France - Roumanie, la preuve par trois

Écrit par Julien Mulao
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Samedi soir, au Stade de France, la France et la Roumanie s’affronteront pour la quatorzième fois dans leur histoire. Sur les treize matches joués, dont six en compétition officielle, la France mène six victoires à trois, pour quatre nuls. Mais ces chiffres ne disent pas forcément toute l’importance qu’eurent certaines de ces confrontations dans le parcours des Bleus. Car la Roumanie, hasard ou pas, fut à trois reprises au moins, une sorte de révélateur du vrai visage de l’Equipe de France. Aussi, pour une équipe actuelle des Bleus, qui se cherche encore, cette confrontation vient à point nommé. Reste à savoir de quel côté de la pièce, le sort décidera de faire tomber la bande à Laurent Blanc. Retour su trois confrontation qui serviront peut-être de modèles.

12 Juin 1932 - Bucarest - Roumanie 6 - France 3

Il fut un temps où les Français serraient les fesses avant de rentrer en Roumanie. Où les Bleus, malgré une participation honorable à la première édition de la Coupe du Monde 1930, étaient des nains footballistiques pour qui chaque confrontation avec une sélection étrangère pouvait tournait à la déroute. Pour ce premier match, qui eut lieu sous le règne très Chuckberrien de Carol II, les Bleus prirent donc une valise. Ce match clôturait une tournée à l’Est, où les Français s’étaient incliné contre la Yougoslavie, avant de s’imposer contre la Bulgarie. La star des Bleus à cette époque ? Le terrible Jean Secember, héros de l’US Tourquennoise et idole à vie d’Antonin Maurisson, ce dernier possédant une authentique pipe en terre et un faux col ayant appartenus au sémillant Jeannot. Suite à cette défaite honteuse, la France décida enfin de réagir. Dès la saison suivante, eut lieu le premier championnat professionnel français. Par ailleurs, le gouvernement décida en mesure de coercitive anti-roumaine, de supprimer les feux rouges du territoire français. Dès lors, les Roumains privés d’une bonne part de leurs ressources, ne nous mettraient plus jamais de branlées. C’était aussi simple que ça, mais il fallait y penser.

11 Octobre 1995 - Bucarest - Roumanie 1 - France 3

Il s’agit sans doute du match le plus célèbre parmi toutes les rencontres entre les deux nations. Ou comment une équipe roumaine alors dans une des périodes les plus fastes de son histoire a permis à une équipe de France en plein doute de franchir la première marche d’une ascension dont on ne pouvait soupçonner les hauteurs vertigineuses qu’elle allait atteindre. Quand les Bleus se déplacent à Bucarest en ce mois d’Octobre, ils sont en plein doute et cauchemardent déjà à l’idée de revivre le scénario des qualifications de la Coupe du Monde 1994. Une série de matchs nuls, notamment face à Israel, ont nettement pourri l’ambiance. C’est aussi le début du malentendu entre Jacquet et un certain quotidien sportif français, on juge les Bleus attentistes, frileux et on regrette de voir gâcher le talent supposé d’une équipe. En un match face à la Roumanie, les choses vont changer. Par trois buts de Karembeu, Djorkaeff et Zidane, les Français font plier la bande à Hagi. La légende est alors née, on considère généralement que la génération 98 est née ce jour là. C’est oublier un peu vite, un Euro 96 pas si folichon que ça ( où les Bleus recroisent d’ailleurs la Roumanie ), et surtout une litanie de matchs amicaux soporifiques durant les deux années précédant le mondial français. Certes, sans trop de défaite. Mais pour tous ceux qui se souviennent de ce match, pour le soulagement de voir enfin une équipe de France répondre dans un grand rendez vous face à ce qui était alors un grand d’Europe, ce match résonne comme une sorte de fin des années de lose du foot français. Même si on savait sans doute déjà, que chassée par la porte, la lose reviendrait fatalement par la fenêtre.

09 Juin 2008 - Zurich - France 0 - Roumanie 0

Il existe des milliers de bons 0-0. Et puis, il y a le 0-0 à la Raymond Domenech. On vous parle d’un temps, où si Raymond n’avait déjà plus la confiance absolue, il pouvait encore s’appuyer sur sa récente finale de Coupe du Monde pour frimer encore un peu. Les Bleus se présentent à l’Euro, peu sûrs d’eux, mais on se dit que ça va le faire, que cette Roumanie n’est pas si forte que cela et qu’avant d’affronter les Italiens et les Hollandais, les Français vont prendre des risques et enflammer le match. Las, il n’en est rien. Dans ce match, qualifié dès la coup de sifflet final par le magazine allemand 11 Freunde, comme le pire match de l’histoire du football, il n’y eut rien. Dès la première journée, on est fixé sur le sort des Bleus, ce ne serait qu’ennui et humiliation. C’est sans doute un des matches les plus pauvres offensivement que les Bleus ont donné au monde du football. Entre une défense centrale emmenée par Thuram qui marche tout le match, des latéraux qui réussissent un centre sur dix pour des attaquants, Benzema et Anelka qui ne courent pas pour aller les chercher, la charge est déjà lourde. Ajoutez à cela une paire de milieux défensifs terrorisés à l’idée de passer la ligne médiane et un Malouda, alors en pleine crise de confiance et vous obtenez une catastrophe. Car pour compléter le tout, il faut tenir compte d’une Roumanie de feu, dont le seul danger offensif est alors Niculae. Imaginez le choc de l’ennui. En fin stratège, Raymond Domenech tire toutes les conséquences de cet échec et réussit à faire pire deux fois de suite, face au Pays Bas puis à l’Italie. La suite, tout le monde la connait, Raymond et sa demande en mariage, puis deux ans de dérive nihiliste pour l’apogée que l’on sait.

Duquel de ces trois matches, la rencontre de samedi soir s’inspirera-t-elle ? Nul ne sait, sauf peut-être le mentaliste des Bleus. Mais face à une équipe roumaine, à peu près aussi désorientée que la France, on a comme un mauvais pressentiment d‘ennui qui se profile. Mais sur un malentendu, ça peut marcher. D’autant que s’avancent dans la foulée, les terribles énergumènes du Grand Duché. On en salive d’avance.
Dernière modification le Vendredi, 08 Octobre 2010 17:49
Julien Mulao

Julien Mulao

Rédacteur dilettante, Bavièriste convaincu. Et inversement.

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