1 - Raymond is a fucking genius
Il faut y croire, car le génie de Domenech est incompris. Comment ne pas déceler une stratégie digne des plus grands lorsqu'il décide de titulariser trois fois de suite la même équipe sans aucune amélioration ? Il n'y a que des amateurs aveuglés par leur jalousie comme Christophe Dugarry, Pierre Ménès et son scribe stagiaire pour ne pas le remarquer. Sun Tzu le disait de toute façon : "Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie." Raymond est un taquin.
On l'a un peu vite oublié, mais ça s'est déjà passé comme ça en 2006. La tactique des rencontres amicales n'a pas été celle de la compétition. Raymond brouille les pistes et même les siennes, façon de rappeler que son projet à lui, c'est la connerie. Lorsque la spontanéité et l'inventité sont à leur paroxysme, ça donne la chienlit. Certains pensent encore que Domenech se torture la nuit pour trouver ses titulaires et son schéma de jeu ? Domenech pionce à 21 heures, profite de ses derniers jours d'emmerdeur numero 1, s'en fout et vous emmerde. Suffit de l'écouter quand il reprend Platoche, répétant à l'envie que, de toute façon, ce sont les joueurs qui gagnent les compétitions. Laurent Blanc, du temps de sa gloire girondine, n'a jamais dit autre chose et tout laisse à penser qu'il reprendra ce credo une fois à la tête des Bleus.
Du coup, Raymond peut compter sur sa meilleure arme, son génie : sa capacité à provoquer une révolution interne, le coup d'Etat permanent, oui, comme en 2006, et aller chercher la Coupe. Le vrai chef, c'est celui qui permet à ses sbires de trouver les solutions par eux-mêmes. En commençant par mettre Henry sur le banc, genre de décision express qui bouscule les certitudes et permet de redistribuer une toute dernière fois les cartes, avant de se remettre à croire que tous les miracles sont autorisés...
2 - Le retour de bâton
Il faut y croire car ce serait une jouissance que de voir tous les donneurs de leçon retourner leurs vestes. On les imagine déjà en train de dire : "Enfin, il nous a écouté, c'est pas trop tôt !" Ca sentirait bien bon comme un édito de Jérome Bureau en 1998, rampant dans une marre de pisse chaude. Et puis la pensée unique, c'est comme un vélo sans selle, ça fait aussi du bien quand ça s'arrête. Le pire c'est de voir toute cette bande d'anonymes, qui pensent que Beto Marcico est une marque de vêtement italienne, se plaindre au bureau qu'on est des nazes... Même si le parallèle est maladroit, il y a quand même une vraie atmosphère à la 98, quand tous les Ruquier et Gerra tiraient sur l'ambulance.
Les mêmes aujourd'hui qui taillent Domenech, ridiculisent les Bleus et n'attendent que la défaite pour ressortir leurs calembours préfabriqués. On souffre déjà à l'idée d'entendre les blagues sur les Bleus en Afrique, Zahia à la plage et Raymond en victime expiatoire. Franchement, on a beaucoup à reprocher à Domenech, mais de là à lui souhaiter d'être la victime d'une chronique de Tanguy Pastoureau, il y a une limite que notre humanité nous empêche de franchir. Aussi, parce que la France ne sera jamais un pays de football, incapable d'emmener plus de quelques milliers de supporters en Afrique du Sud, et pour que Guillon et quelques autres réservent leur immense talent pour les cas Céline Dion ou Ségolène Royal, il est impératif que les Bleus l'emportent.
3 - Eviter le discours fadasse
Il faut y croire, car une victoire de la bande à Domenech obligerait forçément la FFF à changer ses plans. Une fois le champagne bu et les Champs Elysées descendus, Escalettes cède à la pression populaire et demande à Raymond de continuer l'aventure, cassant ainsi le contrat signé avec Laurent Blanc. A première vue, une personne sensée prendrait cette hypothèse, pour la pire des nouvelles. Sauf que, les gens ne mesurent pas ce qui signifie l'arrivée de Laurent Blanc à la tête des Bleus.
