Italie - La nouvelle Juventus

Écrit par Yazid Khalef
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Alors que la Série A reprend ses droits ce week-end, c'est en co-leader invaincu que la Juventus aborde les matchs retours. Le moment ou jamais pour expliquer comment la Vieille Dame s'y est pris pour retrouver son lustre d'antan. Et d'offrir un éclairage aux joueurs qui composent cette équipe, toujours largement méconnue.

 

Nombreux sont ceux à avoir laissé la Juventus en 2006. Capello, Ibrahimovic, Vieira, Thuram, Cannavaro… Moggi. Les deux scudetti retirés, la relégation, la honte. Apercevant peut-être Deschamps s'en aller comme un prince après la remontée, Nedved prendre sa retraite, l'échec de Ranieri (un pléonasme), les saisons de surplace... Mais si, de loin, le lifting de cette si sémillante Vieille Dame entamant l'année 2012 en solide co-leader de la Série A, peut ressembler au fruit d'un patient et dur labeur, il ne trouve en fait son origine qu'au 31 mai 2011, date de l'arrivée sur le banc d'Antonio Conte, ancienne gloire et capitaine du club.

Retour de flamme in Lippi

Depuis Marcello Lippi (2004), voire, dans une moindre mesure, Fabio Capello (2006), et dans une moindre encore, Didier Deschamps (2007), la Juve n'a en effet plus connu de véritable Mister, ce grand entraineur capable de pousser ses troupes à étaler ses tripes à chaque match, selon la marque de fabrique du club. Qui n'est plus désormais dans l'imaginaire collectif, au mieux, qu'un lointain souvenir, au pire, qu'un soupçon de triche. La Société, comme l'appelle les Italiens, n'a pourtant jamais cessé d'investir massivement dans les transferts, malgré la crise économique, malgré la construction du nouveau stade, malgré les désillusions successives, intensifiant même le mouvement à partir de l'été 2010, moment où l'héritier Andrea Agnelli a succédé à l'inexpérimenté Jean-Claude Blanc à la tête du club. Ainsi, l'été dernier, au sortir d'une énième saison blanche (et donc noire), la Juventus a été le deuxième club le plus dépensier d'Europe, avec 85,7 millions d'euros d'emplettes…

Après Ranieri, il y eut bien cette impression de voir la Juve copier le Barça de Guardiola en donnant sa chance à un joueur emblématique de l'âge d'or des 90's fraichement retraité, au moment de voir débouler Ciro Ferrara, dont l'unique expérience sur un banc se résumait à un poste d'adjoint de Lippi au Mondial 2006. Mais cela n'a pas marché, pas plus que la tentative Gigi Del Neri la saison suivante, apôtre d'un jeu chatoyant à la Sampdoria mais bien incapable de soigner une Vieille Dame dépressive. C'est dire si Antonio Conte ne pouvait s'appuyer sur aucun acquis de ses prédécesseurs à son arrivée, d'autant que les mouvements d'entraineurs ont favorisé les mouvements massifs de joueurs, et que son effectif, chamboulé à à 80%, n'avait en conséquence aucune expérience commune à faire valoir au départ de la saison. Mais l'ex-milieu défensif avait pour lui l'avantage d'avoir été le capitaine emblématique et l'homme de confiance de Lippi, exactement comme Guardiola fut celui de Cruyff. Les tauliers du vestiaire, plus anciens dans le Piémont qu'en Catalogne, n'allaient pas se risquer à le considérer comme un pote.

C'est aussi ce retour en grand de l'esprit des années Lippi qui rend possible un recrutement enfin gagnant - quatre nouveaux venus figurent dans une équipe type cette fois bien établie, et Pirlo a été désigné en novembre meilleure recrue de la Série A par la Gazzetta dello Sport. Sans oublier l'inauguration chargée d'histoire du Juventus Stadium le 8 septembre dernier, écrin à l'ambiance allemande ô combien plus adapté (et rentable) que le Delle Alpi et l'Olimpico, où s'est déjà forgée une sorte de superstition... Un ensemble qui explique la réussite de l'équipe actuelle, la seule en Europe à demeurer invaincue à l'issue des matchs allers, après avoir tenu tête, non sans un certain panache, à tous ses rivaux, mais qui reste cruellement méconnue du grand public.

Les onze types de la Juventus 2011-12

Gianluigi Buffon

Le gardien du temple. Si la saison dernière, il avait dû se résoudre à partager son poste avec Storari, ne disputant que 16 petits matchs de Série A pour cause de douleurs récurrentes au dos, cette année Gigi l'amoroso n'a rien laissé à sa séduisante doublure. Car, s'il n'a plus la détente folle de ses 20 ans, le tout nouveau capitaine, âgé de 33 ans, compense allègrement par sa science du placement et de l'anticipation. En plus d'afficher une forme resplendissante, sans avoir rien perdu de son sang froid et ses réflexes légendaires. Ce qu'on appelle avoir la classe.

