Les flops de la Liga

Écrit par David Guillemet
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La vie a cette fâcheuse tendance à ne pas être juste. Le sport, aussi. Le foot, surtout. En particulier pour ceux dont la bonne étoile n'a pas daigné éclairer la route jusqu'au bout. Ceux qui apportaient beaucoup à leur équipe mais qui n'ont jamais figuré en tête des charts ou sur les petits papiers de leur sélectionneur national. Un transfert loupé, une coupe de cheveux malheureuse, une équipe pas assez hype, allez savoir à quoi ça tient... Première étape du côté la Liga pour ce tour d'Europe à la recherche de ceux qu'on annonçait comme de possibles nouvelles stars, mais pour qui ça a fait pshhhhit.

1. Juan Carlos Valeron Santana (Deportivo La Corogne)

valeron2« Dieu m'a permis d'accomplir deux choses. La première, c'est d'avoir été champion de France avec Bordeaux. La seconde, c'est d'avoir pu faire des une-deux avec Valeron. » Voilà ce qu'aurait pu dire Jérôme Bonnissel s'il avait évolué à la Corogne au même moment que Juan Carlos Valeron. Il n'en fut rien et Jérôme a dû se contenter du premier accomplissement. Mais l'élégance est suffisamment rare de nos jours pour ne pas évoquer le petit gars des Baléares qui avait tout pour devenir le Platini espagnol. Valeron, dans la mémoire collective, n'est qu'un milieu de terrain chétif au visage singulier. Et au jeu simple fait de passes courtes du plat du pied.

L'artiste a pourtant plus d'une oeuvre à son actif. Champion d'Espagne 2000, vainqueur de la Copa del Rey 2002 - pour le plus grand malheur desGalacticos 1.0 d'un Real qui fêtait alors son centenaire - et des matchs de folie plein la musette. A commencer par ces deux récitals, avec retournements de situation à la clé, très certainement parmi les plus spectaculaires de la décennie : face au PSG en 2001 (mené 0-3 à la pause, le Depor s'imposera 4-3) et contre le Milan AC en 2004 (défaite 4-1 à San Siro, victoire 4-0 au Riazor), en Ligue des champions. Façon de rappeler au passage que les Galiciens savaient y faire à cette époque pas si lointaine pour distribuer leur lot de roustes à quelques-unes des grosses cylindrées espagnoles et continentales.

 

2. José Maria Gutierrez Hernandez, dit Guti (Real Madrid)

gutiQu'importe le championnat, il est des footballeurs qui sont contestés et raillés quoi qu'ils fassent. Demandez à Dugarry, Karembeu et Madar. Que les choses soient claires, il n'est pas ici question de talent (encore que...), mais bien de délit de sale gueule, voire de sale look ou de sale coiffure. Un jeu auquel Guti fait figure de cumulard.

Guti voit plus vite que les autres, c'est un fait. Mais il court aussi moins vite et dans un football dominé par la vitesse et le physique, ce genre de lacune paraît difficile à supporter. Ajoutez à cela une tendance à pleurnicher et vous obtenez une cible privilégiée pour les poètes du milieu, toujours prêts à taquiner les chevilles à coups de 45 vissés. Jusque dans son propre club, pas vrai Gravesen ? 

 

3. Herrera Diego Tristan (Deportivo La Corogne)

tristanAh, le 4-5-1... Ce schéma qui fait tant parler les éditorialistes sportifs et les copains du troquet du coin. Trop frileux, pas assez offensif... Une formation qui consiste à bétonner au milieu et laisser un grand nigaud seul devant. Un grand nigaud si possible équipé d'un pointard affûté, d'une technique improbable et d'un cul de 306 16S rabaissé. Un schéma qui a su révéler Heskey, Bierhoff, Gignac.

Mais aussi Diego Tristan. Cet attaquant d'1m85, à la course puissante et à l'instinct de tueur, aurait pu jouer à Liverpool ou au Milan AC. Mais Tristan aura surtout été la pointe du 4-5-1 d'Irureta, le coach historique du Depor. Formidable point d'ancrage d'une équipe qui aimait jouer au ballon, il reste à ce jour le seul pichichi de l'histoire du club, avec 21 buts en 2002. L'année où sa carrière atteindra son apogée puisqu'il participera également à l'aventure de la Coupe du monde asiatique avec la Roja.

Passé un temps, le Real lui a même fait les yeux doux et Barcelone l'a trouvé sympa, sans oublier les recruteurs étrangers qui s'étaient mis à scruter d'un peu plus près ce gars aux stats supérieures à celles de Raùl, Rivaldo et compagnie. Le problème après une année du feu de Dieu, c'est qu'il est souvent dur de maintenir cette demi-seconde d'avance sur l'un des deux cons de la défense centrale adverse.

D'autant plus dur que, pour peu qu'on soit moins bien, il y un pote nommé Makaay toujours prêt à te faire perdre ta place. Surtout si l'on ne sait pas résister aux invitations à répétition du côté de la Chunga du coin. 1,7 gramme dans le sang au petit matin, c'est jamais très bon quand la seule chose qu'on espère, c'est entrevoir le bout du tunnel. Ben oui, n'est pas Govou qui veut...

 

4. Andrés Palop Cervera (FC Séville)

Andres_PalopDifficile pour un gardien de faire parler de lui et d'attirer l'attention. Du coup, certains choisissent la solution dite sportive, qui consiste tout simplement a être bon (Buffon, Van der Sar), voire gaffeur (James, Dida). D'autres lui préfèrent l'extra-sportive, avec au choix l'usage de stupéfiants (Barthez, Lama), l'excès de caractère (Kahn) ou encore la tenue ringarde (Campos, Kiraly).

