Depuis sa nomination, Laurent Blanc tente comme il le peut de faire oublier Knysna, quand tout le monde autour de lui ne pense qu’à ça. Le voir se justifier de la suppression du buffet hallal à la cantine des Bleus, devant les journalistes sourcilleux de Stade 2, en dit long sur le niveau des débats et des préoccupations depuis sa nomination. Avec les matchs de qualification qui reprennent, on espère alors avec lui, que l’on va enfin passer à autre chose et parler de football. Il est d’ailleurs assez amusant de voir que tous ces observateurs qui reprochaient naguère à Domenech de ne jamais parler de jeu, n’en parlent pas plus à son successeur...
Laurent Blanc lui, a pris ses marques. A sa manière, avec ses je crois que bon pour ponctuer chacune de ses platitudes et déjà ses premières décisions paradoxales. Ainsi, pour bien mettre dans les petites têtes des petits Bleus que le respect et les valeurs sont d’une importance capitale, il fait venir comme conférenciers Zidane et Barthez. Nul ne peut contester le talent et le palmarès de ces deux joueurs, mais leur confier le rôle d’ambassadeurs de la politesse, revient à donner la parole à Michel Houellebecq dans une conférence sur la joie de vivre.
Sur sa composition de groupe, mis à part les bannis de Knysna, Blanc a construit de façon cohérente avec les joueurs disponibles. Et c’est peu de dire, que disponible est un euphémisme pour désigner des joueurs qui auraient ressemblé il y a peu, à des fonds de tiroir du foot français. Du Hoareau, du Rami, du M’Vila, du Ménez, du Rémy…Les Bleus sont donc devenus une équipe ordinaire. L’avantage, avec le traumatisme post-Knysna, c’est qu’ils savent qu’ils n’ont pas le droit de se prendre pour autre chose.
On a peur du changement...
Dès l’avant match sur TF1, on peut se faire une idée de ce qui a changé. Et de ce qui ne change pas, avec la constance dans la médiocrité de Kiki Jeanpierre, s’empressant de nous annoncer la présence de Pascal Obispo ou de Nicolas Sarkozy. On a le temps aussi d’apercevoir Laurent Blanc, dégustant un café petit doigt en l’air, un peu comme quand Valérie Lemercier imite une bourgeoise. C’est sans doute ça, qu’ils appellent représenter la France avec allure et dignité. Pour ce qui est de l’esprit cocardier et de la Marseillaise, on va dire qu’il y a du mieux. A condition de considérer que chanter juste et en rythme sont des conditions optionnelles.
Dès le début du match, la donne est évidente. Les Bleus tentent de presser haut et de récupérer un ballon que les Biélorusses cherchent à faire tourner au ralenti. On sent la puissance et la force de récupération supérieure du milieu français. Grâce à Diaby, mais surtout à un épatant M’Vila vif et précis dans ses interventions. Cela dit, si l'on voit autant M'Vila, c'est que l'équipe n'a pas le ballon... Avec la vitesse de Malouda sur un côté et le jeu de passes de Menez, on se dit que ça devrait faire la maille, sauf que le jeu ne prend pas. Certes, cette équipe n’a presque pas de vécu, mais c’est peu de dire que les attaquants ont du mal a être trouvés. En même temps, la dernière fois qu’on a vu du jeu construit chez les Bleus, Bernard Kouchner était encore crédible en homme de gauche. Avec des Biélorusses qui eux ne montrent rien, si ce n’est de s'isoler dans le coin droit du terrain, celui que Kiki Jeanpierre s’évertue à appeler le petit frère Hleb - c’était sans doute trop dur d’apprendre son prénom -, le match sombre donc du côté terne.
