Les Bleus
On avait laissé nos petits Bleus d'amour quelques peu tendus sur les réseaux sociaux, avant le match contre l'Espagne. A vrai dire, on sentait quelque chose et on y croyait moyen. Le retour à la maison est plutôt pénible. Avec, de nouveau, tout un pays en pleine fièvre autour de la machine à café, sur RMC et même à l'Assemblée. Sans oublier Facebook... C'est ce qu'on appelle un retour de vacances un peu compliqué.
On avait un peu oublié d'aller faire un tour du côté du Facebook des Bleus depuis la dernière fois. Quelle erreur ! En s'y rendant ce matin, on y a remarqué une ambiance, comment dire... Un peu tendue. Un lecteur nous ayant envoyé un screenshot de la page Facebook datant de la semaine dernière, on a pu constater un net changement d'humeur chez les amis des Bleus à quelques heures de France-Espagne. Là où tout n'etait qu'amour, jours heureux et amitié virile, le spectre de Knyshna est revenu aussi vite qu'il était parti sur les réseaux sociaux. Ce sont donc deux Facebook des Bleus qu'on vous propose pour le prix d'un, datant d'avant et après France-Suède. Enjoy.
A huit jours de leur grand retour en compétition et surtout deux ans après la grande réussite comique de l'Afrique du Sud, les Bleus se chauffent sur Facebook via leur fanpage (in)officielle. L'occasion d'en savoir un peu plus sur les goûts des uns et des autres, et de s'intéresser un peu à la politique marketing de leurs partenaires en vue de l'Euro. A part ça, pas grand chose à signaler. Le calme avant la tempête ?
Interview – Laurent Blanc : « Je n’ai jamais quitté le monde amateur »
Écrit par Emmanuel Raide & Yazid KhalefSamedi 10 décembre à Clairefontaine, le Crédit Agricole, partenaire historique du football français, demande à Laurent Blanc de sélectionner une "Equipe de tous les footballs" de 22 joueurs amateurs. L'occasion de rencontrer le sélectionneur pour parler de ce football de masse, du métier d'entraîneur et d'Alou Diarra. Interview exclusive. Ou presque...
Suite aux désastres de 2008 et 2010, l'Equipe de France s’apprête à aborder l’Euro 2012 avec des ambitions particulièrement modestes. Laurent Blanc ne cesse de clamer que son équipe est en reconstruction et qu’elle a besoin de temps, d’indulgence de la part de ses suiveurs. Bien que ces derniers commencent à perdre patience, arguant que cette reconstruction dure depuis maintenant près de six ans, il faut rappeler qu'après 2006, les principaux cadres des Bleus ont disparu du décor les uns après les autres : Zidane en 2006, Makélélé et les fantômes de Thuram et de Vieira en 2008, Henry en 2010. 551 sélections qui contemplaient leurs coéquipiers, à raison de 110 capes de moyenne. Reste Francky...
Joueur tête blessée
Cette question du manque d'expérience au sein de l'Equipe de France, Laurent Blanc a eu vite fait de (se) la poser dès sa prise de fonction, se demandant tout haut sur quelles fondations il allait pourvoir construire une équipe performante et équilibrée. Alors que les sélectionnables sont aujourd’hui moins nombreux à briller dans les grands championnats, le retour de Ribéry a fini par s’imposer pour une sélection en rade de "joueurs de dimension internationale". Avec ses 48 sélections sous Doménech, il était évident que Lascar Face ne manquait pas d’expérience. Surtout, il restait le seul joueur français bénéficiant du statut de star dans un grand club. Il parvient toujours à dynamiter les défenses de Bundesliga depuis 2007, en dépit d'une irrégularité devenue plus chronique, la faute aux blessures et autres embrouilles qui ont fini de transformer Ti' Franck en chair à buzz du genre sulfureux.
A côté de lui, Abidal, Malouda ou Evra paraissent bien ternes et font figure de besogneux. Malheureusement, le constat est connu : la différence de qualité des performances de Ribéry en club et en sélection est frappante. Que reste-t-il du petit frérot cabossé de 2006 qui entrait en jeu débordant d’enthousiasme, de disponibilité, de générosité, tout heureux de taquiner la gonfle avec Zizou ou Henry, pris en main par Vieira, Makélélé et Sagnol ? Un écorché vif prêt à aller chercher cette rédemption qui lui tendait les bras contre toute attente côté droit, sans demander son dû à personne. Une moitié de décennie plus tard, Ribéry, sans doute inquiet de ses performances en sélection, réclame en Bleu le poste qu'il occupe au Bayern, à gauche. Sauf qu'entre temps, on s'est rendu à cette évidence : quelque soit son placement, Francky ne passe plus un dribble, peine à effacer un latéral albanais, se fait prendre à la course par des Biélorusses, marche sur le ballon au Luxembourg. Pire, il oblige Malouda, pas spécialement brillant, à jouer à droite.
