EDF – Euro 2012 : les Bleus partis pour s’en foutre ?

Écrit par Emmanuel Raide
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Sans certains cadres sur le flanc, sans idée de jeu bien établie et face à deux adversaires qu’on juge assez loin du gratin actuel, difficile de voir dans les deux matchs amicaux que s’apprêtent à disputer les Bleus une préparation digne de ce nom au prochain Euro. Comme si Laurent Blanc s’en foutait déjà. A moins de se dire qu’il est déjà question de voir au-delà, du côté de 2014. Analyse.


 

Maintenant qu’elle tient sa qualification pour l’Euro 2012, l’Equipe de France peut s’en foutre. De tout ou presque. Du prochain championnat d’Europe des nations surtout. C’est du moins ce qu’est venu confirmer l’organisation de ces deux matchs amicaux face aux Etats-Unis et à la Belgique entre ce soir et mardi. Deux rencontres en apparence tellement anecdotiques un mois après celle décisive disputée face à la Bosnie qu’on en est venu à discuter – comme d’habitude ou presque – leur pertinence dans un calendrier qui commence à devenir bien chargé. Les plus blasés ont eu vite de ressortir ces histoires de contrat que l’Equipe de France doit honorer une dernière fois avec son diffuseur, TF1, situant la valeur de ce pack de deux matchs sans enjeu, ni saveur autour de 8 millions d’euros.

C'est arrivé demain !

Pour d’autres, il est déjà question de voir un peu plus loin en prenant pour une fois Laurent Blanc au mot : ce soir, c’est la préparation à la Coupe du Monde 2014 qui commence pour les Bleus. Suffit pour ça de ressortir une interview donnée par Blanc le mois dernier dans L'Equipe où le sélectionneur semblait délesté de toute illusion au lendemain de la qualification pour l’Euro 2012 : « Quinze mois après le Mondial 2010 : on revient de très loin. (…) On va à l'Euro pour réaliser la meilleure performance possible, mais dire qu'on va gagner l'Euro 2012, ce serait manquer d'humilité. » Cela ne veut pas encore dire qu'il ne faudra rien attendre de la participation des Français à l’Euro. Disons plutôt que dans le discours de Blanc, sa première participation à un grand tournoi international est à prendre comme telle, à savoir une première expérience sur laquelle doit se construire la suite. C'est vrai qu'en l'entendant affirmer dans la foulée « si on sort du groupe, ce sera déjà un exploit », on n'est pas loin de penser au désamorçage médiatique en cas de déception, histoire de pouvoir sauver sa peau avec davantage de dignité que son prédecesseur au poste. On a le droit d'y sentir aussi autre chose, une volonté de voir au-delà des échéances immédiates, compte tenu des forces en présence sur la scène des sélections européennes - qui compte pas moins de trois demi-finalistes de la dernière Coupe du Monde - et de ce work in progress qu’est devenue l’Equipe de France. 

Après tout, quand on y repense, cette nécessité de voir à long terme, Laurent Blanc y a été contraint dès sa prise de fonction en se passant pour son premier match officiel avec les Bleus des 23 bannis de Knysna. Quand bien même il aurait voulu faire autrement, il a dû lancer quelque chose comme le nouvel An Zéro du foot français. Parce qu’il y a bien eu un premier An Zéro. Pas en 1998, mais en 1993, lorsqu’il a fallu redonner un avenir à l’Equipe de France sur les cendres encore fumantes de l’incendie bulgare. A ce titre, Laurent Blanc confirme qu’il compte reprendre le travail là où Jacquet a pu le laisser. C’est une idée qui avait déjà traversé l’esprit de quelques observateurs du temps de ses saisons girondines. Alors que beaucoup croyaient avoir repéré un jeu volontiers offensif et reposant sur les qualités techniques au-dessus de la moyenne des Bordelais, d’autres y voyaient plutôt une équipe plus physique, obsédé par le souci de ne pas prendre de but, s'en remettant au talent de deux-trois types devant. A leur manière, les Girondins de Blanc étaient une sorte de remise au goût du jour de France 98.  

Pour le moment, Laurent Blanc n’en est pas encore là avec les Bleus. Sans doute parce que le temps de la vie en sélection n’a que trop peu de choses à voir avec celui d’un club. Si on devait reprendre la correspondance avec l’histoire qui a mené à France 98, il faudrait situer les Bleus actuels au niveau où l’équipe de Jacquet gravitait avant l’Euro 96. Là où certains changements effectués semblent déjà opérer, à commencer par l’installation partie pour durer de Yann M’Vila au milieu, le choix d’un gardien qui peut s’épanouir sans être soumis à la concurrence et ce type au-dessus de tous les autres avec Karim Benzema. Manque encore tout le reste. Soit le plus important : un onze type indiscutable et l’idée de jeu qui va avec. Au point d’amener certains à se demander ce qui a bien pu changer entre l’autodestruction de Knysna et aujourd’hui.  