Et pour parfaire l’ennui, Lizarazu nous assène de quelques âneries à nous faire presque regretter Larqué - presque on a dit hein, faut pas déconner non plus -. Grâce à Liza, on sait que Laurent Blanc a eu l’ingénieuse idée de faire travailler les coups de pieds arrêtés à l’entrainement. C’est vrai que nous à sa place, on leur aurait sans doute connement proposé d’apprendre leurs déclinaisons latines. Quoique, Rami et les déclinaisons, ça peut être assez rock’n’roll. Le nouveau basque irritant des soirées foot de TF1, en a aussi profité pour se foutre petitement du physique de Kulchy, le milieu de terrain biélorusse de 36 ans. C’est vrai que lui, il a sans doute pas la chance d’être payé à faire du surf entre deux séances d’UV. En plus, chacun sait qu'en Biélorussie, son bonheur il ne le trouve, Kulchy que dans les prés. A part ça, il y a eu quand même deux semblants d’occasion. Une frappe molle de Hoareau à la 28e et un tir tendu de Malouda sur le gardien, juste avant la pause. Que du bonheur.
On y a presque cru...
Cependant, dès la reprise, les attaquants français semblent revenus avec tout l’allant - bof - qui leur faisait défaut lors de la première mi-temps. Ainsi, Menez, Valbuena et Hoarau apportent le danger dès les premières minutes. Un danger relatif certes, mais on sent déjà du mieux. Les Bleus dominent toujours le milieu, vont toujours plus vite. Si seulement les passes étaient plus précises, la Biélorussie ne serait déjà plus dans le coup. Or, c’est elle qui se crée l’occasion la plus nette à la 51e, quand Kutuzov perd son duel avec Lloris. A part ça, à cause de trop d’imprécisions et encore plus dans les coups de pieds arrêtés que dans le jeu ( comme quoi, l’entrainement ça sert toujours ), les Bleus ne sont pas réellement dangereux.
A vingt minutes de la fin; avec Louis Saha qui rentre en sauveur, on commence à se dire que ça sent furieusement mauvais. Surtout quand dans la foulée, Valbuena semble prendre le jeu à son compte. Et quand huit minutes plus tard, Saha comme Rémy avant lui, se blesse tout seul, on se dit que les Bleus n’ont pas fini d’en suer. Parce que le vrai drame dans tout ça, c’est que l’entrée de Gameiro provoque la première sélection d’un Kevin. En France. Et dire qu’ils disaient qu’à Knysna, on avait touché le fond. C'est pire.
Dans le dernier quart d’heure, les Bleus sont volontaires certes, les Biélorusses se font quelques légères frayeurs, mais rien de grave. Et comme souvent dans ces cas là, l’équipe qui a sagement attendu finit par avoir le dernier mot. Face à une défense apathique, Vatcheslav Hleb s’infiltre et trouve d’un beau centre en retrait Kyslyak. Frappe puissante, lucarne. Rien à dire, le match est alors plié. La une de L’Equipe promettait la victoire ou le néant. On n’ira sans doute pas aussi loin d'autant que l'équipe se construit... On va se garder pour le moment d'un avis définitif bien que ça sente quand même un peu la lose...
Quelques remarques qui nous ont traversé l’esprit :
- Quand on a vu Valbuena entrer en jeu, on a su que le cauchemar ne serait jamais fini.
- Quand Rémy s’est blessé, Deschamps est sans doute passé du rouge au rouge vif sur son canapé.
- Les Roumains n’ont pas gagné. Au moins une satisfaction pour Sarkozy, ce soir.
- La phrase du jour de Kiki, citée in extenso sinon ce serait pas drôle : « Parfois les joueurs font des choix… »
- Laurent Blanc lui est constant. Deux matches, deux défaites, deux minutes d’interviews et deux je crois que bon…
Bonus le live twitt' du match : A lire en commençant par le bas
BONUS 2 :
"Ca y est, France 98 est enfin au pouvoir. Laurent Blanc aux commandes et Lizarazu pour faire la voix officielle. A peine plus loin, le reste de la bande qui a investi à peu près toutes les places de consultants disponibles sur le circuit. Autant de types qui sauront se montrer intègres au moment où il faut déjà s'interroger sur la première prestation de Blanc en tant que sélectionneur. Vous n'y croyez pas ?" Les3points, le 12 Août 2010
