Le fait du jour : Bienvenue dans un monde inverso
A jouer une Coupe du Monde dans l’hémisphère sud en plein hiver, on s’expose fatalement à ce que les repères traditionnels soient bouleversés. Ainsi, en ce huitième jour de compétition, on a eu droit à une Allemagne joueuse mais inefficace, généreuse mais naive. L’Allemagne domine, se crée des occasions et ne marque pas. Pire, elle ne cadre pas et rate même un penalty. Face à elle, la Serbie calcule, attend, défend, plie mais ne rompt pas. Et finit même par marquer et par l’emporter. A l’arrivée, on se surprend à être déçu pour les Allemands. Si la Germanie se met à découvrir la défaite romantique, cette Coupe du Monde n’est peut-être pas encore tout à fait foutue.Dans le même ordre d’idées, Les Etats Unis se mettent à jouer comme des Allemands de la vieille école, laissant les Slovènes s’emballer pour mieux les crucifier en fin de match. Des ricains qui gagnent à la fin, normalement c’est réservé à la série des Rocky. Voir ça au football, avouons que c’est un peu glaçant quand même.
Quant aux Anglais, d'habitude si prompts à enfoncer les Français, surtout un 18 Juin, ils ne font guère mieux que nos Bleus. Un point de pris face à une Algérie limitée mais appliquée, dans un match soporiphique à souhait. Et le plus étonnant dans tout ça, un manque criant d'empreinte physique, avec des joueurs comme Rooney ou Gerrard semblant complétement cramés. Un monde inverso, on vous dit.
L’homme du jour : Michael Bradley - USA
On croirait ce joueur né pour perpétuer le cliché sur le sport américain. Soit, un profil de sportif étudiant, petit blanc des banlieues pavillonnaires, perdu au milieu des jeunes issus des ghettos et de l’immigration. Rajoutez à cela qu’il est le fils du coach et vous avez la nette impression qu’on vous présente le scénario d’un téléfilm de milieu d’après midi de M6. L’histoire du type trop propre sur lui, bizuté par ses petits camarades car vu comme le chouchou des profs. Trop gentil, trop intelligent, comment ça, on dirait du Gourcuff en mode yankee ? Reste que le Bradley en question est un sacré joueur, qui a 23 ans à peine, s’est déjà imposé dans le championnat hollandais avec Heerenveen, puis dans le championnat allemand avec Gladbach. Un milieu énergique, capable d’être solide dans la récupération, généreux dans le tacle et efficace dans la finition. Aujourd’hui, il est le héros du jour, en plantant un but rageur, en fin de match, pour permettre aux Américains de revenir au score. Un happy end dans une histoire aussi cousue de fil blanc, ça vous surprend ?
On aurait pu citer : Valter Birsa, buteur pour la Slovénie et nouvelle preuve de la toute supériorité de la Ligue Moustache. Landon Donovan, qui fusille le gardien slovène tel un Bob Dylan fusillant l’autre Donovan dans le docu Don’t Look Back.
Le bonus du jour : Mais où elle est ma France ?
C’est le thème du jour, à la mauvaise cuite de la veille, s’est ajoutée une belle journée pourrie par des commentaires et des éditos, tous plus excessifs les uns que les autres. Comme si, déballer les grandes expressions pouvait changer quoi que ce soit à l’histoire. Alors, qu’en fin de compte, en ce moment on a juste besoin de se souvenir que soutenir la France, ce peut-être autre chose que de supporter Raymond ou de lire les bouquins de Bigeard. Quitte à faire dans le pathos et dans le cliché, on aurait préféré du Jean Ferrat.
