1. Parce que l’Yonne, c’est quand même le lieu idéal pour un remake de la Ferme célébrités.
Le Real est sans doute le club avec la plus grosse expérience européenne. Ils ont joué partout, contre les plus grands, les plus modestes, dans les contrées lointaines de la Russie et face aux publics hostiles de la Turquie. Logiquement, il n’y aura pas de surprises pour eux. Ils sont rôdés à tout, leur intendant a tout réglé, les joueurs n’auront plus qu’a enfiler leurs shorts et mettre une branlée aux Auxerrois.
Sauf que l’Yonne, c’est autre chose. L’Yonne, sa faune, sa flore, ses chauffeurs de bus patibulaires, ses routes piégeuses et ses autochtones d’un autre âge. Nul doute que Guy Roux prépare l’accueil des Madrilènes depuis des semaines, en truffant les routes de nids de poules. Et si par miracle, le bus du Real arrive en entier au stade, la partie sera loin d’être gagnée. Car il faudra encore que Kiki Ronaldo se change entre deux vaches entrain de vêler avant de devoir faire son gommage d’avant match, avec de la paille sèche tendue par l’intendant auxerrois. Alors, n’allez pas croire après ça que ce ne sera qu’une partie de plaisir pour les Madrilènes. Parce qu’ensuite, il leur faudra affronter le terrible public bourguignon. Oubliez les hooligans grecs, turcs ou la ferveur de Glasgow. Même au Pays Basque, ils n’en ont pas des comme ça. C’est dans ces moments là que Guti, Raul et les autres vont comprendre que quitter le Real ne pouvait être qu’une sage décision.
2. Parce que Pedretti va faire le match de sa vie.
Même si son début de saison est plus timide que sa dernière saison flamboyante, le Jordy en crampons est devenu une valeur sûre de la Ligue 1. Teigneux, bien placé, précis dans ses relances, Peretti a trouvé en Auxerre le club idoine. Finis les costumes trop grands pour lui, ici dans l’Yonne, on sait apprécier son apport sans moquer sa coupe en brosse ou sans l’envoyer chez l’orthodontiste. Mais désormais, Benoit rêve en grand. Comme ses copains, il veut goûter aux grandes épopées européennes. Dès le match contre le Real, il va donc sortir le grand jeu et renvoyer les petit Ozil et Khedira a leurs études. Révélations de la dernière Coupe du Monde ? Benoit lui a été anobli par les insultes de Loulou Nicollin, c’est tout de même autre chose que des trophées en carton remis par des vieux barbons de la Fifa. Pedretti va donc ratiboiser le milieu de terrain du Real, va rendre fou le Kiki Ronaldo qui finira par péter les plombs en étant expulsé. Ensuite, Pedretti sera sur toutes les lèvres ( hors contexte, cette phrase peut être réellement effrayante ) et à lui les gros contrats en Angleterre et les châteaux en Espagne. A moins qu’il ne choisisse de prolonger à Auxerre, pour pouvoir enfin finir la terrasse de son chouette pavillon, travaux remis cet été en raison d’un encombrant tour préliminaire de la Ligue des Champions.3. Parce que les Galactiques, ça ne marche pas, avec ou sans Mourinho.
Tous ceux qui ont eu l’occasion de voir jouer le Real cette saison le savent, le jeu n’est pas encore là. Le Real est poussif, brouillon et quand il se crée des occasions, il a du mal à conclure. Un comble pour un club à l’effectif énorme et dirigé par un entraineur connu pour gagner de toutes les manières. Ce samedi encore, le Real a dû se contenter d’un triste 0-0 face à Levante. Léger pour un club qui était censé tout casser. Même la victoire précédente contre la Real Sociedad avait été tirée par les cheveux. C’est surprenant sans doute, on peut penser qu’il s’agit juste d’attendre les ajustements du début de saison. Sauf qu’il y a un mal plus profond, plus endémique.