Stephan Lichsteiner

Oui oui, celui du LOSC. Aguerri depuis aux joutes italiennes après trois saisons passées dans une Lazio en pleine ascension. Et recruté tout spécialement cet été par une Juve bien décidée à finalement combler le trou béant laissé à ce poste par Zambrotta depuis son départ… en 2006. Mission accomplie avec brio par le coucou suisse, très vite devenu indispensable pour sa ténacité dans les duels et la cadence infernale de ses montées, l'amenant même à souvent tenter sa chance devant le but. Au point de rendre dépressif son concurrent Marco Motta, qu'on dit désormais sur le départ… Ce qu'on appelle une bonne pioche.

Andrea Barzagli

En rentrant au pays en janvier dernier après un exil foireux à Wolfsburg, où un titre de champion d'Allemagne ne l'aura pas empêché de sombrer dans l'oubli, l'ex-grand espoir du football italien rêvait en secret d'un retour en équipe nationale. Un pari gagnant pour tout le monde, puisque, un an plus tard, il est un titulaire inamovible en défense de la Squaddra Azzura, comme ses compères bianconeri Bonucci et Chiellini. Trio de choc dont il est la tour de contrôle, régnant implacablement sur le domaine aérien, en plus d'être intraitable au sol. Bien parti pour rester un moment à la Juve…

Leonardo Bonucci

Le miraculé. Le système très italien des co-propriétés a failli prématurément ruiner sa carrière. Ainsi, après des débuts très prometteurs dans les équipes de jeunes de l'Inter, dont il fut le capitaine, il échoue à Trévise puis à Pise, toujours plus au fond du classement de la Série B… Avant de se retrouver au Genoa sans qu'on lui demande son avis, car dans le cadre d'un échange de joueurs envoyant Thiago Motta et Diego Milito chez les Nerazzuri. Lequel Genoa le prêtera aussitôt à Bari. Qui remontera en Série A dès la saison suivante, et où ce teigneux à la relance de velours finira par taper dans l'œil du sélectionneur Marcello Lippi, puis dans celui de la Vielle Dame en 2010... Mais l'arrivée de Barzagli six mois plus tard aurait pu une nouvelle fois l'envoyer vers une destination douteuse. La Juve a en effet tout fait pour le refourguer en Russie cet été dans l'espoir de l'inclure dans une transaction pour faire signer Bruno Alves. Un échec dont son entraîneur ne se plaindra pas, lui qui s'est bien vite résolu à décaler sa majesté Chillini côté gauche, tant "Leo" lui est finalement apparu indiscutable.

Giorgio Chiellini

Le taulier. Qui avait émergé côté gauche du temps de la charnière Thuram-Cannavaro, avant de s'imposer dans l'axe comme une évidence sous Didier Deschamps après la relégation, poste qu'il ne quittera plus… Jusqu'à ce mois de septembre 2011, lorsque Conte a compris que disposer de la meilleure défense possible impliquait nécessairement d'exiler son meilleur défenseur sur un flanc. Où ce dernier a conservé ses bonnes habitudes. Un choix visiblement judicieux, puisqu'il a correspondu au moment où la Juve a arrêté d'enchaîner les nuls insipides pour enquiller les victoires. D'autant que bon, si un club pouvait gagner le scudetto avec Fabio Grosso titulaire, ça se saurait.

Andrea Pirlo

L'architecte. Qu'on disait fini, après une saison pénible dans un Milan pourtant champion d'Italie. Le voir ainsi débarquer, à 32 ans, dans une Juventus aux abois, avait même fait pouffer les très nombreux sceptiques. Lesquels sont désormais obligés de se rendre à l'évidence : Pirlo a encore plus la classe en noir et blanc. Il a même encore les jambes et la vista pour quadriller un terrain et distiller des caviars à la louche comme personne. A croire qu'il était en fait simplement lassé par dix saisons passées à San Siro. Ce qui laisse donc encore neuf ans aux tifosi bianconeri pour se régaler.

Claudio Marchisio

Sans doute le meilleur joueur du monde sur les six derniers mois. On conseille donc à ceux que cette dernière phrase amuse, et qui ne l'ont donc jamais vraiment vu jouer, de ne pas attendre l'Euro pour le découvrir. Marchisio avait en effet été l'un des seuls à surnager dans le naufrage des saisons précédente. Cette fois, aligné à côté du génie Pirlo et sous les ordres d'un illustre ancien titulaire à son poste, c'est fort logiquement que le petit prince, l'un des rares joueurs formés au club (avec Chiellini) à avoir atteint l'équipe première, crève littéralement l'écran : récupération, vision du jeu, buts aussi décisifs que sompteux. On vous l'a dit : ce n'est qu'un début.

