A croire qu’en France, on aime définitivement appuyer là où ça fait mal. Douze ans après la sortie par la porte de derrière de Clairefontaine sous l’ère Jacquet, deux ans après l’épisode hélico de Tignes transportant les recalés de l’Euro, Domenech a décidé de ressortir le pistolet au barillet chargé de sept balles. Avouant avec un air gêné que « c’est la FIFA qui l’a dit », la France fait comme l’Italie, la Côte d’Ivoire, l'Espagne ou encore l’Angleterre, entre autres, convertis à la liste de trente. De nombreux arrêts de travail pour cause de dépression pré mondial sont à prévoir dans les prochains mois. Mais revenons-en à nos moutons, pardon, nos chèvres.
Les absents ont toujours tort
Le premier enseignement est à tirer du côté des absents. Patrick Vieira et son fauteuil roulant n’iront pas rejoindre Nelson Mandela du côté des grabataires de l’Afrique du Sud. L’absence de l’ex capitaine des Bleus devrait selon toute logique précipiter sa fin de carrière internationale. Benzema, avec sa saison quasi blanche, aura tout le loisir de travailler son coup de rein avec Zahia. Nasri, l’ancien nouveau Zidane, reprendra deux fois du milk shake de protéines. A un degré moindre, Ruffier, Escudé, Ciani, Debuchy, Boumsong, sont également absents, et à l’heure qu'il est sont probablement en train de surfer sur Lastminute.com. Pour le reste, avec trente joueurs appelés, nombreux sont ceux qui doivent faire de l’huile, avant la prochaine échéance, la séance des nominations, avec feux de camp, totems et films numériques dans l’intimité des chambres. Denis Brogniart se tient prêt.
Les plus exposés sont bien entendus les petits nouveaux, les « sur le fil » et les éternels losers. M’Vila, le capitaine de la CFA de Rennes, et son coéquipier Jimmy Briand, Marc Planus et Anthony Reveillère, la caution « France métropolitaine » des Bleus (la bise à ta sœur Sarah, mon cher Marc), Adil Rami, l’international marocain, Hatem Ben Arfa, qui trouvera une nouvelle occasion de bougonner, Landreau-Carasso, le duel au soleil de Tignes, Valbuena et ses calcifs, Cissé et ses tatoos, Gignac et ses kilos…Bref, les jours qui suivent vont être très durs pour tous ceux que l’on devine déjà sur le fil du rasoir ou que l’on imagine capable de se foutre en l’air en se blessant lors de la dernière journée de championnat. "Vous êtes sur la bonne voie (de garage). Continuez"
Pour les autres, les soi disant intouchables, tout va bien, les tongues et la serviette sont prêtes. L’Afrique du Sud attend ses plagistes. Mais il reste toutefois le vrai enseignement de la soirée à analyser. A savoir que Raymond Domenech est définitivement le plus grand marlou qu’ait connu le football français dans toute sa longue et riche histoire.
Raymondovisions
Fallait-il y avoir un signe ? Une liste de sélectionnés pour la Coupe du Monde, le jour de la Sainte Estelle, la même qui a du lui souffler dans l’oreille quelques heures avant l’annonce quelques combinaisons dignes des plus grandes tablées de poker. Il fallait le voir, faire semblant de masquer sa trouille, lui qui devait jubiler intérieurement, le poil des oreilles frétillant, la truffe bien humide, en se disant « je vous encore vous enfumer ». On imagine aisément tous les « oh mais quel con ! », « mais qu’est ce qu’il nous a encore pondu ce taré ? » qui ont résonné comme un seul homme aux alentours de 20h30, entre le roquefort et la Danette saveur pistache. Non, perdu pour perdu, puisqu’il s’agissait de la dernière liste annoncée en tant que sélectionneur, autant mettre le paquet et pousser le bouchon encore plus loin. On n’aurait même pas été surpris de voir apparaître Lisandro Lopez ou Marouane Chamakh sur la liste des appelés.
Un mois avant le début du Mondial, le show Raymond a commencé. Toujours plus loin dans la contradiction, dans la provoc’, Domenech poursuit inlassablement son œuvre. A savoir bousiller tout ce que le football français a réussi à gagner comme crédibilité depuis 1998. Quelle sera sa prochaine mission après la Coupe du Monde ? Nul ne sait. Un talent comme Raymond serait bien capable de faire capoter tout le système capitaliste en prenant la tête du FMI. Une chose est sûre, ce type est définitivement une légende. Un gourou. Le travail de sape se poursuit. Le 22 juin, sur les coups de 18 heures, après un ultime France-Afrique du Sud perdu 1-0, nous pourrons tous nous lever. Et applaudir à l’infini. En disant « Merci pour ces six années fantastiques Raymond. Maintenant, on va se faire chier ».
