Samedi dernier, les supporters rennais venus faire un premier tour par la Route de Lorient pouvaient repartir l’esprit léger à la fin de Rennes-LOSC. Non seulement la partie à laquelle ils venaient d’assister était de loin la plus belle de cette reprise en Ligue 1, mais ils pouvaient avoir la conviction de tenir l’un des plus beaux milieux de France. L’un des rares capables de venir disputer aux Lillois le titre de plus bel assemblage du moment dans l’entrejeu.
Jugez plutôt : Lemoine en Iniesta breton « si la Ligue 1 le veut bien » (©Simon Capelli-Welter, So Foot), Dalmat ou Leroy dans le rôle du vieux à qui il reste de la classe à faire valoir, Marveaux, Mvila et Brahimi pour les corps impatients prêts à en découdre. Le genre d’euphorie qui laisse croire à une revanche sur toutes ces années de lose, à laisser filer des places européennes ou un titre en Coupe sur un sale coup du destin ou un coup de genou même pas coordonné de Fauvergue – ce qui revient au même…
Et puis, on ne peut imaginer que le Stade Rennais se soit lancé dans une politique de recrutement à tout-va (Montano, Mandjeck, Dalmat, Apam et Kana-Biyik), la plus coûteuse à ce jour en Ligue 1 (18 millions d'euros) pour continuer à figurer dans le ventre mou du classement.
Du beau jeu en perspective, le retour d’une politique ambitieuse : même sans avoir aperçu Salma Hayek en tribune, les supporters rennais pouvaient caresser l’illusion de lendemains qui se mettent enfin à chanter. Dans la bouche de Frédéric Antonetti, ça a d’abord donné : « Devenir le Lyon de la fin des années 90. » Oui, cette équipe qui commençait à tourner autour du titre, entamait ses premières campagnes européennes, mais qui est surtout sortie de la décennie sans le moindre titre.
Visiblement, c’est bien ce que veut le coach corse. En prenant soin de prévenir samedi que, même pour en arriver là, le chemin risque d'être bien plus sinueux que ce veulent bien voir les supporters et les journalistes ravis par la première prestation aperçue plus tôt dans la soirée : « Le jeu, c’était la saison passée. Là, je veux que cette équipe emprunte le chemin inverse. La rage. La hargne ! Je veux de l’agressivité, partout et tout le temps. L’agressivité, et la constance ! Je veux qu’ils trouvent ça. »
Plus question donc d'attendre que les meilleurs talents issus du meilleur centre de formation de France quittent la Bretagne pour apprendre ce qu’est le haut niveau. Ce qu'a redit en creux Jimmy Briand à son arrivée à Lyon. Sauf que ni la hargne, ni l’agressivité ne se décrètent au moment de commencer une saison. Au mieux, elles font partie de la culture maison – et à entendre Antonetti, c’est encore ce qu’il manque au Stade Rennais. Au pire, elle fait partie du bagage des quelques joueurs qu'on a pris soin de recruter : Victor Hugo Montano, tout juste sorti d’une saison où il a montré qu’il savait encaisser question pression dans la lutte pour le titre ; Stéphane Dalmat qui a trouvé le moyen, entre frasques et menace de naufrage, de se refaire une âme de leader à Sochaux ; Onyekachi Apam, passé par le Gym’ version Antonetti où les joyaux (Ederson, Koné) pouvaient côtoyer l’une des plus belles collections de guerriers jamais vues en Ligue 1 (Rool, Balmont, Laslandes, Echouafni).
Le reste, à savoir la technique qui permet d’animer de belle manière un 4-3-3 déjà éprouvé, Frédéric Antonetti l’a aussi rappelé samedi soir en conférence de presse : il sait faire. Une façon comme une autre de glisser qu’en dépit d'une première saison décevante en Bretagne, il n’en reste pas moins l’un des techniciens les plus passionnants de Ligue 1, avec Gourcuff et Montanier. Tout le défi pour lui est de savoir s'il saura passer du côté des coachs qui remportent des titres et faire enfin du Stade Rennais autre chose qu’une danseuse de plus pour le collectionneur François Pinault, à ranger quelque part entre Jeff Koons et Damien Hirst.
Point fort, point faible – Grandeur et misère de l’inconstance
Comme à chaque fois qu’il est question de commencer une saison en Ligue 1, le Stade Rennais s’avance dans la peau d’un outsider archi-crédible. Faut dire que le club breton a toujours eu le chic pour aligner quelques-uns des joueurs les plus géniaux du circuit, capables en un coup d’éclat de battre avec une facilité écœurante n’importe quelle boîte du Gros Quatre. Cette saison, rien n'empêche a priori les Rouge et Noir de rééditer une nouvelle nouvelle série d’invincibilité au cœur de l’hiver et de se remettre à rêver tout haut de titre. L'Espagne a bien fini par remporter une Coupe du Monde. Alors pourquoi pas les Bretons champions du monde francophone ?
Pourquoi ? Parce que, pour commencer, il y aura toujours un abonné de Galette-saucisse magazine pour venir nous rappeler dans le courrier des lecteurs que, non, la Bretagne n'est pas francophone. Soit. Et parce que surtout, il arrive toujours un moment où le Stade Rennais oublie de composter son billet pour la gloire. La faute aux mêmes types évoqués plus haut, meilleurs joueurs du monde un jour et donnés pour disparus dès le lendemain. On pourrait faire une liste aussi interminable qu'un morceau de biniou de ces inconstants géniaux : Gourvennec, Nonda, Frei, Monterubio, Utaka, Pagis, Leroy, Bangoura… Et Stéphane Dalmat aujourd’hui. Fidèles à leurs principes, les Rennais paraissent donc aussi bien pourvus que les saisons précédentes pour aller se crasher aux portes des places européennes en fin de saison.
Le type à suivre – Sylvain Marveaux
Il y a deux ans, on avait fait connaissance avec Marveaux le temps d’une première sortie sur l’OL et l’arbitrage. Le genre de déclaration à 20 millions d’euros qui lui avait valu une pichenette pleine de condescendance signée Aulas. En fin de saison dernière, les Lyonnais sont revenus du côté de Marveaux, tout juste auréolé du titre de meilleur milieu de L1 du moment à la faveur du naufrage de Gourcuff. Pour son jeu tout en accélérations également qui a su mettre en l'air bien des lignes adverses, avant de se terminer dix fois par un but. Une façon de jouer révolutionnaire qui pourrait faire de Marveaux un joueur à presque 20 millions s’il confirme sous les yeux de tous les recruteurs le titre qu'on a bien voulu lui attribuer la saison passée.
Bien entendu, parce que Rennes est championne de France des apéros Facebook et qu'il faut bien trouver un remplaçant à Sidney Govou, on suivra avec attention les performances de Stéphane Dalmat.
Le point prono – 6ème
D’accord, Nicolas Fauvergue n’est plus là pour pourrir sur un match, un seul, la belle fin de saison rennaise qui s’annonce et renvoyer du même coup le club breton ressasser leur place d’éternel loser de la Ligue 1. Qu’est-ce qui empêche Samassa ou Mansaré de reprendre l’œuvre là où l’ex-grande gigue lilloise l’a laissée ?
L’équipe-presque-type
Douchez – Danzé, Apam, Mangane, Souprayen – Lemoine, Mvila, Dalmat – Montano, Gyan, Marveaux
