Le fait du jour : la conjuration des ego
Portugal-Danemark 3-2
La machoire saillante, coiffé jusqu'aux sourcils et la truffe à l'affût, Cristiano Ronaldo était arrivé à Lviv en conquistador, probablement persuadé que le sursaut après l'amère défaite contre les Teutons viendrait de ses crampons. C'est ce qu'on pensait et Kiki Jeanpierre aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
Pourtant, face à des Danois encore séduisants, ce sont ses erreurs qui ont failli coûter à la sélection portugaise qui s'est imposée sur le fil. A deux reprises, le Merengue s'est présenté seul devant les cages adverses. À chaque fois, Ronaldo s'est ainsi vu refuser un but tout fait par Stephan Andersen, le type qui arrête les tirs de Kévin Bérigaud à l'entraînement. Autant dire que la situation était critique pour l'astre des mecs du 9-4. D'autant que le collectif danois se remettait à croire à l'exploit.
Partie sur les chapeaux de roue et emmenée par un Nani virevoltant, auteur de deux passes décisives, l'équipe de Paulo Bento ouvre le score sur une tête de Pepe (23') avant de creuser l'écart. Suite un beau mouvement collectif, Helder Postiga arrive en trombe dans la surface et catapulte le Tango 2012 dans la lucarne d'Andersen (35'). Avant que les Lusitaniens-comme-dit-Thierry-Roland se laissent surprendre par la longue tige de la Danish Dynamite : Nicklas Bendtner. La bande à Bendtner allume ainsi bien vite la mèche et montre au Crist' qu'il ne se suffit pas d'être prophète pour s'en sortir. Encore faut-il pouvoir compter sur un bon réseau d'apôtres !
Une ouverture divine que Kron-Dheli (40ème), puis un long centre de Jacobsen permettent à l'attaquant de Sunderland de ramener les siens à égalité. Une leçon de courage, de solidarité et d'efficacité pour tous les Kiki de la Terre. Jusqu'à ce qu'au bord de l'enfer, le miracle portugais se produise. Coincé dans la surface, Ronaldo voit son coéquipier Varela, rentré trois minutes plus tôt, ramener les Portugais dans la course de la mort du Gourpe B. Pour cette fois, le Madrilène a donc dû compter sur des coéquipiers dignes de son nom pour maintenir ses rêves de Ballon d'Or à flot. Pour cette fois seulement ?
Allemagne - Pays-Bas 2-1
Si Ronaldo catalyse les espoirs d'un peuple, que dire des joueurs hollandais qui poussent le vice à en oublier le sens du mot "collectif". Pas pour rien que le melon est orange, comme dirait l'autre ! À la rue en défense et complètement étouffé par le pressing allemand, les Oranje se sont presque montrés jaloux les uns des autres en attaque. Rapidement menés, après deux magnifiques buts de Mario Gomez, les Hollandais n'ont pas tardé à tomber dans leurs travers individualistes. Ce fût à qui sauvera la nation : Van Persie, Robben et Sneijder se sont bien tirés la bourre alors que du côté schleuh, Özil sillonnait le pré avec une légèreté déconcertante et le bellâtre Hummels s'offrait quelques envolées lyriques dignes d'un certain Franz B. De quoi réveiller des envies d'invasion de la Pologne.
Au vestiaire, Bert Van Marwijk a tenté de remettre de l'huile dans son orange mécanique et le fait est que les Bataves s'appliquent et s'organisent enfin sur le front offensif. Wesley Sneijder prend les choses en main. Quelques éclairs, mais rien de plus. Juste de quoi échouer un peu plus sur le paratonnerre Manuel Neuer. Et puis, il y a eu Robin Van Persie qui a marqué un but dans le plus pur esprit hollandais : tout seul, sur une magnifique frappe tendue. Résultat : un mec a sauvé sa peau quand dix autres restent dans l'ombre d'une partie qui a consacré la supériorité allemande en termes d'organisation et de force collective. Sans forcément jouer beau en plus. Le signe que les Allemands sont de retour ?
Les types du jour : Mats Hummels, Bastian Schweinsteiger, Mario Gomez
Au rang des questions qui nous agitent depuis le début de l’Euro, il y a celle-ci : où en sont les Allemands avec leur entreprise de séduction à grande échelle ? Comprendre, avec cette philosophie de jeu ramenée à la moindre interview par Jogi Löw qui laisse entendre que l’Allemagne a définitivement changé – plus jeune, plus fun, plus multiculturelle. La réponse qu’on tenait jusque là reposait sur le souvenir laissée par la Nationalmannschaft en 2008 et en 2010 : les gars seraient les nouveaux héritiers de l’Internationale romantique, fracassée par leurs prédécesseurs – Français et Néerlandais en tête, la bande à Gazza tout juste derrière.
Au vu des deux premiers matchs disputés par les Allemands, la réponse à la question posée plus haut tiendrait en trois noms : Mats Hummels, Bastian Schweinsteiger et Mario Gomez. Là où l’on attendait le triomphe des cracks annoncés (Özil, Götze, Reus), les trois garçons dans le vent se fichent bien des considérations esthétiques pour ne s’intéresser qu’à l’essentiel : la victoire über alles. On peut bien laisser au tripoteurs le soin de pratiquer le jeu à mille passes devant la défense adverse si ça fait plaisir à Löw et aux annonceurs, on peut aussi faire simple, rapide et efficace dans l’axe. Une relance propre ou une charge héroïque (Hummels-Bekenbauer), de la finesse et de l’expérience pour envoyer le jeu (Schweinsteiger-Matthäus) et un Bomber en pleine bourre qui plante comme il respire (Gomez-Müller).
En deux matchs, la formule a réussi à enterrer l’idée d’un « groupe de la mort ». Elle s’est révélée d’autant plus efficace que, les deux fois, on en est arrivé à la conclusion suivante : ce n’est pas l’Allemagne qui est au-dessus de la moyenne, ce sont ses adversaires qui sont largement surestimés. Réussir à faire passer les autres pour moins bons qu’ils ne le sont et gagner immanquablement le match à la fin, ça ressemble au retour d’une certaine idée de l’Allemagne.
Bonus du jour : Top 3 Euro 2012 > Carlton de Lille
Entre activistes féministes à poil autour des stades et la promesse d'y retrouver des filles de joie quelques mois plus tard, cet Euro puait le sexe avant même de commencer. Ce qu'on imaginait pas, c'est à quel point le stupre et la luxure gagneraient les terrains. Avec cette sixième journée comme sommet du genre. Dodo la Saumure devrait aimer ça.
n°1 - Joachim Löw : "Et tu aimes les vestiaires allemands ?"

n° 2 - Equipe de Suède : "Fais moi mal, Johnny !"

n°3 - Dodov le marteau pilon