Ce dernier, profitant du trauma médiatique post-Domenech bénéficiera sans doute d'une carte blanche. Tout sera beau, toutes ses décisions seront unanimement applaudies. Le meilleur moyen pour dériver rapidement vers le grand n'importe quoi. C'est l'assurance de conférences de presses insipides, à base de "je crois que bon...on s'est crée des occasions, alors je crois que bon... Ca va finir par payer." Le Président sélectionneur, c'est aussi Jean-Louis Gasset en homme de terrain, Thierry Henry qui prolonge son aventure et Fabien Barthez qui revient faire une pige pour sauver la patrie et tenter de qualifier les Bleus pour l'Euro 2012. Et puis, Laurent Blanc, c'est surtout l'homme qui ne respecte quasiment jamais ses contrats. De là à le voir abandonner les Bleus au bout de six mois pour rejoindre Manchester United ou l'Inter, il n'y a qu'un pas. Raymond, lui, ne sera jamais courtisé par un grand d'Europe. C'est l'avantage du pire, la constance de la médiocrité. Ne changeons rien, gagnons et gardons Raymond.
4 - Une question de santé mentale
Il faut y croire, car une défaite peut nous pourrir les prochains mois. Si les Bleus ne gagnent pas la Coupe du Monde, l'été médiatique risque d'être éprouvant. Une élimination précoce et c'est un cortège de Bégaudeau lourdingues qui y iront de leurs éditos sur la France qui perd, ce pays qui ne s'aime pas, la recette perdue de 1998 et autres débilités pseudo-socio.
On sait aussi qu'on aura droit à une critique du football friqué, de ces Bleus trop payés ayant oublié les vraies valeurs censées diriger le sport et montrer la voie à la France qui se lève tôt. Les journaux se tourneront alors vers des Petits Poucets, les opposant à des stars ne sachant plus plaire. Franchement, qui a envie de suivre un feuilleton sur Arles-Avignon, avec Renaud en parrain anisé, le tout dans un numéro spécial de Stade 2 ? A vomir. Qui a envie de se voir infliger les chroniques de Christophe Barbier, sur une France coupée en deux, entre des footballeurs érotomanes trop payés et une masse populaire silencieuse et travailleuse ? Qui a envie d'entendre Zemmour regretter une France féminisée qui n'ose plus gagner, de peur d'écraser les plus petits ? Qui souhaite voir, c'est sans doute le pire, les journalistes sportifs nous refaire le coup de 2007 et nous ressortir le rugby, ses vraies valeurs, son cassoulet et les bonnes paroles pleines de bon sens de Pierre Albaladejo ? Non merci, on a déjà payé. Une victoire pour éviter ça, c'est juste une question de santé mentale...
5 - Adieu capitalisme !
Il faut y croire, car la grande distribution vient mine de rien avec son opération sur les TV gratuites de faire passer Rocancourt pour un simple joueur de Bbonto du côté de Belleville. Lorsque l'enculerie est optimisée de cette façon, ça devient tout un art. Avec moins de chances pour les Bleus de gagner que de touver les six bons numéros, ça fait cher du ticket de Loto... Mais on n'est pas là pour clouer au piloris le pourcentage bien trop élevé de connards qui ont grillé leur RSA pour se farcir du Joséphine Ange Gardien en HD dès la fin de la Coupe du monde. Leurs gosses risquent de ne pas manger de viande pendant six mois, mais ils auront la chance de pouvoir regarder les boîtes d'Arthur avec du son comme au cinoche.
C'est là qu'on se rend compte que les Français ont le sélectionneur qu'ils méritent. Acheter une télé dans ses conditions, en ayant l'impression d'être plus malins que les autres, c'est aussi stupide que de croire que Gignac et sa caravane intégrée feront mieux que Benzema. Ne jetons pas la pierre à ceux qui préfèrent allègrement regarder une victoire étincelante plutôt que de nourrir leurs mômes. D'autant que ce serait un sacré bras d'honneur à ce petit capitalisme amoral que des RMistes parviennent au moins une fois à flouer la grande distribution. C'est sans doute l'occasion ou jamais, pour Raymond Domenech, de se souvenir qu'il fut un homme de gauche. Une victoire en Coupe du Monde, sur laquelle la gauche pourrait se reposer, c'est le retour du gagnant-gagnant à la socialiste.
