Le match coupé en deux
Laurent Blanc vient donc de commencer par une défaite. On pourrait s'en foutre si, avant lui, Platini et Houiller n'avaient pas commencé de la même manière. L'un est devenu depuis DTN, l'autre président de l'UEFA. Autrement dit, si Blanc ne parvient pas à qualifier les Bleus pour l'Euro 2012 , il sait déjà que la lose à la française lui permettra toujours d'ouvrir certaines portes.
En attendant, on attendait - si si ça se dit - avec une impatience non dissimulée de voir comment ces jeunes qui en veulent allaient se comporter. Ne serait-ce que l'excitation provoquée par la nouveauté. Pour en finir avec les révélations exclusives des mutins moutons de Knysna. Pour avoir enfin droit à autre chose que des papiers et des reportages aussi unanimes à l'égard des premiers pas de Blanc que peut l'être l'agence de presse nord-coréenne avec Kim Jong-Il. Ou la presse sportive d'un autre temps, celle qui célébrait Domenech à son arrivée en 2004.
Sur le terrain, la surprise a vite laissé place à l'évidence. Blanc n'a pas pu en trois jours imposer autre chose qu'un peu de jeu au sol et quelques rappels sur le replacement défensif. A ce titre, la première mi-temps a été la plus accomplie des deux. Grâce au boulot intéressant de Guillaume Hoarau dans l'art de la remise pour 32 tonnes et demi, les Bleus se sont appliqués pour envoyer une série de bonnes séquences.
La seconde période a davantage des allures d'esquisse, sorte de carte blanche laissée à tout ce que la France du foot compte comme talents incompris - connue également des spécialistes sous le titre de Génération 87... Une génération qui n'en finit plus de confirmer qu'elle vit bien dans son époque, qu'elle n'a pas le temps. Qu'elle n'aura même jamais le temps. Pas le temps de poser le jeu. Pas le temps d'attendre en faisant tourner et en passant par les cotés. Pas le temps de temporiser. Elle joue direct et frontal, s'en va tripotter seule dans l'axe, provoque l'admiration quand elle marque sur son deuxième ballon. Et perd 2-1 à la fin, contre la sélection d'un pays où les footeux sont des anonymes et les biathlètes des rock stars. Seule exception parmi les quatre de 87 alignés hier soir, Nasri qui a pu rappeler paradoxalement que son altruisme excessif l'empêchait encore bien souvent d'être décisif. Pas si grave, tant on se réjouira de tenir enfin un joueur qui sait lever la tête, orienter le jeu et faire jouer ses partenaires. Tout le contraire de Ribéry.
La France coupée en deux
Ce qu'il manque sans doute à tous ces joueurs raccords avec l'idée de beau jeu promise par Blanc, c'est cet art du pressing collectif, si précieux lorsqu'une équipe souhaite jouer haut et pratique l'offensive à tout va. Comme sous l'ère Domenech, on a retrouvé une Equipe de France coupée en deux, vite en difficulté lorsqu'il est question de jouer en attaque placée. Du coup, elle en arrive à se faire prendre en contre ou sur coup de pied arrêtés de manière un peu bébête. On laissera pour le moment de côté le manque de réalisme tant il faut aux Bleus un grand attaquant suffisamment en confiance. Difficile d'avoir une telle exigence à ce moment de la saison.
Façon d'annoncer que, mis à part les prestations plutôt convaincantes de Nasri et de Mvila, il n'y a pas grand chose à retenir niveau jeu dans cette rencontre. La vraie question se situe plutôt du côté de l'avenir et ce match nous a surtout prouvé une chose : à résultats équivalents, on peut complètement se passer d'une bonne partie des bannis. Blanc sait combien la confiance et les automatismes sont importants. Il ne faudra pas reproduire les erreurs de Domenech en changeant à chaque fois de système et d'hommes. Bien qu'ils soient un peu tendres, ces jeunes Bleus méritent pour certains de pousser. Le pari est d'autant plus délicat à mener que le résultat de la veille a prouvé qu'il serait compliqué de se passer des habitués de la maison bleue. Reste que ce pari, d'autres nations ont pu être amenées à le faire, n'hésitant pas à laisser leurs vieux sur le carreau. Les deux meilleures nations européennes du moment, l'Espagne et l'Allemagne, ont pour cadres des joueurs de 25 ans de moyenne d'âge à peine, tournant pour la plupart au-dessus des 40 sélections chacun. Pourquoi pas la France ? Même si certaines individualités bannies sont sans doute meilleures et bien plus expérimentées au niveau international que les joueurs d'hier, le football reste aussi une histoire de collectif. Et la France en a plus que jamais besoin.
C'est dans cet entre-deux, entre désir de poser les fondements d'une équipe nouvelle et joueuse et la nécessité de gagner pour se qualifier pour l'Euro 2012 que Laurent Blanc doit encore trouver sa voie.
