Bon, on ne va pas non plus jouer les bégueules, nous aussi à les3points.com, on a fait la fête le 12 juillet 1998. Certains d’entre nous ont certainement dû gueuler un "Zizou président !" ici ou là. Mais douze ans après, on a le droit de retomber sur terre et de remettre les vingt-deux acteurs de cette soirée à leur juste place. Celle de sportifs accomplis certes, mais pas plus. Or, partant de leur aura acquise un soir de juillet partouzard entre Footix et la France entière, certains de ces champions du monde ne sont jamais revenus sur terre et continuent de croire que notre admiration et notre respect doivent couler de source. On veut bien être gentils, mais faudrait quand même voir à pas trop nous prendre pour des cons.
La faune des anciens champions du monde 98 se partage en plusieurs familles. Nous mettons de côté les joueurs encore en activité, question de logique pour certains (Trezeguet, Vieira, plus ou moins Pires) et de charité pour d’autres (Henry). Restent alors dix-huit bonhommes se classant en quatre catégories. Revue d’effectif non dénuée de mauvaise foi.
1. Les absents ou les transparents
Une victoire en Coupe du monde de football rapporte généralement aux heureux élus gloire, notoriété, coke et putes à franges. Ou pas. On ne va pas s’appesantir sur le cas des anciens Auxerrois, mais il faut avouer que le trio de l’Yonne a réussi la performance de plonger dans un oubli profond.
Faites le test autour de vous : qui se souvient encore de Diomède, Charbonnier ou Guivarc'h ? Même Emile Louis leur a piqué la vedette sur le plan local. Vous me direz, Diomède a eu au moins la chance de se faire un surnom : Petit Bonhomme. C'est certes un peu humiliant, enfin c’est toujours ça de pris.
Prenez Vincent Candela par exemple. Le néant médiatique total, même sur Direct 8, ils n’en veulent pas. Il doit trouver le temps long, Vincent, à écouter pousser ses cheveux pendant que ses copains taillent Raymond ou le dernier contrôle du genou de Brandao. Champion du monde uniquement pour sa femme et ses copains, il y a pas à dire, ça le fait déjà moins.
Parfois, la notoriété existe, mais c’est la capacité à l’exploiter qui fait défaut. Christian Karembeu, en dehors d’avoir une femme à forte poitrine, aurait pu prendre une belle place dans les médias. Des choses à dire sur le foot, sur ses origines kanaks et la colonisation, des projets humanitaires. Sauf que, pour qui a déjà entendu parler Karembeu, autant dire qu’à côté Laurent Blanc, c’est Fabrice Luchini. Il aimerait bien, Christian, mais il ne peut point. Alors il fait pot de fleur chez Orange et ses quinze mille abonnés. La vie de star, quoi.
2. Les toujours politiquement corrects
Si le statut d’ancien champion du monde peut assurer un strapontin médiatique, il s’agit de le conserver. Et donc s’assurer de bien colorier entre les lignes prédéfinies par son employeur. Lizarazu est sans doute un exemple frappant de ces anciens sportifs réputés libres d’esprit et qui finissent par rentrer aisément dans un moule confortable. Superficiel et clinquant.
Liza montre ses jolis abdos et son bronzage de surfer basque et c’est à peu près tout. Lui qui se targuait de vouloir faire un vrai travail de journaliste, fort de son expérience, fait du reportage à la Gala. Il aligne les phrases creuses et sourit à la caméra. Il dit que la nature et les animaux sont gentils et qu’il faut éduquer les enfants. Il dit aussi que le dopage c’est pas beau. Liza a réussi son test de lisseur. Il est à la télévision pour longtemps.
Le cas Thuram mériterait sans doute qu’on s’y attarde plus longuement. Le personnage vaut le détour : il est assez digne, même quand il soutient Ségolène Royal. Mais sa récupération médiatique par Charles Villeneuve (l'homme qui voyait des dealers derrière chaque casquette) laisse songeur quand on se souvient de l’indignation de Lilian sur la stigmatisation des jeunes de banlieue par les médias. Pour rappel, c'est à lui que Charly avait proposé un poste au PSG,comme recruteur et Lilian sait qu'il y a moyen de vraiment se marrer avec ce genre de job.
Reste enfin Boghossian. Qui serait resté jusqu’au bout dans la première catégorie si la FFF n’avait pas eu la merveilleuse idée d’en faire le cache misère de Raymond, puis un adjoint pot-de-fleur pour Blanc. Bogho est désormais condamné à ne rien dire, coincé entre deux parties. Tout ça pour continuer à toucher gratuitement les équipements de l’Equipe de France et pour avoir le droit de s’asseoir à côté d'Henry Emile dans le bus des Bleus. Quelle belle réussite...
