Thierry Henry et sa big pomme

Écrit par Stéphane Deneits
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Ce mois de juillet 2010 restera à jamais comme un carrefour dans la vie de Thierry Henry. Entre le désastre sud africain des Bleus, entraînant du même coup l’annonce de sa retraite internationale et son départ pour les Etats-Unis, l’Anaconda s’éclipse de la scène européenne par une porte dérobée. Certainement une histoire de challenge. Le dernier chapitre de la saga Thierry Henry est prêt pour écriture.

Henry_Red_BullL’homme aux placards dorés. Voilà la dernière impression que nous garderons du Thierry Henry européen. Le joueur laissé sur le banc du Barça. Le joueur mis à l’écart en équipe de France. Oublié le pion indispensable au dispositif de Guardiola, pendant la saison 2008-2009. Enfouis les derniers rêves de grandeur de l’ex capitaine des Bleus. Dépassé par Pedro le gnome, dépassé par ses performances moyennes sous le maillot du coq, acculé dans ses derniers retranchements par une main honteuse, Henry et son melon ont fait le dos rond. Sans jamais donner l’impression de vivre vraiment mal la situation, blasé. Comme si l’essentiel était ailleurs. Comme si le natif des Ulis avait déjà son plan tout tracé. A des milliers de kilomètres de Barcelone, de Londres, de Clairefontaine. A des années lumières de sa première vie. On gardera donc le meilleur : meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France et d’Arsenal, un palmarès long comme sa troisième jambe, une aura et un statut jamais déboulonné. Place à la new life. On the Road, comme aurait dit Jack Kerouac.

New York avec toi

Place aux New York Red Bull donc. Patronyme à forte connotation US. The Big Apple, et ses Bulls du Soccer. Qui sont ses Red Bull ? Quelle est la vraie valeur du club de football de la métropole la plus célèbre du monde ? Basé à East Rutherford, dans la banlieue de la cité atlantique, il ne s’agit ni plus ni moins que l’une des franchises les plus faibles du championnat. New York est à ce jour une ville où curieusement, les clubs sportifs peinent à rivaliser avec les meilleures équipes du pays. Cela est valable aussi bien pour les Knicks, en basket, que pour les Rangers en hockey ou les Giants en football US. Seuls les Yankees, le club de baseball, ont récemment connu les joies du succès, avec le titre de champion de MLB obtenu en 2009. Et il y a donc le club de football, qui squatte en fond de cale, avec une piteuse dernière place en conférence Est cette saison. Ajoutons à cela le plus mauvais bilan général, avec seulement 5 victoires en 30 matchs. Une ligne de statistiques digne des Grenoblois. Un club taillé pour le nouveau Thierry Henry. Chose surprenante, les Red Bulls étaient encore finalistes du championnat la saison d’avant. A croire que la défaite en finale face au Colombus Crew a laissé des traces indélébiles…

C’est donc dans un club en plein marasme sportif que débarque Thierry Henry. On ne pourra pas en dire autant de la santé financière du club, que l’on imagine florissante. En atteste la récente inauguration de la Red Bull Arena, petit bijou de 25000 places. Avec Dietrich Mateschitz, propriétaire de la firme Red Bull, aux manettes, le club de New York réalise ici son premier gros coup depuis le rachat des Metrostars en 2006. Car malgré le potentiel d’attraction de Manhattan et de Brooklyn, les stars du ballon rond sont assez peu nombreuses à avoir tâté la balle dans l’état du New Jersey, l’aventure du Cosmos de Pelé et Beckenbauer mise à part : Matthaus, Djorkaeff, Donadoni, Branco… Thierry Henry peut donc se targuer d’être la première ex-star du soccer à débarquer aux Red Bulls. Et le successeur de Beckham, dans la success story promise à ces vedettes débarquées en MLS, tels des messies en terre païenne. Cette arrivée de l’ex attaquant des Bleus avait pourtant tout du secret de polichinelle, tant la rumeur enflait depuis de long mois. Grant Wahl, éminent spécialiste soccer de la bible Sport Illustrated, est quant à lui persuadé que l’idée germait depuis longtemps dans la tête du joueur : « Deux jours avant la finale de l’Euro 2000, Henry me raconta sa rencontre avec la ville de New York, et « se serait cru dans un film ». On sentait déjà de la passion dans les paroles de Thierry Henry ». Réflexion faite, ce genre de pari sportif aurait pu se révéler suicidaire à seulement 22 ans. Alors qu’à 32, on peut se dire que c’est une agréable manière de boucler la boucle. De gratter des ronds à l'aise.

