L1 - OL, that's the way it is...

Écrit par Julien Mulao
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Trois ans que Lyon ne gagne plus. Trois longues années sans trophées. Trois longues saisons où Jean-Michel Aulas a vu toute sa stratégie d’entreprise remise en cause. Tandis que Paris trouvait son oncle d’Amérique, il devenait donc urgent de resserrer les liens familiaux et de refaire de l’OL ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une affaire de famille, de gars qui savent ce que signifie être né et vivre entre Rhône et Saône, dans ce Sud qui ne chante pas son nom , dans ce midi moins le quart qui pointe toujours en retard...

D’aucuns verront dans ce retour à la base, comme un pas de recul. Ce serait ignorer l’essentiel, la plus parfaite analogie qu’aient fait naître foot français et rockn’roll, que l’OL sera toujours Elvis et qu’Aulas sera toujours le Colonel Parker. Et que Gerland peut faire résonner avec au moins autant de classe mélodieuse, les paradis perdus qui hantent Memphis et le Tennessee. Depuis que le Colonel Aulas a pris les rênes de l’OL, le destin du club lyonnais épouse en effet idéalement le parcours d’Elvis. Celui d’un jeune gars sans trop d’histoires, qui devient à force de volonté autant que de circonstances, l’idole des classes moyennes pavillonnaires. Ce fut donc d’abord le temps des premiers pas, des tentatives maladroites et des succès timides, de cette formule qui ne venait pas. Puis le miracle qui surgit un soir dans le studio Sun de Sam Philipps, le dépucelage qui vient avec une Coupe de la Ligue. Après, ce fut l’Elvis mania, les succès qui tombent comme ça, Juninho qui marque toujours à la fin, les entraîneurs qui changent comme les auteurs de chansons, au gré des humeurs du Colonel Aulas. Mais l’essentiel est là, Elvis est numéro 1, l’OL est un champion de France incontestable.

O' Elvis & OL vice

On peut alors tout se permettre, il n’y a plus de limites, le fric commence à couler à flots. Il faut dire que le Colonel Aulas va le chercher avec les dents, persuadé qu’il est que cette classe moyenne, sa fameuse cible, peut s’endormir facilement au moment de lâcher son pognon. Alors, il faut redoubler d’imagination, inventer le peigne OL ou le fromage de chèvre Elvis. Mais évidemment ça ne suffit pas, ça n’est jamais assez. Le Colonel rêve de plus grand, il rêve des grandes lettres là-bas sur la colline d’Hollywood et de cette coupe aux grandes oreilles.

Elvis et le cinéma, l’OL et la Coupe d’Europe. Ce serait tellement facile d’en faire une farce, celle de la grenouille qui se voyait plus grosse que le bœuf. Ce serait tellement rapide d’en faire un échec complet, une incompatibilité totale. Mais ce serait tellement injuste. Bien sûr, il y eut Maribor. Bien sûr, Elvis qui chante la chanson du bébé crevette dans Des filles, des filles, encore des filles !, ça en fout un sacré coup dans la légende, même pour ses fans les plus tendres.

Bien entendu, il y eut toutes ces blagues sur les éliminations successives en quarts de finale qui ne faisaient d’ailleurs que confirmer une fois de plus que Lyon n’était qu’un club du midi moins le quart. Bien entendu, il y eut tous ces films, tous ces titres improbables (Chatouille moi, C’est la fête au harem, Une rousse qui porte bonheur ), faisant passer la filmographie de Philippe Clair, pour une programmation d’une quinzaine de la cinémathèque française. Forcément, il y eut les passements de jambe de Mancini, les Kolossaux bavarois à la pharmacopée impressionnant le Colonel. Forcément, il y eut L’Idole d’Acapulco et cette scène pathétique du plongeoir, parodiée des années après par Jean Dujardin dans OSS 117 – Rio ne répond plus. Mais ce serait tellement injuste de s’en tenir à ça.

Parce qu’il y eut aussi toutes ces soirées madrilènes, ces démonstrations de force, d’allant et d’équilibre contre Eindhoven et Brême, et ce terrible crève-cœur milanais. Tout ce qui fera, soyons en sûrs, partie de la légende du football français, n’en déplaise aux Stéphanois. Quand on a à son palmarès deux malheureuses Coupe d’Europe, de quoi faire rire la Belgique et la Suède, on ne crache pas sur des soirées comme ça, même si elles doivent se finir dans l’amertume doucereuse d’un pavillon de la plaine de l’Ain.

Seulement quand on s’est rêvé en James Dean, il est inconcevable de se contenter d’aussi peu. Alors, dans ce cas la désillusion est parfois très douloureuse. Comme les paroles désabusées d’un Juninho comprenant en 2008 qu’il n’y arriverait jamais. Comme Elvis ne lisant plus les scénarii signés pour lui par le Colonel, déjà certain de ne pas y trouver trace du moindre panache. Alors, il est temps de renoncer et de revenir à la base. Et ce n’était sans doute jamais un hasard si l’OL n’était jamais aussi fort en Ligue 1 qu’une fois débarrassé de ses saletés d’illusions européennes. 