Le galactique n’est plus à la mode. Dans une Espagne frappée de plein fouet par la crise, l’affichage éhonté d’argent des dirigeants madrilènes fait tâche. Même la Roja, même le Barça quand ils gagnent le font au nom de la formation, du collectif et de l’humilité nécessaire à tout exploit. Alors le Real a l’air malin avec ses stars par millions, ses maillots à solder et ses zéros qui s’accumulent sur les carnets de chèque. On ne joue pas avec le destin d’un pays. Alors une fois ce début de saison poussif assumé, Mourinho reviendra aux basiques, piochera dans le centre de formation du Real et donnera les clés à Zidane fils, le seul à connaitre la botte secrète pour ramener la Coupe aux grandes oreilles du côté de Madrid.
4. Parce que Jeannot Fernandez, c’est quand même autre chose que Mourinho.
A première vue, il n’y a rien à dire. En club, Mourinho a tout gagné. Au Portugal, en Angleterre, en Italie et sans doute demain en Espagne. Alors évidemment, à côté, Jean Fernandez avec son seul titre de champion de L2 avec Sochaux fait pâle figure. Sauf que les choses méritent d’être regardées avec plus de subtilité. Jean Fernandez a toujours su ou presque tirer le meilleur de ses effectifs. Il n’y a pas moins de mérite à qualifier Auxerre en Ligue des Champions qu’à gagner cette compétiton avec l’Inter. Jean Fernandez ne gagnera sans doute jamais la C1, mais il a construit une carrière en sachant s‘adapter aux spécificités de chacun de ses clubs. Pour un entraineur, c’est déjà énorme.
Mourinho a sa méthode et l’applique partout. Si sa carrière s’arrêtait maintenant que resterait-il de l’école de jeu Mourinho ? Pas grand-chose. Mourinho a raison tant qu’il gagne, il sait juste faire face aux exigences de l’immédiateté.
En fait, Mourinho a surtout pour lui, les belles sapes et l’œil sombre à faire rêver toutes les ménagères de moins de cinquante ans. Mais quand on y pense il tient plus de Luis Rego que de Cary Grant, collant à la théorie géniale de Patrick Timsit.
Alors, forcément sur ce terrain, Jean Fernandez ne peut pas lutter. Le teint rougeaud, le survêtement près du corps et la veste de costume achetée en soldes dans une friperie de Lorraine, ça ne suffit pas toujours pour faire la une. Mais finalement, ça en dit assez long sur ce qui fait réellement la réputation d’un entraineur aujourd’hui, sur ce mélange d’apparence et de culture du chiffre qui gomme tout le reste. Du pento et des victoires, vaudront toujours plus que la passion sincère et honnête du jeu. Jusqu’à ce soir.
5. Parce que comme personne ne va voir le match, ça peut passer sur un malentendu.
Comme à chaque fois que l’OM se qualifie pour la Ligue des Champions, TF1 et Canal se transforment en succursales d’OM TV. Pas de bol donc pour les supporters d’Auxerre, il y en a, qui vont être obligés de raquer pour un abonnement Foot +. Certains en profiteront sans doute pour aller peupler les cafés de l’Yonne, mais pour les expatriés il faudra sans doute s’en remettre aux solutions de fortune. Cette situation précaire, l’AJA peut la transformer en avantage décisif, grâce à son sens paysans ultime. Personne ne verra le match ? Tant mieux, et profitons en pour ressortir une bonne vieille arnaque digne des Pieds nickelés. On saoule les délégués UEFA à coups de chablis généreux, on met quelques coups de tipex sur la feuille de match et une défaite se transforme en succès tranquille. Et le tour est joué. Evidemment les esprits chagrins vous diront que le Real n’acceptera pas, portera plainte et ressortira des photos satellites et des poils de cul de Roy Contout comme preuves à charge. Mais peu importe, que la vérité éclate ou pas, que les juges et les lois donnent raison ou pas à Auxerre. Car tous les fans de John Ford et de son film L’homme qui tua Liberty Valance le savent, la vérité n’importe pas. Quand la légende dépasse la vérité, imprimons la légende. Donc Auxerre = John Wayne + James Stewart. Et Lee Marvin est bien trop grand pour le Real.
