
Deux ans que Benoît Pedretti nous fait rire quand, dans sa traditionnelle interview de reprise, il déclare : « Si je suis là, c’est aussi pour retrouver l’Equipe de France. » Là, c’est Auxerre, club qui au fil des ans a vraiment fini par jouer la relégation. Autant dire que les chances de retrouver une sélection qui n’avait jamais vraiment voulu de lui étaient aussi grandes que de voir Pantxi Sirieix tenir une pré-convocation pour Clairefontaine… Et puis, il a suffi d’une qualification improbable de l’AJA pour la Ligue des Champions et d’un car qui explose à Knysna pour qu’on en arrive à se rappeler quel drôle de joueur peut être le capitaine ajaïste. Un milieu capable d’envoyer le jeu vers l’avant d’assez loin, l’air de rien aussi, en plus de se découvrir une âme de petite pute. Attention ! On n’est pas encore en train de vous parler d’un Van Bommel à la franche touche… Encore qu’avec un bras d’honneur bien envoyé aux virages marseillais et quelques discussions d’après-tampon avec le corps arbitral, on en serait plus si loin.
Cette transformation du capitaine auxerrois, c’est aussi celle du collectif ajaïste. Une bande de médiocres sublimes, de quelconques exemplaires qui pètent tous les objectifs à coups de buts en moyenne une fois sur deux hors-jeu, mais validés quand même, de poteaux rentrants en rafale et d'erreurs d'arbitrage en leur faveur. Avec pour apothéose cette place en tour préliminaire de Ligue des Champions que l'improbable Cédric Hengbart s’en va décrocher avec un doublé tout au bout de la saison.
Typiquement le genre de cadeau empoisonné qui peut vous pourrir la saison à venir. Demandez aux Toulousains qui ne s’en sont jamais vraiment remis ou aux Lyonnais qui ont manqué de couler l'hiver dernier. Au point qu’on s’y perd déjà dans les objectifs d’avant-saison, entre Jean Fernandez qui vise le top 10 mais n’évoque qu’à demi-mots une Ligue des Champions qu’il sent surdimensionnée pour son équipe et Pedretti qui y voit la possibilité de poursuivre son retour taille patron au-delà de la seule scène nationale. Une chose est sûre en revanche, c’est bien la première fois qu’on n’entend pas parler de maintien comme objectif dans l’Yonne…
Point fort, point faible – Un club face à la crise
C’est la crise, les mecs. Le mercato qui ne s’agite plus que pour les départs en pré-retraite de Guti et Raùl, l’OL qui refile Boumsong au Pana pour 750 000 euros, l’ASSE qui recycle Battles en jurant qu’il est bien meilleur que Pirès et Orange Sport qui embauche Jérôme Alonzo comme consultant… Et à Auxerre ? La crise, on s’en fout. L’AJA l’a prouvé la saison dernière, sa formule mise au point pour se maintenir en Ligue 1 peut se révéler autrement plus efficace quand les temps, ils changent. Et pas la peine de compter sur le tour préliminaire en Ligue des Champions pour qu’il en soit autrement. Comme tous les ans, pour recruter, on se contente de prospecter du côté des deux filons freaks et cheaps qui ont fait leur preuve : les anciens espoirs du football français en mal de relance (Le Tallec) et les Polonais qu'on paye en zlotys (Obraniak). Pour le reste, Jean Fernandez se charge de tout. Une défense taillée pour ne pas prendre l’eau et Jelen qui plante sur la seule occasion du match. 1-0, score parfait.
Ce qui n'empêche pas le coach auxerrois de faire savoir qu'il n’espère quand même qu’une chose cette saison : que son équipe-type soit épargnée par les blessures. Or, avec le retour des soirées européennes à l’Abbé-Deschamps, l'effectif limité de l'AJA devrait obliger Fernandez à trouver des solutions pour ménager les organismes et faire tourner les joueurs. Ces solutions existent-elles seulement ? Là où d’autres clubs de Ligue 1 s’en vont piocher du côté de leurs réserves et du centre de formations, le club pionnier en la matière s’en est clairement détourné depuis quelques saisons. La preuve, son effectif est celui qui compte en Ligue 1 le plus de nationalités différentes et le moins de joueurs issus du cru. Le genre d’évolution connue en d'autres temps par le FC Nantes avant qu'il ne décide de nous quitter pour s’en aller couler seul. En Ligue 2…
Le type à suivre – Anthony Le Tallec
Enzo Scifo, Alain Roche, Laurent Blanc, Peggy Luyindula, Benoît Pedretti... Anthony Le Tallec vient compléter la liste des joueurs venu profiter de la luzerne et du teuf-teuf des Massey-Fergusson pour relancer dans l'Yonne une carrière au ralenti. A condition de penser que la carrière de Le Tallec ait vraiment décollé un jour. Si elle devait avoir connu un sommet, il se situerait d'ailleurs l'an passé, oui, pendant que le MUC 72 était en train d’être relégué… Un paradoxe qui reflète à lui seul le parcours de l'ancien crack annoncé de l’attaque française : jamais au bon endroit au bon moment.
Un temps évoqué à Bordeaux pour y prendre la succession de Chamakh, Le Tallec a préféré faire le choix de la Ligue des Champions et d’une certaine tranquillité. Comme s’il était encore question à 26 ans d’échapper à la pression. Alors, Auxerre, le bon endroit au bon moment ? Pas si sûr quand on sait que l’attaque y porte un nom, celui de Jelen, et qu’il va falloir remplacer Niculae, joueur qui a eu l’intelligence rare de s’inventer un rôle, celui de passeur à défaut de pouvoir marquer. Un club qui pourrait avoir toutes les difficultés du monde à confirmer sa troisième place de la saison passée et porter comme un boulet sa participation aux soirs d’Europe. Un club de plus pour confirmer qu'Anthony ne sera peut-être jamais rien d'autre qu'un attaquant de Ligue 1 comme les autres...
Le point prono – 7ème ou 17ème
Claquer les grosses écuries de Ligue 1 et avoir un taux de réussite de 80 % sur chaque tir en direction du but, ça marche une saison. Pas deux. Et puis, pour tout dire, on sent bien Jelen être victime à son tour du syndrome Elmander-Gignac, l’attaquant venu de nulle part en veine une saison qui disparaît les saisons d’après. Avec derrière pour seule solution Denis Olliech, on imagine déjà les dégâts quand il faudra commencer à compter les points. Donc, 17ème.
A moins que Coulibaly ne confirme qu’il est bien le meilleur défenseur de Ligue 1. Oui, loin devant Diawara et Ciani, capable à lui seul de faire passer Sorin pour un digne héritier de Lionel Charbonnier, de planquer les 80 % de taux d’invalidité de Grichting, d’amener Blanc à se demander si Hengbart, Mignot et Berthod ne méritent pas une pré-convocation eux aussi. Donc, 7ème.
L'équipe-presque-type
Sorin - Hengbart, Coulibaly, Grichting, Berthod - Dudka, Pedretti, Birsa, Contout ou Olliech - Le Tallec, Jelen