A mesure qu’il revendique un statut de cadre dans cette équipe, ses semelles semblent se lester chaque match un peu plus du plomb dont les Cahiers du Foot font les ballons. Pourquoi un tel décalage entre le Ribéry du Bayern et celui de l’équipe de France ? Blanc ne peut-il donc pas s’appuyer sur l’expérience et le talent de son ailier ? La force de Ribéry en club est justement ce qui fait sa faiblesse en sélection. De Ribéry, on a appris à entendre répéter qu'il n'avait pas inventé l'eau tiède, la même qui semble innonder le foot français depuis quelques saisons. Or il se trouve que cette caractéristique décisive le concernant a une influence plus considérable qu'il n'y paraît sur son jeu.
Par intelligent, on entend en général un joueur qui, indépendamment de ses qualités techniques, se révèle capable de comprendre son rôle dans une construction collective - avec ce qu'il faut de discipline et de lucidité pour comprendre le sens d'un match - qu’il soit favorable ou défavorable, pour poser ou accélérer le jeu, anticiper les mouvements de son équipe ou ceux de l’équipe adverse. En somme, un joueur qui lève la tête. Ribéry a construit sa carrière d'une autre manière, à coups de détours improbables certes, mais en appuyant surtout sur l'accélérateur, la tête rentrée dans les épaules. Encore le plus sûr moyen d'ignorer les coups de lattes du destin pour continuer à avancer coûte que coûte. Ses qualités physiques et techniques ont eu raison de cette carrière qui promettait de se jouer loin du haut niveau pour en faire un de ces grands joueurs qu'on ignore trop souvent, les gars à tête blessée - jamais très loin de Garrincha, Gascoigne ou Tevez. Le corolaire d’un tel style de jeu est sa spontanéité, loin de tout calcul. Un tel joueur conjugue le verbe jouer au présent et non au futur : on demande la balle, on court, on dribble, on repique ou on centre, on tire ou on passe, on verra bien...
Cours Francky, cours !

Dans un sport éminemment collectif et à moins de faire valoir un talent d’exception, pareil joueur peut difficilement s’affranchir de son environnement. Au Bayern de Munich, vénérable institution, Ribéry a été amené à être intégré par une vieille branche d'un genre aristo dont l'histoire en impose. S’il est peu probable qu'il ait entendu parler de Franz Beckenbauer ou d’Uli Hoeness avant son arrivée en 2007, ces derniers lui ont maintes fois rappelé qu’il devrait rester à sa place dans un club, celle d'un talent suffisamment à part pour bénéficier d'un traitement à la hauteur de son talent, mais un parmi tant d'autres au regard d'une institution où l'on a appris à gagner avant lui et où l'on sait que l'on continuera à la faire après lui.
Côté terrain, entrainé par les légendes Hitzfeld, Klinsmann, Heynkes ou Van Gaal, Ribéry a également profité d'un autre privilège, celui d’évoluer au sein d’équipes généralement très performantes (deux championnats, deux coupes d’Allemagne, une finale de Ligue des Champions), avec ces quelques joueurs qui lèvent la tête, comme Lahm, Schweinsteiger, Müller et, plus récemment, Kroos. Des joueurs qui savent comme personne rendre une équipe meilleure, ne serait-ce qu'en offrant la possibilité aux plus humbles d'élèver leur niveau de jeu. Reste les joueurs les plus doués, ceux à qui on demande de rester tête baissée pour briller et apporter cette spontanéité décisive pour déstabiliser l'adversaire.
Equipe de France, terrain hostile
Côté institution, la maison bleue a perdu de son prestige. Une histoire moins glorieuse (1 coupe du monde, 2 championnats d’Europe), des fondations moins solides encore fragilisées par des scandales comme ceux de Knysna ou des quotas, la place grandissante des clubs, tous ces éléments nuisent à l’équipe nationale et concourent à en faire un environnement moins structurant pour les franc-tireurs. Sur le pré, dans une équipe privée de ses cadres les plus expérimentés et surtout, les plus intelligents (Zidane, Henry, Makélélé, Vieira, Thuram, Sagnol), Ribéry est le seul joueur à bénéficier d’une renommée acquise au sein d’un grand club. Mais le fait est que Blanc, attendu comme le messie après Domenech, est conscient que Ribéry ne sera pas la pierre sur laquelle bâtir son Eglise. Au sein d’un effectif inexpérimenté largement composé de ces joueurs principalement doués physiquement (d’où l’histoire des quotas), la caution technique d’un Ribéry ne compense pas son déficit d’intelligence tactique. Quand tous les joueurs jouent au présent et non au futur, sans la balle, le pressing se fait individuellement et non collectivement. En possession de la balle, les appels sont rares, les solutions proposées manquent, les attaques ne sont pas suivies, les centres ne trouvent personne. En somme, malgré ses tentatives isolées pour mettre du mouvement, Ribéry perd toute valeur ajoutée. Et l’entraineur de cette équipe de benêts risque de faire des ulcères. Kaiser ou caporal? Blanc, qui était lui-même un merveilleux exemple de joueur intelligent, connait la faiblesse de son effectif : beaucoup de talent physique, un peu de talent technique, peu d’intelligence et de talent tactique.