Simone Pepe

L'homme de l'ombre, sans qui Conte ne serait finalement pas grand chose. Car pour concrétiser ses folles ambitions tactiques, il lui fallait un "ailier" au profil si atypique, capable de se muer avec la même aisance en arrière droit ou en véritable numéro 9 ( déjà 5 buts cette saison, tous ultra importants et marqués à moins de 5 mètres des cages ), de centrer indifféremment des deux pieds et d'avoir cette endurance qui permet de gommer les insuffisances de certains coéquipiers. Un envantail de louanges qui tranche pourtant avec une technique et une personnalité restées très discrètes la saison passée, alors qu'il n'était que prêté par l'Udinese. En même temps, l'anti-star, c'est le genre d'idée qui ne déplaît pas trop à la Juve...

Arturo Vidal

Si Arturo Vidal fait bien partie de cette équipe de feu follets chiliens aperçus au Mondial sud-africain, si sa signature à la Juve en provenance de Leverkusen a presque été simultanée à celle du spectaculaire Alexis Sanchez à Barcelone, et si sa première apparition officielle face à Parme a été accompagnée d'un but de toute beauté, on parle bien d'un joueur laborieux. Loué pour sa polyvalence qui le fait jouer à la récup', sur les côtés, en meneur ou en neuf et demi, il abat surtout à chaque match un travail monstreux dans l'axe, laissant la plupart du temps à Marchisio la liberté de se livrer à des chevauchées fantastiques. En bref, sa seule venue a suffi à rééquilibrer l'équipe.

Mirko Vucinic

L'international monténégrin n'est plus ce buteur racé, égoïste, tête à claque et frustré par son immuable statut de super-sub à la Roma. En passant cet été sous le giron bianconero, Vucinic s'est en effet transformé en modèle d'altruisme, titulaire en puissance dans un rôle d'électron libre qui lui va bien. Histoire de montrer à toute l'Italie qu'il est tout aussi doué lorsqu'il s'agit de créer des intervalles à coups de passes lumineuses, une fois qu'on lui accorde sa confiance… Et si c'était lui, le successeur de Del Piero ?

Alessandro Matri

Une bénédiction pour le club, ne serait-ce que parce que sa réussite éclair en passant de Cagliari à la Juventus en janvier dernier a définitivement court-circuité tous les boulets de l'effectif ( Amauri, Iaquinta, Toni... ). L'avalanche n'est pas terminée : déjà six pions en quinze rencontres dans l'exercice en cours, mais surtout un sens du but et des appels dans le dos absolument hors-norme, ayant permis à nombre de ses coéquipiers de planter à leur tour. Et si c'était lui, le successeur de Pippo Inzaghi ?

Antonio Conte

Arrivé cet été de Sienne avec un titre de champion de Série B pour seul palmarès et des velléités tactiques pour le moins osées - il revendique la paternité d'un 4-2-4 qu'il aurait lui-même élaboré -, l'ex-capitaine courage n'a pas été accueilli à bras ouverts par tout le monde, notamment au regard de l'échec Ciro Ferrara deux ans auparavant... Une demi-saison plus tard, il fait l'unanimité au point que nombre de ses prédécesseurs au poste se sont sentis obligés de l'adouber publiquement. Conte, c'est d'abord une communication sans détour ni langue de bois, que l'on parle de la presse ou de son vestiaire - aucun de ses remplaçants n'a jusqu'ici osé se plaindre, à l'exception de Krasic -, un discours volontiers guerrier mais toujours centré sur son équipe, laquelle aime à jouer haut les lignes bien serrées, et une impeccable raie sur le côté. Et si c'était lui, le successeur de Marcello Lippi ?

Derrière les onze types...

Où l'on trouve pêle-mêle un Alessandro Del Piero toujours apte à des fulgurances venues d'ailleurs à chaque prise balle, mais au physique désormais trop limité pour assumer un statut de titulaire à part entière ; Fabio Quagliarella de retour après presque un an de blessure, et bien décidé à venir titiller Matri à la pointe de l'attaque, malgré la récente arrivée de Marco Boriello au même poste ; le très polyvalent gaucher Eljero Elia, aperçu au Mondial 2010 sous le maillot Oranje mais encore trop vert pour prétendre à plus de temps de jeu ; ou encore Michele Pazienza, l'impressionnante sentinelle du Napoli de la saison passée, dont il se murmure qu'il pourrait s'en aller à l'Udinese dès cet hiver, si la Juve recrutait lors de ce mercato le Chilien de la Roma David Pizarro- ce qui semble très bien engagé…    

 

Dernière modification le Samedi, 07 Janvier 2012 11:28

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Salles de Gym Toulouse Jeudi, 12 Janvier 2012 22:26 Posté par Salles de Gym Toulouse

    Cela fait vraiment plaisir de voir la Juve de retour, espérons qu'ils continueront dans cette voie là en seconde partie de championnat pour les voir en Europe dés l'année prochaine.

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