3. Les losers de la reconversion
Si les anciens champions de la première catégorie avaient perdu d’avance, certains auraient pu réussir leur reconversion. Avec un peu plus de chance ou de discernement, c’est selon, ils auraient dû tenir le pavé haut sur le plan médiatique. Sauf qu’ils se sont plantés. Et sévèrement, dans un genre que même un ancien participant de la Starac' prendrait mal.
Quand on voit ce qu’est devenu Youri Djorkaeff, ça fait mal au cœur quand même. Alors que le monde de la chanson lui ouvrait les bras, quelque part entre Léo Ferré et Franck Zappa, il a renoncé. Quel dommage. Alors qu’il aurait pu reprendre Grenoble, le club le plus freak de l’univers, il a renoncé. Youri fait le consultant sur une chaîne quelconque et tout le monde s’en fout. Il finira comme son père, ressorti du formol à chaque tirage au sort de Coupe de France. Comme c’est triste.
Manu Petit, lui, s’est consacré à se construire une parfaite image de rebelle à deux sous. Entre les aphorismes à la Van Damme et les attaques sur le sacro-saint Zizou, Petit est donc l’écorché vif, comme ils disent à Paris Match. Ce qui ne l’empêche pas de passer globalement pour un guignol.
Que dire de Fabien Barthez ? Il fait de la publicité pour un site de poker en ligne et conduit des Clio tunées au Trophée Andros avec Luc Alphand et Danièle Evenoux. A part ça, rien. C’est beau un monde qui s'ennuie. Reste le cas de Bernard Lama, que l’on aurait bien vu prendre le sillage d’un Thuram dans le registre du footballeur engagé - avec toutes les limites que cela suppose bien sûr. Ou d’un Laurent Blanc dans celui de l’entraîneur sage et respecté. Sauf que Nanard s’est grillé dans une rocambolesque affaire de sélection kenyane. Il peut toujours s’associer au projet de Michel Moulin pour le deuxième club parisien, il n’est plus à ça près maintenant.
4. Les insupportables
Eux, ce sont les têtes d’affiche. Ceux qui sont partout, comme ils l’étaient déjà à l’époque. Sauf qu’aujourd’hui, ils n’ont plus leurs performances pour se faire pardonner leur attitude agaçante. On parle ici de la 3D de la connerie façon Canal, les Desailly, Deschamps et Dugarry. Soit trois types pleins de morgue et de suffisance pour leurs confrères - à un degré moindre pour Deschamps peut-être - et profitant de leurs places de consultants et d'entraîneur au sommet pour asséner des leçons.
Entendre Dugarry balancer sur tel ou tel joueur, laisse songeur quand on pense à comment il vivait le jugement de la presse sportive à son égard. Ce sont des petits princes du pouvoir footballistiques, sûrs de leurs faits et persuadés que leur titre de champion du monde est dû seulement à leur immense talent. Et que si les autres n’y arrivent pas, c’est qu’ils n’écoutent pas leurs conseils.
On passe rapidement sur le cas Leboeuf qui a compris l’intérêt de jouer les beaufs de service. Il paraît qu’il est acteur. C’est chouette, Guillaume Depardieu vient de libérer la place des acteurs unijambistes.
Et puis bien sûr, il y a Zidane. Qui a dit qu’Escalettes était très, très méchant. Et qui se demande qu’est-ce qu'il se passe en ce moment dans le monde d'aujourd'hui, qui ne tourne plus vraiment rond, le tout dans une publicité d’une rare indécence - il est quand même question de vendre des assurances. On ne va pas refaire une énième fois le procès des limites de l’engagement de Zizou, mais là il faut avouer qu’il a poussé le bouchon assez loin le garçon.
De cette revue d’effectif sommaire et pleine de mauvaise foi ressort toutefois une chose essentielle. Cette génération nous saoule déjà, pour diverses raisons, à peine dix ans après. Qu’en sera-t-il de la nostalgie de cette époque ? Les excès de la médiatisation et du marketing ont fait beaucoup tort. Toutes ces valeurs, usurpées ou pas, qu'incarnait la génération de Séville 82 et de l’Euro 84, n’ont plus cours avec celle de 98. Les champions du monde ne représentent plus rien d’autres qu’eux mêmes. En parfaite génération désincarnée.