pres_henryMais de quelle façon ? Henry pourra t’il porter à bout de bras une équipe tombée à un niveau très bas la saison dernière ? Pourra-t-il redevenir la gâchette infernale que connut Arsenal durant de nombreuses saisons ? Il faudra composer avec le physique d’un joueur ayant plus de 13 années de haut niveau derrière lui. Un homme qui manque cruellement de rythme et de jeu, ayant passé le plus clair de son temps à chauffer le banc de Barcelone et celui de l’équipe de France. Un joueur majeur dans un effectif dépourvu de stars, voire même de bons joueurs. Même si le colombien Juan Pablo Angel reste l’une des valeurs sûres de la MLS, avec plus de 50 buts inscrits sous les couleurs de New York en quatre saisons. Pour le reste, il lui faudra composer avec une armée d’inconnus venus des quatre coins du monde : si le défenseur Tim Ream est considéré comme prometteur par les spécialistes, le reste de l’équipe est composée de second couteaux (bosniaques, sénégalais ou encore estoniens) et ne compte pas un seul international américain. Bref, certains clubs de Ligue 2 françaises sont donc largement mieux armés que les Red Bulls. La tâche s’annonce compliquée pour Henry, surtout après avoir fréquenté pendant des années des effectifs stellaires. 

Vice City ?

Au delà de l’aspect sportif, nul doute que la MLS tirera profit de l’arrivée de l'ancienne superstar française. Même si pour le moment, Henry n'est connu que du public américain s'intéressant au soccer, au contraire de Beckham. Le plus dur reste à faire. A l’instar d’un Jonah Lomu, aimant des foules sur les pelouses de Fédérale 1 en rugby, le nom Henry servira avant tout à des objectifs marketings : merchandising, billeterie, opérations publicitaires... Les contrats s’annoncent juteux pour celui qui reste à ce jour le sportif français le mieux payé. De plus, l’omniprésence de ses sponsors (Gillette, Adidas) sur le continent américain devrait permettre le buzz autour du joueur, qui ne manquera pas d’enjoliver ses quatre ans et demi de contrat ! Bref, le beurre dans les épinards est déjà ajouté. Au-delà des considérations pécuniaires, l’ex capitaine des Bleus va toutefois pouvoir s’en donner à cœur joie : une ville grouillante et vivante comme jamais, porte ouverte sur le show business de New York et sa hype, matchs de basket au Madison Square Garden, immersion dans le New York du Wu Tang, au plus près de sa passion pour le hip hop, Brooklyn, Time Square, Manhattan… La liste est exhaustive. Une chose est néanmoins sûre. On pourra toujours reprocher ce que l’on veut à Thierry Henry, aussi bien sur le plan footballistique que sur le plan humain, son plan de fin de carrière se révèle toutefois nettement moins dégueulasse qu’une ultime pige au Qatar. 

Dernière modification le Samedi, 17 Juillet 2010 11:36
Stéphane Deneits

Stéphane Deneits

Aka Steph Hantastic, footeux toujours sur le grand plateau. Et gersois par dessus tout.

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Kawet Vendredi, 13 Août 2010 19:58 Posté par Kawet

    Même s'ils ne sont pas réguliers, les NY Giants ont quand même remporté le SuperBowl en 2007...

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  • Lien vers le commentaire Duke Mardi, 27 Juillet 2010 18:57 Posté par Duke

    Cette saison, NY n'est pas à la dernière place mais à la deuxième place de la conférence Est. Le classement actuel :

    http://www.futbol24.com/stat_main_228_19520_D1/D1_MLS.html

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