Certaines réputations flatteuses sont parfois difficiles à assumer. Celle de plus belle machine à jouer de Ligue 1, par exemple. Et pour peu qu’elle s’accompagne en plus d’un savoir-faire indiscutable dans l’art de révéler des talents qui savent tenir la distance à l’étage supérieur, vous savez que vous allez devoir passer un été dans le vent, force 7 à 8.
C’est comme ça qu’après avoir vu filer – parfois pour presque rien – Baky Koné, Ziani, Gignac, Abriel, Ciani ou Jallet ces dernières saisons, le FC Lorient a perdu cette fois Vahirua, Marchal et Koscielny. Et comme la trêve ne porte jamais aussi mal son nom en Sud-Bretagne qu’au cours de ces mois de juin-juillet qui précèdent la reprise, c’est au tour de Morgan Amalfitano et de Kévin Gameiro de faire savoir qu’ils iraient bien voir ailleurs. Pas de quoi être optimiste quant aux chances de progression lorientaise cette année en Ligue 1, après avoir réussi à passer de la 14ème place à la 7ème au cours des quatre dernières saisons.
Et pourtant, au vu des derniers matchs de préparation, tout indique que le miracle pourrait bien avoir lieu une nouvelle fois. En moins de temps qu’il n’en faut pour poser une pelouse synthétique au Moustoir, Christian Gourcuff a mis en place un collectif qui joue déjà sa partition nantaise revue et visitée par les têtes chercheuses de l’Ifremer. Autrement dit, rester en mouvement, anticiper, solliciter, jamais à moins de 13,30 mètres les uns des autres.
Au contact d’anciens de la maison déjà rompus à ce genre de préceptes tactiques, les nouveaux venus se sont visiblement acclimatés sans trop de difficultés. Comme d’habitude, on trouve parmi eux un lot de joueurs prometteurs issus de Ligue 1 (Romao) ou de Ligue 2 (Ecuele Manga) venus chercher à Lorient le tremplin pour la suite de leur carrière. Ce que confirme pour l'instant la place de titulaire Christian Gourcuff leur a accordés lors des matchs de préparation. Il faudra aussi compter sur l’autre versant du recrutement lorientais, ces jeunes pousses talentueuses (Coquelin, Mulumba, Doukouré, Autret) à qui l'on a promis ce qu'il faut de temps de jeu pour entamer la délicate étape de la post-formation.
Tous ces paris sur l’avenir donneraient presque au FC Lorient des allures d'Arsenal low coast - un club de Ligue 1 qui nourrit ses ambitions dans la durée. Impression confirmée avec l’arrivée de nouvelles infrastructures (nouvelle tribune, centre d’entraînement en construction) et d'un nouveau discours chez les dirigeants. Maintenant que Gourcuff et son staff ont acquis le savoir-faire suffisant pour maintenir leur club en L1, ils sentent que c'est le moment de commencer à évoquer l'Europe.
Pourquoi ? Parce que c’est encore le meilleur argument possible pour convaincre Gameiro de rester une saison de plus. Parce qu'il va bien falloir que Christian Gourcuff soit un peu moins le père de et un peu plus qu'un fils spirituel pour les maîtres nantais (Suaudeau, Denoueix). Parce que ça prouverait qu’avec sa mise à un million d’euros, Loïc Féry n'a rien d'un Sadran du futur. Parce que l'Europe et le monde ne peuvent ignorer plus longtemps l’existence de Soldat Louis, de la galette-saucisse et des reines de Cornouailles.