En classe internationale

Si Edin Dzeko n’avait pas tout manqué ou presque – à l’exception de sa magnifique danse sur Rami qui fait but –, on aurait pu dire que le doménechisme hante encore ces Bleus-là. Sauf à se remettre à écouter Blanc au lendemain de cette qualification arrachée au forceps : « Contre la Bosnie, je ne pouvais compter que sur trois joueurs d’expérience : Abidal, Evra et Malouda. Pour le reste… Même Réveillère n’a pas cette expérience. Benzema et Nasri n’en sont pas encore là. Lloris un peu plus. Rami M’Vila, Rémy ou Cabaye n’en ont pas plus. » C’est bien sur cette nécessité de donner de cette épaisseur internationale à ses joueurs que doit s’ouvrir l’acte II du chantier Laurent Blanc. Une épaisseur que seul un tournoi comme l’Euro 2012 peut apporter, comme celui de 1996 pour les hommes de Jacquet.  

Pour s’en convaincre, il suffit de se tourner du côté des sélections qui ont un peu plus que ce temps d’avance sur les Bleus : onze titulaires ou presque, une idée de jeu précise et, justement, cette expérience acquise sur le long terme. De toute évidence, la Mannschaft et la Roja font figure d’exemples devant pareil cahier des charges. Combien de joueurs autour de 25 ans à plus de 80 sélections comme Bastian Schweinsteiger ou Sergio Ramos l’Equipe de France compte-t-elle ? D’ici le mois de juin prochain, Laurent Blanc sait qu’il sera trop court pour rattraper le retard pris sur les Espagnols et les Allemands qui arriveront dans la peau de grands favoris en Ukraine et en Pologne.

En revanche, d’ici 2014, il a davantage de marge pour donner ce supplément d’expérience qui manque encore à la « Génération 1987 », celle de toutes les attentes, même les plus folles – Benzema, Nasri, Ménez ou Ben Arfa. Pas pour rien à ce sujet qu’à sa prise de fonction, Blanc ait commencé par passer un coup de fil à l’agent de Benzema : « Dis au gamin qu'il se prépare, je compte sur lui. » (So Foot, novembre 2011) Si Blanc a répété à maintes reprises qu’il ne doutait plus de la qualité de Benzema, au point qu’on se mette à parler de « désert » derrière l’attaquant du Real, les autres lauréats de la génération dorée du foot français doivent maintenant faire la différence avec la concurrence au poste.

Lors du dernier match face à la Bosnie, Ménez a marqué des points grâce à ses accélérations foutraques de gauche à droite qui ont su provoquer de précieuses fautes. Reste encore à devenir ce joueur que ni Ménez, ni les autres gars de la bande 87 n’ont su devenir. La faute à ce discours dans lequel ces quelques joueurs baignent depuis leurs années de formation, celui qui leur rappelle chaque jour que leur talent hors norme fait d’eux des « artistes » qui ont le droit de tout tenter, y compris l'impossible. Certes, l’expérience que pourront récolter ces quelques joueurs à l’occasion du prochain Euro doit leur permettre de réaliser le destin qu’on leur promet.

C'est là qu'il revient à Laurent Blanc de mettre au point la bonne formule qui saura faire mouche, loin des effets de mode du moment et en restant fidèle aux principes qu’il s’est donné – à commencer par cette solidité défensive qu’il ne tient pas encore. En six mois, on voit mal comment Mamadou Sakho ou Mapou Yanga Mbiwa que l’on considère comme l’avenir de l’Equipe de France en défense centrale pourront se forger cette expérience des grands rendez-vous qui leur manque. En revanche, en se donnant quatre années pour forger ce genre de défense-type et faire entrer quelques-unes des belles pousses repérées le temps du dernier Mondial des U20 l'été dernier en Colombie – Gueïda Fofana, Alexandre Lacazette, Clément Grenier, Antoine Griezmann –, l’Equipe de France pourrait bien tenir ce qui lui manque pour l’instant de talent rompu aux grands rendez-vous pour rivaliser d’ici juin prochain avec les escouades espagnoles, allemandes et néerlandaises. Raison de plus pour commencer à se préparer à cette échéance de 2014 en rencontrant dès mardi prochain l’autre grande sélection européenne en devenir, celle des Diables Rouges. Sur laquelle les Bleus ont déjà pris un temps d’avance en se qualifiant pour l’Euro. Quand bien même on fait déjà mine de s’en foutre.

Dernière modification le Vendredi, 11 Novembre 2011 15:39
Emmanuel Raide

Emmanuel Raide

Rédacteur en freelance-armstrong. 

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Salles de Gym Toulouse Dimanche, 11 Décembre 2011 21:37 Posté par Salles de Gym Toulouse

    Vraiment dommage que Laurent Blanc ne donne pas plus une image de requin et qui montre à ses joueurs qu'ils veulent tout casser... Vaut mieux tout donner et montrer qu'on en veut tout.

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