Euro 2012 - Les 3 points de la 8ème journée

Écrit par Bruce Singray & Emmanuel Raide
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A peine remis de la ballade irlandaise, l’Euro reprenait le chemin de l’Ukraine pour y voir plus clair dans le Groupe D comme diesel. L’équipe de France nous a en partie rassuré sur ses capacités quand Chevchenko et ses partenaires auront pris deux fois la foudre dans le Donbass. Dans l’autre match, les Anglais ont décidé de porter leur maillot du PFG (Pompes Funèbres Générales) pour déstabiliser les Suédois. Et ça a marché. Retour en trois coups de tonnerre.

Le fait du jour : périls jaunes 

Ukraine-France 0-2

Même les meilleurs experts peuvent se tromper. Surtout ceux de Météo France. Alors qu'on annonçait une chaleur caniculaire à Donetsk, c'est le déluge qui se s'est abattu sur le stade du Shakthar interrompant le match pendant plus d’une heure. Le temps de zapper de manière compulsive pour savoir qui de Larqué ou Josse était le plus usant sans images de foot.

Quand le jeu a repris, l’équipe de France, sans Evra mais avec Ménez, a mis du temps à sécher, gâchant bon nombre d’occasions et laissant les jaunards du Dniepr espérer le même dénouement que face aux Suédois. Après une bonne heure de préchauffage, les Bleus ont foudroyé une deuxième fois la Donbass Arena, deux buts en cinq minutes - Ménez (53ème) et Cabaye (57ème). Avec Ménez sobre et Clichy qui dévergonde enfin dans le couloir gauche. Et avec Evra et Malouda sur le banc qui font disparaître un peu plus les derniers fantômes de Knysna.

Suède-Angleterre 2-3

En fonction du pedigree des joueurs sur la pelouse, on ne s’attendait pas forcément à un grand moment de poésie au Stade Olympique de Kiev. Pourtant, le match fait certainement partie des plus beaux matchs de cet Euro, ne serait que pour le sublime but que nous a donné à voir Wellbeck (78ème). Comme quoi les Anglais peuvent aussi nous faire rêver parfois. Dans le duel queues-de-cheval, c’est Andy Carroll qui domine Ibrahimovic dans un premier sur un but très liverpuldien, Gerrard distillant une passe dont il a le secret et la tête plate du buteur des Reds faisant le reste (37ème).

Puis, comme il faut parfois un quart d’heure working class hero, Olof Mellberg a sorti un doublé Thuram, deux buts en moins d’un quart d’heure (49 ème et 59 ème), plongeant la sélection aux Trois Lions en plein doute. On ne passera pas sous silence la célébration du premier but suédois qui obligea Grandqvist à sortir sur blessure quelques minutes plus tard. Le show Benny Hill était ouvert et pouvait continuer avec une frappe plein centre de Walcott qui trompe un Isaksson apparemment sous acides pour avoir vu le ballon dans sa lucarne gauche. Résultat, les Suédois qui ont fait résonner la playlist du Stade Bollaert pendant 90 minutes à Kiev vont pouvoir continuer officiellement ce qu'ils ont débuté en Ukraine : leurs vacances. 

Le type du jour : Jérémy Ménez

C’était il y a quinze jours, après le match de préparation contre la Serbie. Un auditeur de RMC appelle et s’en prend à Jérémy Ménez : « Ménez, il fait la gueule quand il marque ! Y a des enfants qui regardent, s'il est pas content il n'a qu'à retourner au bord de sa piscine de pétrodollars. » On en a retenu deux leçons. La première, on ne fera jamais mieux que les émissions de libre antenne et le courrier des lecteurs pour croire un peu moins au genre humain. La seconde, Jérémy Ménez souffre du délit de sale gueule, et c’est pas près de s’arrêter. Même après un match de haute volée hier soir face aux Ukrainiens, avec un but qui confirme la grande révolution en cours en équipe de France, celle du foot de rue où l’on peut se jouer de toute une défense à même le bitume et venir finir le petit récital sur un tir moins puissant que vicelard.

Cette façon de jouer facile, trop facile, en donnant l’impression de vouloir plus l’humiliation de l’adversaire que la victoire über alles, est bien une révolution. De celles qui amorceront le retour d’une certaine idée du foot français, un truc d’esthètes, qui préfère laisser la victoire aux Allemands et aux Espagnols, quitte à mourir en quarts et à finir sans dignité dans une boîte ukrainienne le soir même. Une façon de pratiquer le sport de haut niveau déjà à l’œuvre chez Richard Gasquet.

Pourtant, en un passing envoyé sur un coup de poignet irréel, Gasquet arrive bien à retourner l’opinion quand on préfère encore ressasser les occasions manquées de Ménez après qu’il a débloqué la situation. Alors, pourquoi une telle différence de traitement ? Parce que Ménez est censé pratiquer un sport collectif. Plus précisément, le joueur du PSG ramènerait sur le terrain cette tendance à l’œuvre en coulisses depuis tant d’années, mais tellement insupportable pour tous les moralistes du foot : le Me, Myself and I.

Cette façon de ramener les parties qui se pratiquent sur le bitume à même la pelouse et ce sentiment de ne jouer que pour soi ne sont jamais qu’une reprise de ce qui fit la carrière d’Allen Iverson en NBA. Soit le type que tous les meneurs du circuit – de Nash à Parker – cotinueront de vous présenter comme le meilleur manieur de tous les temps, mais qui est passé à côté de la floppée de titres qu’il méritait pour son jeu qui sentait trop le playground, du passage en revue qui peut sacrifier le résultat d’un match à cette attitude de défi permanent aux bons sentiments. De quoi continuer à faire hurler tous les Larqué de la terre qui continueront de voir dans les courses tellement faciles de Jérémy cette nonchalance qui manque de respect à l’équipe de France, au jeu collectif, à l'entreprise rachat post-Knysna. En bref, au football tout entier.

Pourtant, on a vu autre chose hier soir. Sous la pelouse transformée en bitume par les foulées de Jérém’ couvait un hommage, un vrai à ce jeu célébré par son sélectionneur quelques mois plus tôt, devant nous, du côté de Clairefontaine : « Le football de l’enfance, pour moi, c’est le football de rue. Il existe de moins en moins malheureusement. (…) Je dis « malheureusement » parce que c’est surtout là que j’ai pris le plus de plaisir à jouer. Il n’y avait que le jeu, pas de questions d’infrastructures et pour seules règles, les nôtres. C’est là, avec mes potes, que je me suis le plus éclaté parce qu’il n’y avait que le plaisir. » L'enfance du football, la voilà la vraie révolution. Et Jérémy est son prophète.

Bonus du jour : hommage à Monsieur Thierry Roland

Bien entendu, on n'espère plus qu'une chose : que les Bleus gagnent pour lui. Bien sûr, il n'en pouvait plus depuis au moins une douzaine d'années, mais rien que pour avoir pourri Larqué un soir de 2002, il méritait notre respect. Et puis, il ne faudrait pas l'oublier, il a ouvert la voie à un genre certes mineur, mais ô combien essentiel : le bide de journaliste sportif. Celui qui dépasse du pantalon. Top 3 des perles du genre. 

Top 1 - Thierry Roland La troisième mi-temps

Top 2 - Laurent Luyat No Sport

Top 3 - Jean-Pierre Foucault et Léon Allez la France !

Dernière modification le Samedi, 16 Juin 2012 17:25

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