Notant cela, on comprend mieux sa volonté de miser, plus ou moins par défaut, sur des joueurs tels Mexès, M’Vila et Benzema. Tous des joueurs axiaux. Manque de chance pour Blanc, Mexès s’est retrouvé longuement blessé, M’Vila est encore très jeune mais heureusement, Benzema commence à s’imposer au Real. Quant à Marvin Martin, Laurent ne semble pas trop y croire. Dans la construction d’un tel édifice, un joueur comme Ribéry ne peut venir qu’en dernier. En aucun cas une équipe ne peut être construite sur un joueur ayant pieds et corps sans avoir de tête. Mais le cas de Ribéry interpelle sur un autre cas fameux, celui de Messi. L’Argentin, doté de cuisses de taureau, d’un flair et d’une aisance technique stupéfiante, ne donne la pleine mesure de son talent qu’au sein du Barça, composé de joueurs exceptionnellement intelligents tels Xavi, Iniesta, Fabregas, voire Busquets et Piqué. Les joueurs moins doués tels Abidal, Mascherano ou Puyol apportent discipline et supplément d’âme. Messi vient à la fin, comme un feu d’artifice à la conclusion des actions initiés par cette splendide machine. En équipe nationale, Maradona, croyant reconnaître son héritier en Messi, a jugé bon en 2010 de lui confier les clés de l’équipe. Devant cet échec, diverses explications ont été avancées : trop espagnol et pas assez argentin, pression trop forte, etc. A la vérité et malgré ses hallucinantes capacités, une équipe ne peut reposer sur les épaules d’un joueur comme Messi, pas plus qu’elle ne peut reposer sur celles d’un modeste Ribéry. Un soliste ne peut être un chef d’orchestre. Cruyff affirmait qu’on peut estimer le niveau général d’une équipe à l’aune du niveau de son plus mauvais joueur. C’est peut-être oublier la capacité des joueurs intelligents à influencer les autres joueurs et à élever le niveau de jeu de l’ensemble. Partant de ce postulat, Ribéry ne peut pas se poser en leader d’une équipe. On ne peut structurer une équipe autour d’un joueur ayant plus que les autres besoin de structure. Reste maintenant à Blanc à trouver les mots pour le lui faire comprendre et surtout, de se fier à son intuition pour identifier les joueurs qui structureront son équipe. Et nous, d’envier l’Espagne et l’Allemagne.
EDF – Euro 2012 : les Bleus partis pour s’en foutre ?
Écrit par Emmanuel RaideSans certains cadres sur le flanc, sans idée de jeu bien établie et face à deux adversaires qu’on juge assez loin du gratin actuel, difficile de voir dans les deux matchs amicaux que s’apprêtent à disputer les Bleus une préparation digne de ce nom au prochain Euro. Comme si Laurent Blanc s’en foutait déjà. A moins de se dire qu’il est déjà question de voir au-delà, du côté de 2014. Analyse.
Pendant les années 00, l’Equipe de France tout connu. Elle a gagné l’Euro, été la meilleure sélection du monde (2000-2003), sombré entre 2002 et 2004, cru au retour en 2006, avant de sombrer définitivement entre 2008 et 2010. Une période de rêve... Surtout pour qui veut en extraire un improbable Hall of Shame.
Ce matin, une partie de la presse anglaise parlait déjà d'une "révolution française en marche". On veut bien que ce succès ramené d'Outre-Manche fasse joli sur le C.V d'une sélection en pleine reconstruction. On a surtout l'impression d'avoir assisté pendant 80 minutes à l'une des plus faibles prestations jamais vues ces derniers temps en match international côté anglais. Ce qui rend la tache un rien plus périlleuse au moment de se demander ce qu'il faut retenir de cette rencontre amicale. Tentative de réponse en trois points, forcément.
Douze piges nous séparent déjà de la victoire des Bleus en Coupe du monde. On sait depuis qu’il ne reste que peu de choses de ce succès. Pourtant, cela n’a pas empêché la création d’un nouveau label médiatique : le titre d’anciens champions du monde. Une distinction qui permet de se faire tout pardonner, de la reconversion foireuse aux déclarations insupportables. Retour sur un nouveau phénomène de la France du foot.

