C’est la crise. Et comme toujours dans cette situation, c’est plus la crise à Saint-Etienne que partout ailleurs. Il n’y a qu’à voir le visage chaque jour un peu plus dévasté de Christophe Galtier. Après deux saisons passées à sauver in extremis la tête des Verts en Ligue 1, d’abord en tant qu’adjoint, puis en tant qu’entraîneur, il doit entamer le championnat avec pour seule perspective la perte de ses meilleurs joueurs.
Ou du moins, des seuls qui offrent la possibilité de remettre les comptes à l’équilibre. En juin dernier, la DNCG a exigé du co-président Romeyer de faire fondre la masse salariale. Pas franchement un problème pour l’homme aux tchin-tchin fumées : l’effectif stéphanois compte suffisamment de gros contrats en fin de parcours qui trouveront toujours preneurs. La liste est vite vue : Mirallas, Tavlaridis, Grax, Ndaw, Benalouane, Monsoreau.
Bon signe, les deux premiers se barrent sans difficulté. On en profite du coup pour ressortir des tiroirs le hors-série « Spécial Bons Plans » de Recrutement Magazine. On dégote dans la foulée quelques valeurs sûres de L1 libres de tout contrat et à des postes où le besoin se fait ressentir (Marchal en défense centrale, Ebondo et Bocanegra en latéraux) et on attend. Problème, dans un marché paralysé par la crise, ni Bolton, ni Stoke ne se jettent sur des joueurs à la valeur sportive toute relative.
Seule solution pour tenir ses promesses, proposer à la vente quelques-uns des meilleurs joueurs de l’effectif. Loïc Perrin, le capitaine à tout faire de l’ASSE, qui pourrait partir pour à peine quelques millions. Blaise Matuidi dont on aimerait bien monnayer au prix fort le statut de néo-international. Le premier a été double buteur samedi dernier, le second a laissé voir toute sa finesse technique confiné dans un rôle de latéral gauche.
On comprend dès lors que Galtier attende avec impatience le 30 août prochain pour enfin mettre en ordre un 4-3-3 qui aurait bien quelques atouts à faire valoir. A commencer par le milieu avec ses joueurs qu'on rêve toujours de voir à leur vrai niveau (Matuidi, Gelson Fernandes). En attaque, quelques matchs seront nécessaires au trio archi prometteur Payet-Rivière-Sako pour être aussi décisif qu'il est incisif.
D'ici là, Galtier devra composer avec un Chaudron rendu amer par une dernière saison à domicile famélique (cinq victoires !) et un chantier en défense qu'il faut sans cesse remettre à plus tard – Marchal blessé, Bocanegra à court de forme. Après, tant qu’il n’est pas question d’avoir recours à Bayal, Saint-Etienne reste encore une équipe de Ligue 1 comme les autres...
A Sainté, on n’a peut-être plus de fric – plus de boîte noire non plus –, mais on a au moins la ferveur. Celle qui dévale les pentes du Forez un week-end sur deux pour prendre possession de Geoffroy-Guichard. Celle qui transforme trois accords gratouillés par Mickey 3D en hit d'une saison. Celle qui fait encore enrager les voisins lyonnais, fous de désespoir à l’idée de ne pas être aimés comme le furent les Verts du temps de leur gloire. Celle qui donne droit à quelques bons coups dans le mercato le plus cheap de l'histoire – Marchal et Ebondo pour rien, Bocanegra pour à peine quelques dollars de plus. Celle qui laisse encore espérer un retour en haut de l’affiche et aux soirs d’Europe malgré deux saisons passées à sauver sa peau en Ligue 1.
A Sainté, on a peut-être la ferveur, mais on prend aussi soin de cultiver les crises à répétition. Avec l’histoire pour terreau. Une histoire que la direction bicéphale ne cesse de convoquer pour venir à bout des désaccords et de l’apparente anarchie qui règne à tous les étages du club. Ainsi, tous les trois mois, les deux co-présidents prennent pour habitude de faire appel à une ancienne gloire (Santini, Sagnol, Guillou, Rocheteau etc.) pour lui attribuer un vague titre de conseiller sans fonction précise et rajouter un peu plus à la confusion générale. Résultat, les luttes en interne se multiplient et obligent au moins une fois l'an à refondre toute la gestion sportive du club. Encore le plus sûr moyen de passer une saison la tête sous l’eau.
Nul doute que si Payet jouait à Lille ou à Rennes, il pourrait venir concurrencer sans problème Eden Hazard pour le titre de meilleur joueur de la saison qui vient. Il aurait même eu droit à être du voyage en Norvège avec la bleusaille post-Knysna. Au lieu de quoi, le Réunionnais n’en finit plus de devoir claquer les fulgurances dans des clubs historiques plus ou moins à la limite du péril. Cette année encore, il lui faudra composer avec une attaque qui recherche désespérément un buteur depuis le départ de Gomis. Entre Sanogo qui étale sa dépression au fil des matchs et Rivière dont on doute qu’il valle mieux qu’un Rémy de Sainté(se), difficile d’imaginer Payet traverser la saison qui vient autrement qu’en solitaire.
On continuera aussi de suivre le twitter de Jérémie Janot, le seul digne d'intérêt en Ligue 1.
8ème parce qu’il n’y a plus de raison de faire pire en défense. Bayal ne devrait plus rechausser des crampons de sitôt et Tavlaridis s’en est retourné dans son pays grecs. Ce qui devrait se traduire par un bond d'au moins huit places au classement cette saison.
16ème parce qu’il est toujours question de faire pire niveau nervosité. Entre l’agitation en coulisses, Battles que Romeyer trouve largement au-dessus de Pires, les cernes de Galtier, la défense qui manque de prendre l’eau à chaque sortie, les supporters toujours pas remis de leur crise de nerfs de la fin de saison dernière, les dreads d’Emmanuel Rivière, l’ASSE est de nouveau taillé pour la bagarre à la limite du maintien.
Janot – Bocanegra, Marchal, Monsoreau, Ebondo – Matuidi, Gelson Fernandes ou Landrin, Perrin – Payet, Rivière ou Sanogo, Sako

