscients de nos responsabilités, mais celles également que nous avons à l'égard de nos supporters, de leurs cadres, éducateurs, bénévoles et des innombrables enfants qui gardent les Bleus comme modèles. Pour ce qui nous concerne, nous n'oublions rien de nos devoirs. Nous ferons tout individuellement, bien sûr, mais aussi dans un esprit collectif, pour que la France retrouve son honneur par une performance enfin positive.
Les signataires : Robert Pirès, Ludovic Giuly, Patrick Vieira, Karim Benzema, Hatem Ben Arfa, Samir Nasri, David Trezeguet, Philippe Mexès, Mickaël Landreau, Sébastien Frey, Adil Rami, Mickaël Ciani, Yann Mvila, Moussa Sissoko, Thierry Henry."
La lettre de Yoann Gourcuff à ses parents
Ma petite maman chérie,
mon grand frère adoré,
mon petit papa aimé
Je vais mourir !
Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui y sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Alou. J’ai embrassé mon grand frère Marc. Quant au véritable je ne peux le faire, hélas !
Franck, Patrice et Eric ne m'ont pas laissé sortir du bus. J’espère que tous mes équipements te seront renvoyés. Ils pourront servir à Kévin Gameiro, qui je l’escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée, mais bon... Ancelotti, tout ça.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour ne jamais être en équipe de France.
23 ans, presque 24, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Jérémy, Sidney, et un noir avec des tresses blondes que tout le monde appelle Bacary. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.Je ne peux en mettre davantage.
Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Erwan, papa, en vous embrassant de tout mon cœur de jeune homme imberbe.
Courage !
Votre Yoyo qui vous aime
Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous les 23 qui ne sommes plus que 22... Ah non, 21 en fait - Nico a eu un vol pour Saint-Domingue -, mais 22 quand même avec Ruffier dont on ne sait ce qu'il fait là
PS : je ne suis pas gay."
