Tenir un lexique sur le football biélorusse pour le fan européen de base tient du casse tête. D’ailleurs, si nous nous essayons également à l’exercice, on n’arriverait à dégager que : Dynamo Minsk, Alexander Hleb, et Bate Borisov. Ce qui, avouons le est un peu léger. Mais qui se révèle au final assez conforme avec le réel niveau de ce football qui n’existe qu’au travers des éliminatoires de Coupe du Monde, d’Euro ou de Coupes d’Europe.
Une seule petite embellie est à mettre au crédit du Bate Borisov, qui eut l’occasion de défier les grands d’Europe en phase de poules de Ligue des Champions en 2008-2009. Décrochant deux vaillants matchs nuls face à la Juventus Turin, et un autre point face au Zénith Saint Petersburg, les joueurs de Borisov (ville située au bord de la rivière Bérézina pour information) sont depuis retournés à l’anonymat. Une situation qui n’a pas évolué, dans un pays historiquement peu expansif et ouvert sur l’Europe.
Dynamo Minsk Comet
Avant l’implosion du bloc soviétique au début des années 90, les footballeurs biélorusses n’ont jamais vraiment eu l’occasion de se mettre en évidence face aux russes ou encore aux ukrainiens. Seul le Dynamo Minsk peut afficher à son palmarès un titre de champion d’URSS, décroché en 1982. Un succès né d’un long programme de détection et de formation des footballeurs locaux, sous la houlette d’Eugeni Shuntov - président de la fédération dans les années 2000 - avec la création d’une dizaine de centres de formation dans toute la province, avec le succès que l’on sait. Mais ce sera tout pour l’histoire bélarusse dans le championnat soviétique. Fort heureusement pour elle, la toute jeune nation née de l’indépendance sera rapidement admise à la FIFA, le 3 juillet 1992, grâce entre autres aux bonnes relations entre Shuntov et Joao Havelange.
Et depuis, c’est presque le désert. Et les occasions de rêver se font rares. En effet, pendant que l’Ukraine, la Russie, ou même la Lettonie s’offrent un petit coin de paradis en disputant des phases finales de compétitions internationales, le foot bélarusse continue de ramer. Sans être ridicule toutefois. En atteste le dernier parcours en éliminatoires de la Coupe du Monde Sud Africaine, terminé dans le ventre mou du groupe 6, loin derrière l’Angleterre, l’Ukraine et la Croatie, mais devant le Kazakhstan ou Andorre. Ce qui est bien mais pas top. Et rappelons aussi l’épisode 2002, ou l’équipe nationale rata de peu la qualification pour le Mondial. Troisièmes et encore en lice pour le ticket asiatique avant le dernier match, une ultime défaite au Pays de Galles enverra les ukrainiens en barrages. Bref, à défaut d’être sensationnelle et véritablement performante, cette équipe reste certainement compliquée à jouer.
Equation à beaucoup d'inconnues
Comme toute sélection représentant des pays « mineurs », il est courant de retrouver la grande majorité du club phare de la nation. A savoir ici, Borisov. Pour preuve, en analysant de plus près la composition de l’équipe type, on constatera que l’assise défensive possède les quatre même bonhommes en dénominateurs communs : Yurevich, Shitov, Sasnowki et Bardachov. Les automatismes et l’assise défensive ne s’en trouveront ainsi que renforcés, à l’inverse du chantier de l’équipe de France. Mais pour le reste, on ne peut pas dire que les noms soient vraiment ronflants. A l’exception d’Alexander Hleb, seule véritable vedette de l’équipe. Qui ne présentera pas non plus sur la pelouse du Stade de France avec le plein de confiance, son ascension ayant subi un sérieux coup de frein depuis son départ d’Arsenal. Peu utilisé du côté de Barcelone, et pas franchement convaincant lors de son prêt à Stuttgart, celui-ci tentera de se relancer cette saison à Birmingham - Hum... - à nouveau dans le cadre d’un prêt.
On citera également Gurenko, ayant trainé ses guêtres quelques années en Italie, Kutuzov, honnête artificier oscillant entre Serie A et B italiennes, ou encore Romaschenko - bien moins drôle que celui des chiffres et des lettres - meilleur buteur en titre de la sélection. Bref, c’est avec ces moyens limités que le sélectionneur allemand, Bernd Stange, doit composer. Le genre de défi qui ne doit pas effrayer ce globe trotter de l’ex RDA, qui aurait été un temps Inoffizieller Mitarbeiter (informateur non-officiel) pour la Stasi, concernant les joueurs est-allemands en contact avec des clubs de la RFA. Son nom de code fut IM Kurt Wegner.
Un entraineur sulfureux, un championnat méconnu et des clubs freaks, où même des français osent s’aventurer, une équipe à prendre au sérieux…Le Belarus a des atouts dans son jeu. Pour son premier match officiel depuis le désastre sud africain, l’Equipe de France aura face à elle un adversaire atypique. Cela fait une bonne raison de plus de réserver sa soirée de vendredi.
Crédit Photos : AFP / Les Dessous du Sport
