Cinq ans de Sarkozie : tee-shirt NYPD et runnings Nike
On a beaucoup reproché au président Hollande de ne pas avoir cité de grande mesure initiée par son prédécesseur Sarkozy. Il en est pourtant une qui a du bon. On connait l'atlantisme et l'américanophilie du président UMP qui avait préféré s'afficher avec ses homologues américains ou britanniques plutôt qu'avec la chancelière allemande, jusqu'à reconduire le réengagement effectif français dans l'OTAN. En sport, cela s'est traduit par le démantèlement des archaïsmes de gauche, Domenech et Adidas.
L'équipe de France porte désormais du Nike et met à mal le couple franco-allemand. Et les Tricolores deviennent les Bleus. Parce qu'il fut un temps où les footballeurs français ne s'appelaient pas les Bleus mais les Tricolores. Cela remonte aux Trente Glorieuses (1945-1974) et à la crise pétrolière de fin de guerre froide (1975-1995). A cette époque, l'ancrage progressiste de la République gaulliste la conduit à reconnaître en son sein toute la diversité sociologique et politique de la nation, ses trois couleurs et tout ce qu'elles invoquent.
Les Français jouent alors en maillot bleu, culotte blanche et bas rouge, les couleurs du drapeau. En 1995, Chirac espère bien jeter le bébé avec l'eau du bain pour en finir avec l'héritage mitterandien, quitte à sacrifier la barre sur le maillot et les chaussettes rouges des Tricolores de Platoche. Avec le fiasco de France-Bulgarie 1993, c'est la gauche au pouvoir qui est mise au pilori. La tenue des Français reste la même, mais leur nom change : ils deviennent les Bleus d'Aimé Jacquet. L'équipe de France enregistrera ses meilleurs résultats dans une nouvelle période de cohabitation Chirac-Jospin (1997-2002). A une époque où son équipement n'aura jamais été aussi riche en couleurs, avec sa barre rouge sur le torse récupérée sur le maillot de 1984, la France triomphe sous le vocable des "Bleus de 98".
Première période bleue : le domenechisme
Sensiblement à gauche, le sélectionneur promu après l'Euro 2004, Ray Domenech, compte bien donner toute sa cohérence idéologique à cette appellation. C'est ainsi qu'il met en place une tenue bleue intégral pour les qualifications au Mondial 2006. Mal lui en prend, les résultats sont piteux. Le mécontentement généralisé s'exprime en 2005 avec le rejet du Traité Constitutionnel Européen.
Les responsables politiques complètement dépassés, c'est Zidane qui prend ses responsabilités en revenant en équipe de France, ramenant avec lui son ancien partenaire milieu de terrain au Real, Makelele, et son remplaçant au numéro 21 de la Juve, Thuram. Ce nouveau rassemblement national entre les différentes générations porte ses fruits avec une finale perdue au tirs aux buts contre l'Italie. Les trois anciens rétablissent la tenue tricolore des Bleus, mais la France joue ses quatre matchs décisifs dans un maillot apaisé blanc.
Zidane parti, Domenech est seul maître à bord. Il impose sa tenue domicile bleue et une tenue extérieure rouge et blanche. Les joueurs déboussolés ratent l'Euro 2008. Le maillot rouge est bien abandonné en 2010, mais cela ne suffit pas et les Bleus s'en vont par la petite porte d'Afrique du Sud.
Seconde période bleue : drapeau Blanc
En 2011, Nike ne fera qu'accentuer ce déséquilibrage entre bleu et rouge. Avec une marinière de Jean-Paul Gauthier d'abord (2011), puis le polo blanc (2012) du désintérêt pour le patrimoine culturel. Les symboles nationaux traditionnels ont vécu : il faut acter la féminisation du foot et l'opportunisme d'une droite décomplexée qui se déguise en Martin Solveig.
Avec un maillot d'un bleu terne ensuite sans trace de rouge, avec un col marine et un logo blanc en 2011, c'est le choix du sang bleu qui finit par s'imposer. Avant que, comble du détachement, une couleur étrangère au drapeau, le jaune doré, vienne rehausser la tenue. Motifs dorés sur fond bleu de marine, on n'est pas loin d’être revenu au drapeau d'azur aux trois lys dorés de l'Ancien Régime des Bourbons. Quand on sait que Ribéry a été fait Roi de Bavière dans les mêmes couleurs bleue, jaune-dorée et blanche, on comprend où veut en venir l'équipementier américain.
La traque du rouge
C'est alors à un véritable relooking réactionnaire qu'assiste la France. Quelle sera dès lors la marge de manœuvre du président normal, François Hollande, d'emblée forcé à ne pas porter de cravate et à regarder la finale de la C1 entre le Chelsea de Dave Cameron et le Bayern de Angie Merkel ? La question se pose tant il est vrai que même à Paris, mairie socialiste, le rouge a pratiquement disparu du maillot du PSG sous l'influence de Nike.
Un unilatéralisme bien éloigné de la complémentarité qui existait dans les années 2000 entre les deux attaquants de France et de Monaco, Henry et Trezeguet. L'un, Antillais, a trouvé son terrain d'expression dans les rushs et les espaces du monde anglosaxon, à Arsenal, puis au Red Bull NY. L'autre, Argentin, aura été un renard de surface discret, capable de gestes acrobatiques inattendus, de Turin à River Plate. Hommage leur est rendu en Ukraine et en Pologne avec les mascottes de l'Euro. Slawek le Polonais porte la tenue blanche et rouge de Monaco et de River : il a le numéro 20 de Trezeguet. On devine que ses chaussures sont des Adidas Predator. Slawko l'Ukrainien joue en jaune et bleu, couleurs des maillots extérieurs de la Juve, d'Arsenal et du Barça, clubs Nike de Thierry Henry, enfile le numéro 12.
Tout ça pour dire quoi ? Qu'entre la nostalgie des vieilles gloires de 1997 à 2006 et l'émergence d'une génération qui doit désormais justifier son train de vie, son maniérisme et son accoutrement, les bleus des Bleus feraient bien de légitimer leur qualification pour l’Euro 2016. Et ils ont pour cela un pont d'or et d'azur.