Andrés Palop, lui, n'a pas eu le choix : il est né espagnol. Comme Iker Casillas, Pepe Reina et Santi Canizares. Le con. Le foot ibérique n'a pas été foutu de sortir des gardiens dignes de ce nom pendant vingt ans, Zubizarreta mis à part (c'est dire). Et d'un coup – appelons ça le bug de l'an 2000 -, voilà qu'il se met à en sortir à la pelle

Palop est pourtant champion d'Europe 2008 avec l'Espagne, mais comme Lionel Charbonnier a été champion du monde. En bref, on s'en fout. Faut dire que glaner des titres comme Itandje, c'est-à-dire en restant sur le banc, Palop sait faire. Une habitude prise au cours de ses premières années pro, dans son club formateur, le FC Valence, où pendant près de huit ans, il n'était rien d'autre que la doublure de Canizares.

Heureusement, tout a changé en 2005 lorsqu'il est parti rejoindre les rangs du FC Séville où son talent indéniable a enfin pu s'exprimer. La preuve encore il y a peu lorsqu'il a éliminé le Barça à lui seul en Copa del Rey. Rapide dans toutes ses interventions et capable d'arrêts réflexes dignes des meilleurs top 10 Youtube, Andrés Palop arrive trop tard, voire trop tôt, puisque la génération qui s'en vient (Diego Lopez, Asenjo) a visiblement l'intention de suivre la voie des portiers espagnols actuels. Décidément, la vie est mal faite. Oui, la vie est une Palop.

 

5. Marcos Antonio Senna da Silva (Villareal)

senna« Des petits milieux trapus a la peau mate, chez nous, il en sort dix quand tu shootes dans une poubelle. » Voilà une phrase qu'Arragones ne dira jamais, et c'est sûrement mieux comme ça. Dans une équipe de foot, il y a toujours un ou plusieurs gars qui font le bonheur des supporters. Toujours là, à faire des petits gestes délicats sur le cuir, à caresser la balle de droite à gauche, à envoyer des missiles sol-air dans les buts, ce genre de trucs quoi. Sauf que ça s'arrête bien là.

Et puis il y a ceux qui font plaisir aux entraîneurs. A faire le sale boulot, le lien entre les lignes et beaucoup de bien à l'équipe elle-même. Xavi, Iniesta, Lass Diarra et autres Gerrard sont de ce bois-là. Senna aussi. Pas Ayrton, mais Marcos, le milieu hispano-brésilien de Villareal. Le numéro 19 de la Fuera.

Aucun lien de parenté entre les deux mais un point commun : le mur. Point de chute pour le pilote et sorte de portrait chinois pour Marcos. Car, oui, Senna est dur à franchir. Il est de la lignée de ceux qui tatanent fort, courent longtemps et vont chercher le ballon dans les pieds adverses. Et comme il est en plus super sympa, il sait même quoi faire du ballon. Râteau, crochet, jeu court, jeu long, soit toute la panoplie du milieu qui peut, au plus haut niveau, se révéler un peu utile.

La sélection espagnole s'était déjà essayée, par le passé, à la naturalisation de Brésiliens, avec Catanha, mais l'expérience avait tourné court. Un attaquant sans doute pas assez tranchant. Et puis bon, quitte à avoir une chèvre à la pointe de leur équipe nationale, les Espagnols, assez régionalistes, préfèreront toujours une chèvre locale.

 

6. Rubén De la Red (Real Madrid)

delaredLe Dieu du football peut parfois être ingrat avec ses fidèles. Il donne, reçoit et prend sans forcément donner la moindre explication. La logique n'y trouve que peu de place. Marc-Vivien Foé n'en est d'ailleurs pas revenu. Et quand on en parle à Dario Silva, ça lui fait une belle jambe.

Au moment de signer son contrat pro au Real Madrid, Rubén De la Red s'imaginait peut-être enfiler la tunique blanche à Zagreb, un soir de décembre, dans un match sans enjeu en Ligue des Champions. Il s'imaginait peut-être remplacer Beckham, Zidane, au pire Gravesen, à la 74ème minute. Voire, avec un brin de folie, marquer en fin de match sur une action rondement menée. Car après tout, pourquoi pas ?

De la Red, c'est le prototype du milieu espagnol moderne. Capable de jouer presque partout au milieu sans réelle difficulté, alternant jeu court et jeu long et doté d'une bonne technique individuelle. Sa trajectoire, elle, est plus atypique. Après des débuts en forme de promesse sous le maillot Merengue, il est vite sacrifié sur l'autel du merchandising, euh de l'efficacité sportive.

L'épisode du Sévillan Puerta, décédé sur le pré, étant survenu peu de temps auparavant, les craintes sont énormes. Finalement, De la Red se relèvera avant d'être envoyé a l'hôpital dans la foulée. Un examen confirmera qu'une anomalie cardiaque le rend inapte à la pratique du football de haut niveau : deuxième déception.

En Espagne, c'est un véritable coup de massue. Un grand espoir ne connaîtra pas la carrière dorée qui lui était promise. Jérémy Ménez paraîtrait presque chanceux, en comparaison. Aujourd'hui, son cas médical, toujours pas statué, ne l'autorise pas à rejouer. Il a donc commencé une carrière d'entraîneur des équipes de jeunes de la Maison Blanche, dans l'attente d'un hypothétique feu vert des médecins. Ceci dit, on se dit que l'affaire aurait pu franchement mal tourner si, un sinistre soir d'octobre en Ligue des Champions,  sa route avait croisé celle de Cyril Rool.

 

Dernière modification le Samedi, 03 Avril 2010 09:09

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