Philophoot ou filofoot ?
C'est triste à dire pour le pauvre pointeur au Pôle Emploi qu'est Domenech, mais Laurent Blanc vient de nous prouver que l'expression "idée de jeu" ou "plan de jeu" n'était pas l'exclusivité d'Alain Casanova ou de Jean-Marc Furlan. L'équipe de France ne se sauvera ni par la mystique du 6-4-0, ni par le nihilisme post-soixant-huitard. Car ce qu'il faut retenir de cette rencontre, outre cette coupe de Lescott à la Simple Jack, c'est bien que cette équipe sait être offensive parce que joueuse.
Avec un milieu à trois composé de Nasri, M'Vila et Gourcuff, les Bleus ont montré que le talent pouvait s'additionner. Surtout si en face, il faut compter sur une bande de plots pour jouer les faire-valoir de service. Façon de dire que cette fluidité retrouvée demande bien entendu confirmation devant des nations d'une autre envergure que ces Anglais-là - on peut penser à la Roumanie, à la Biélorussie ou au Luxembourg.
S'il reste difficile de faire complètement abstraction de la faible opposition d'hier soir, il y a quand même cette histoire de manière qui se lit à travers les choix de Laurent Blanc - tant dans le plan en 4-3-3 que du côté de la compo du jour. On ne va pas se mentir, la première mi-temps fut pas loin de la perfection. Pas ou peu de pressing, l'équipe de France avait largement la place pour relancer de derrière et pour multiplier les combinaisons à l'infini dans les intervalles. Malgré la fébrilité affichée en toute fin de match, Blanc n'a pas dû bouder son plaisir de tenir à nouveau une équipe capable d'évoluer à deux meneurs qui jouent simples, façon Girondins de Ligue de Champions dans la première partie de saison dernière. Reste à savoir maintenant si la machine est lancée ou si, avec le retour de quelques ego, elle ne risque pas d'atterrir au premier accroc.
Pas de Nasri sans Gourcuff
On a comme l'impression d'avoir enfin assisté à l'éclosion de Nasri en équipe de France. Si bien qu'à côté, Gourcuff passerait presque pour le laborieux de service, tant le Gunner s'est montré facile tout le temps où il a pu évoluer en meneur axial.
Tout le monde est unanime : le minot a pris de l'envergure. Malgré les envolées qui ne manqueront pas ces jours prochains, on ne veut pas oublier pour autant qu'il n'a encore rien du joueur ultra décisif qui fait la marque des grands meneurs en bleu. De l'influence certes sur le jeu, une conduite de jeu superlative, des accélérations qui puent le joueur en pleine confiance. Pour autant, pas de but, ni de passe décisive.
Quitte à abuser de la mauvaise polémique et en dépit d'une complicité pleine de promesses avec certains coéquipiers - à commencer par Benzema qu'il a souvent recherché -, on dira qu'on reste encore sur sa faim en ce qui concerne les derniers gestes. Si il y a un soupçon de Zidane-Djorkaeff dans l'association Nasri-Gourcuff, c'est juste que les deux rampes de lancement ont été suffisamment reculées pour mieux conserver le ballon. Et à ce petit jeu, malgré un manque de confiance évident et des courses qui révèlent un physique en ce moment à la limite, le savoir-faire de Gourcuff est une des explications au rayonnement de Nasri sur le jeu hier soir. De la même manière qu'il paraît difficile d'imaginer Xavi sans Iniesta (et inversement) du côté de la Rioja ou du Barça, on n'est pas loin de penser que Nasri sans Gourcuff , ce ne serait pas tout à fait la même chose. A suivre.
En défense, la France d'à côté
Côté défense, Blanc a enfin eu l'occasion d'envoyer un taquet à Domenech en prouvant une bonne fois pour toutes qu'Eric Abidal restait aussi bon au poste de latéral gauche qu'il pouvait être très bof dans l'axe. Le joueur du Barça a signé un retour convaincant, rappelant quel joueur précieux il pouvait être dans un 4-3-3 joueur en diable : juste dans l'art de la relance, mesuré dans ses montées, sorte de troisième défenseur central dans un système où l'autre latéral, Sagna, monterait davantage. Pour faire simple, jouer au latéral comme Thuram quand Sagna peut davantage faire du Liza.
Tant décrié après ses dernières sorties en bleu et après deux prestations très convaincantes de Réveillère, Sagna a donné à voir son match le plus accompli en équipe de France. Quand l'équipe domine et joue haut, le Gunner est un joueur très précieux. Surtout lorsque la paire centrale peut s'amuser avec un type au jeu aussi vite vu et lisse que Caroll. Façon de dire que l'épreuve du feu n'était pas pour hier soir. Pas grave, on en saura davantage d'ici une poignée de mois quand Neymar et Robinho viendront agiter tout ce petit monde au Stade de France.
Les trois points en résumé
Oui, quelque chose se dégage de cette équipe malgré la fébrilité de la fin de match. On ne va pas donner dans l'onanisme à la façon de certains - "C'est plus qu'une reconstruction !" -, mais il y a déjà un peu plus qu'un début de pépin de noyau. En se rappelant, par exemple, que face à des nations en carton, l'équipe de France n'a par exemple jamais maîtrisé son sujet ces dernières années. Reste que face à cette sélection anglaise aux allures de sélection A' - et encore... -, on préfère encore se calmer et boire frais à Clairefontaine. En attendant la suite.