Point fort, point faible – Le jeu lorientais, nécessaire mais pas encore suffisant
Si le FC Lorient a réussi à s’inscrire dans le paysage de la Ligue 1 au fil des saisons, il le doit en grande partie à son projet de jeu. Un pari qui ne manque pas d’audace à l’heure où la moindre équipe du calibre des Merlus préfère s’en remettre le plus souvent à un 8-1-1 type Casanaccio – ce cadenas nouvelle génération pensé par Alain Casanova. A Lorient, on mise davantage sur un jeu fait de mouvements et de passes courtes pour déstabiliser l’adversaire. Pour pouvoir fonctionner, ce système exige une préparation du genre minutieuse d’avant-saison qui amène les Lorientais à reprendre les premiers la direction des terrains d’entraînement pendant l’été et le staff à boucler son recrutement entre le mercato d’hiver et début de juin. Deux conditions sine qua non qui permettent ensuite d’arriver dès la première journée de championnat avec un collectif suffisamment rôdé pour profiter des réglages des autres écuries et plier la question du maintien de manière plutôt sereine. Cette saison plus encore que les précédentes, le jeu devrait avoir une importance considérable dans la réussite des Merlus, à la maison notamment où l’on vient de poser une pelouse synthétique. Un choix de surface qui, en plus de répondre à l'impératif Interceltiques de fin août, promet de profiter aux équipes plutôt techniques et joueuses. Oui, comme Lorient...
Reste à savoir maintenant si ce choix de jeu peut tenir lieu de projet à moyen terme au moment où le FC Lorient entend incarner le petit club qui monte en Ligue 1. Cette année, les Merlus se sont en effet lancés dans une série de paris sur l’avenir – recrutement, formation, structures – qui demandent plus qu’une seule saison avant de pouvoir porter leurs fruits. Toute la question est donc de savoir si Lorient peut se permettre ce luxe, à un moment où certains joueurs incarnant une certaine idée du jeu à la lorientaise ne seront pas remplacés immédiatement. On pense surtout à Vahirua. Ses déplacements, ses sollicitations, ses déviations ont pas mal permis à Gameiro d’éclater la saison dernière. Or, pour l’instant, ni Dubarbier, ni Fanchonne – pas franchement capables d’évoluer dans le même registre –, ni Monterubio – trop vite sur courant alternatif – ne sont en mesure de prendre la place laissée par le Tahitien. Résultat, c’est Morgan Amalfitano, autre candidat déclaré au départ avec Gameiro, qui doit monter d’un cran. Si la solution a le mérite de ramener un peu de complicité et d’inspiration devant, elle n’a pas encore permis au presque-pichichi- de la Ligue 1 de retrouver sa folle efficacité de la saison dernière.
Le type à suivre – Arnold Mvuemba
Ces deux dernières saisons, les types à suivre à Lorient se sont surtout retrouvés derrière (Ciani, Koscielny) ou devant (Vahirua, Gameiro). Cette année, c'est d'entre-les-deux que pourrait venir la révélation avec Arnold Mvuemba. Revenu se relancer dans le Morbihan après un départ prématuré pour la Premier League, le grand joueur aux faux airs d’Al Green a mis une moitié de saison avant de poser son empreinte sur le jeu des Merlus. La faute sans doute à ce manque d’explosivité qui a pu amener Laurent Blanc à lui préférer Yann Mvila chez les Bleus tout récemment. En attendant, s’il confirme sa progression de la saison dernière, Mvuemba a suffisamment d’atouts pour incarner ce qui se fait de mieux en Ligue 1 dans le genre grand récupérateur-régulateur du milieu. Et pour peu que Gourcuff trouve une solution d’ici fin août pour faire redescendre Amalfitano, on n’est pas loin de penser qu’un trident Romao-Mvuemba-Amalfitano pourrait disputer aux trois du LOSC le titre de « meilleur milieu terrain de L1 »…
Le point prono – 9ème
Bien plus que l’annonce du classement des Merlus en fin de saison, ce qui intéresse vraiment les Lorientais, c’est de savoir s’ils termineront champions de la Ligue Breizh-moi devant les Rennais. Un effectif encore trop tendre, des points lâchés loin du synthé, Amalfitano et Gameiro qui font la gueule, une grève des supporters-auditeurs de France Inter qui trouvent que Luc Féry ressemble trop à Philippe Val... Autant de raisons qui devraient ramener le FC Lorient à une place de deuxième derrière le Stade Rennais. Antonetti devant Gourcyff, je sais, c'est moche... Mais c'est le jeu de la vie. Et puis, il restera toujours les Brestois loin derrière.…
L’équipe-presque-type
Audard – Baca ou Sosa, Bourillon, Ecuele-Manga, Morel ou Le Lan – Mvuemba, Romao, Jouffre, Diarra – Amalfitano, Gameiro

