Mais que fait Pierre Albaladejo ?
Comme la Fédération Française fait rarement les choses à moitié, elle a décidé de se ridiculiser encore un peu plus en convoquant le Conseil fédéral pour une session extraordinaire le jour des quarts de finale de la Coupe du Monde. Au menu, entériner la démission de Jean-Pierre Escalettes et filer les clés à l’intérimaire de service, le père Duchaussoy, qu’était quand même vachement plus crédible en revendeur d’encyclopédies dans Les Portes de la gloire. Bref, face à des médias friands de ce genre d’inepties, le spectacle s'est révélé aussi affligeant que prévu. Voire pire.
L'arrivée de tout ce petit monde a ainsi pu tourner en boucle sur, à peu près, tout ce qui compte comme chaînes d'information en continu. De Moustache Thiriez débarquant en scooter à Gervais Martel à pied - ouais mec, la crise est dans le dur à Lens -, les photographes ont pu s'en donner à coeur joie. Le plus choquant dans tout ça reste quand même la présence ahurissante de Pierre Salviac. Si quelqu’un a une information pouvant expliquer ce phénomène paranormal, merci de transmettre à la rédaction. D’autant qu’on est toujours sans nouvelles de Pierre Albaldejo...
Méforme de la justice
A la sortie, on a pu apprendre que cette réunion au sommet n'avait servi à rrien ou presque. Enième coup d’épée dans l’eau pour le retour des Bleus d'Afrique du Sud qui confirme chaque jour un peu plus que cette équipe n'a tout simplement pas bien joué. On aurait pu en rester si Lilian Thuram, ses grosses lunettes et sa morale brandie comme un étendard, n'avait décidé d'être de la partie. Non content d’afficher son indignation avec une pudeur de vierge effarouchée, voilà Lilian qui allume publiquement Evra dans la presse, réclamant, ni plus ni moins, que la suspension définitive de la sélection du défenseur mancunien...
Thuram si prompt à donner des leçons de démocratie, de justice sociale et de respect de la personne condamne un homme, sur simple dénonciation d’un tiers et sans prendre la peine de donner la parole à la défense. Et au nom de quoi ? Du respect du maillot de l’Equipe de France. C'est sans doute au nom du même respect de ce maillot que Thuram a vendu son image à des publicitaires pour nous faire lever pour Danette ou pour nous refiler les clés d'une Opel...
Pas la peine non plus de remonter à cette période bénie où les Bleus de 98 squattaient à n'en plus finir les écrans de publicité. Il y a six mois, la main de Thierry Henry avait déclenché une controverse similaire. Cette fois, dans le rôle du procureur de service, Jacques Attali. Soit un auteur à succès d'ouvrages d'anticipation politique à la qualité plus qu'incertaine qui, pour se payer une promo d'enfer, n'a pas hésité à réclamer sur le champ la suspension ad vitam aeternam du capitaine des Bleus. La raison ? Il était vaguement question là aussi de respect du maillot et des valeurs entourant l'Equipe de France. A l'époque, les anciens de France 98 avaient surtout pris d'assaut les plateaux et les colonnes des journaux pour venir à la rescousse d'un des leurs, renvoyant la proposition d'Attali là où elle aurait dû rester, au niveau du néant.
L'école du non-pardon
Reste que cette façon de demander la justice mérite qu'on s'y attarde pour ce qu'elle révèle de celui qui la prononce. En réclamant sur le champ la tête d'Evra, Thuram qui a souvent cherché à se démarquer de ses compères de France 98 pour ses prises de position médiatiques donne malgré lui dans le réflexe grégaire d'un groupe. Celui qui s'est forgé dans la méfiance, puis dans le désir de revanche permanent à l'égard des médias. Une façon de fonctionner qui a accouché non seulement d'une victoire, mais également d'un "Je ne pardonnerai jamais !", premiers mots balancés par Aimé Jacquet au moment de fêter son sacre. Un pardon impossible dont il est justement question chez Thuram lorsqu'il qualifie l'attitude d'Evra d'"impardonnable"... Façon de rappeler qu'avant même d'être une école de la gagne comme on a souvent voulu la présenter, l'école Jacquet est l'école de ceux qui ne pardonnent jamais.
Faut dire aussi que le pardon, c'est pas loin d'être sacrément crétin... Pas pour rien qu'il en est autant question dans les chansons de Christophe Maé ou de Grégory Lemarchal. Oui, mais le pardon, c'est aussi complètement chrétien. C'est là qu'on se souvient des confidences de Lilian Thuram dans les médias, à commencer par son passage dégoulinant sur la banquette dans Vivement dimanche ! où il était question de foi chrétienne tellement forte que Saint Lilian aurait pu être prêtre plutôt que footeux...
"Ce n'est pas parce que vous jouez bien au foot qu'il faut tout pardonner." Un jugement qui pourrait sonner comme une évidence. A condition de rajouter que ce n'est pas parce qu'on a très bien joué au foot qu'il faut dire n'importe quoi. Ce que Luis Fernandez a résumé à sa façon : "Thuram a oublié qu'il a joué au foot !" Ce qui en dit long sur le genre d'extrémités auxquelles on peut être rendu en ce moment...