Et ce doublé en 2008, une année sans coup d’éclat européen, qui résonne comme le comeback en cuir de Vegas en 68, ce doublé conclu sur un but de Sydney Govou évidemment, comme un avant-goût de ce qui deviendrait de plus en plus inéluctable, le retour de la Memphis mafia, le repliement sur soi-même et la Ligue 1, l’adieu aux paillettes, à l’usine gloire et aux lendemains désenchantés trop douloureux de la Ligue des Champions et de tout son cinéma.

Just for OL' time 

Et voilà donc aujourd’hui l’OL qui retrouve les chemins du Tennessee, débarrassé de Priscilla Puel, jamais acceptée par la Memphis mafia, qui se replie autour de cette vieille garde de toujours, de celle qui sait le Lyon d’avant le succès, d’avant le Colonel et tout ce fric qui fausse un peu tout, qui sait surtout que l’OL sera toujours ce gosse qui veut faire plaisir à sa maman, cet enfant des classes moyennes qui rêve de passer pro, mais aussi d’avoir son bac et de tenir une chronique dans Le Progrès.

L’OL se regroupe alors à Graceland, autour de quelques gardiens du temple, et ne sort plus de sa chambre de la Ligue 1. Les groupes anglais se sont succédés pour lui piquer sa place, mais bien entendu pas un n’a su durer plus d’une saison, plus d’un album. Alors à quoi bon s’affoler ? A quoi bon dépenser des millions en studio, partir dans des tournées mondiales gigantesques, quand tranquillement depuis chez soi, en cultivant ce bon vieux son de Tola Vologe, on peut sortir chaque année ou presque quelques pépites ? Take Care of Business.

Bien sûr, en vivant ainsi replié, les médias ont fini par partir, le scandale n’est plus au rendez-vous. Il n’y a guère que le vague cousin stéphanois, un Jerry Lee Lewis de plus, pour s’en venir faire un scandale un soir devant les grilles de Graceland, en voulant s’en prendre au Colonel. Mais le Colonel est fatigué et rêve d’autre chose. Il sait que Vegas, que l’OL Land sera son dernier combat et qu’après ça, il pourra laisser Elvis entre les mains de tous ces petits malins, persuadés de pouvoir mieux faire que lui. Malheureusement, il y a cette foutue classe moyenne, l’autre mafia, celle des petits propriétaires locaux, cette lie de l’humanité qui remue ciel et terre pour protéger le confort de leurs petits lotissements et empêcher l’accomplissement de son dernier rêve, OL Land. Mais une fois que Lyon sera à Vegas, que l’on vendra des boules à neige Elvis dans les travées d’OL Land, alors la boucle sera bouclée, la destinée totalement accomplie. Bien sûr, il y aura nettement plus de biographes talentueux pour vous démontrer que la mélancolie et la classe seront toujours du côté du cousin stéphanois, du Jerry Lee Lewis qui gagne et perd tout à chaque seconde. Bien sûr, les chiffres et les palmarès s’en iront peut-être couronner quelque nouveau roi, quelque nouveau riche. Et viendra alors le jour, où un pauvre type, se croyant alors résolument moderne et iconoclaste, dira qu’Elvis était un parmi les autres et que l’OL ne sera jamais un grand club. Mais il restera toujours l’évidence d’un coup franc de Juninho, la grâce sous la cape, l’élégance d’un Sonny Anderson, faire de n’importe quelle scie une chanson qui tue, la cheap type attitude d’un Greg Coupet, le fameux gosse des classes moyennes et les trajectoires de Sydney Govou, se gâcher juste assez pour nourrir les regrets.

Au fond, si les supporters lyonnais ne devaient reconnaitre qu’une chose au Colonel, ce serait ça, d’avoir permis de laisser suffisamment d’accrocs dans l’extraordinaire du petit gosse des classes moyennes, pour qu’il se paie lui aussi le luxe de la mélancolie des rois déchus, une fois revenu à l’ordinaire. Pour qu’il savoure à plein tubes ce retour à la normale, pour qu’il n’oublie jamais que rien ne vaut le paisible d’entre Rhône et Saône et qu’il n’y a que les fous ou les cinéastes pour bobos parisiens, pour penser que les clubs normaux n’ont rien d’exceptionnel.

Dernière modification le Mercredi, 05 Octobre 2011 15:06
Julien Mulao

Julien Mulao

Rédacteur dilettante, Bavièriste convaincu. Et inversement.

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Aurèle Samedi, 08 Octobre 2011 03:45 Posté par Aurèle

    J'en ai eu la larme à l'oeil car ça m'a rappelé tous ces bons souvenirs !!
    Alala... Excellent article. Merci

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  • Lien vers le commentaire Blafafoire Vendredi, 07 Octobre 2011 09:58 Posté par Blafafoire

    Excellent. Excellent.
    Deux fois (un pour l'argent et le deuxième pour le spectacle).

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