
Après leur incroyable parcours surprise qui s'est achevé sur une cinquième place en championnat, les Montpelliérains ne peuvent déjà plus s'appuyer sur l’effet de surprise au moment d'attaquer la nouvelle saison. Comme bien souvent après une saison euphorique, Loulou et ses hommes doivent gérer des problèmes qui normalement ne concernent que les riches, sans forcément avoir les moyens qui permettent de les assumer. Comprendre la gestion d'un effectif un rien limité que l'élimination en tour préliminaire d'Europa League a permis de régler en partie, les envies d'ailleurs pour les joueurs les plus prometteurs dès qu'une grosse écurie de L1 ou d'Europe se manifestera, la tentation de relâcher un peu la pression après avoir vécu avec toute une moitié de saison…
A première vue, difficile d'imaginer le club languedocien faire encore mieux que la saison passée. On serait même tenté de voir dans un maintien assuré dans la chaleur du ventre mou une confirmation tout ce qu'il y a de plus honorable. Pour y parvenir, le MHSC pourra toujours s'appuyer sur ce qui fait le charme de sa ville : sa jeunesse, sa vitalité et ses étoiles plein la tête. Comme ça que la Ligue 1 a pu tomber sous le charme de Belhanda, Aït Fana, Yanga-Mbiwa, El Koutari et Jourdren. Encadrés par une bande de vieux grognards auxquels plus grand monde ne semblait s'intéresser - on pense à Jeunechamp, Pitau ou Dernis -, René Girard a réussi ce que son ancien collègue à la DTN n'a pas été fichu de faire : trouver le bon mélange indispensable à la gagne.
Cette année, ce n'est plus le bon mélange sur lequel René Girard doit mettre la main, mais bien la formule magique qui saura transformer sa chic équipe en armada qui continue à regarder vers le haut du classement. Surtout s'il faut faire sans le maître à jouer, Tino Costa, parti pour le FC Valence, sans l'ex-artilleur fou, Victor Hugo diabolique quand il prend la profondeur, le Colombien Montano qui s'en est allé rejoindre Rennes.
Deux départs qu'en vieux briscard, Loulou Nicollin avait reniflé depuis le Mas Saint-Gabriel. L'hiver dernier, la direction du club avait réalisé la bonne affaire du moment en faisant signer le stricker du FC Tours, Olivier Giroud. Un profil à la Gignac qui nécessitera sans doute de repenser le secteur offensif, mais un attaquant de classe qui déjà su se mettre en vue au fin fond de la Hongrie, lors du match aller en tour préliminaire d’Europa League. Pour remplacer Costa, les recruteurs héraultais avaient misé sur le milieu chilien, Marco Estrada. Sans doute plus défensif que le milieu argentin, le petit gaucher de la Roja de Todos avait déjà livré de bonnes impressions lorsqu'on l'avait vu jouer en Afrique du Sud avec sa sélection. Bon d'accord, c'était dans le 3-5-2 révolutionnaire et barré de Bielsa. Reste qu'Estrada a eu vite fait de confirmer dès la première journée en multipliant les longues courses dans son couloir et en ayant la bonne idée de décocher une belle frappe qui fait but - avec l'aide de Bocaly...
Autour de ces deux joueurs prometteurs, on retrouve une jeune garde bourrée de talent avec laquelle René Girard sait s'y prendre - qu'on se rappelle de son exercice brillant à la tête des Espoirs lors de l'Euro 2006. De quoi continuer à ravir Loulou, monument national qu'on pensait en péril d’un football à papa, l'injure au bord des lèvres et l'envie toujours aussi présente de finir la saison à poil dans la piscine avec une Coupe entre les mains...
Point fort, point faible - Gérer la croissance
Il est sans doute là le vrai mérite de René Girard : avoir réussi à sortir une ou deux pépites par ligne, là où d'autres n'osent plus sortir les jeunes qu'ils ont pris le soin de former. On pense à Jourden - sans Carrasso frère parti pour le Stade Rennais -, à Yanga-Mbiwa - un des joueurs les plus prometteurs pour le futur de l'Equipe de France - et à El Koutari derrière, à Ait Fana et Belhanda pour les postes offensifs. De quoi annoncer de nouveaux lendemains qui chantent dans l'Hérault. Mais vite si possible, tant il risque d'être difficile de pouvoir garder éternellement pareils trésors...
Pour un club du calibre du MHSC, qui plus est au sein d'une agglomération vivante et attractive, la question de la croissance est l'un des problèmes les plus délicats à régler. En prenant le bilan des dernières saisons, on s'aperçoit en effet que la plupart des clubs confrontée à ce genre de situation ont connu pour un coup d'éclat pas mal de saisons manquées dans la foulée. Que ce soit Nice, Nancy ou Toulouse, tous ont le plus souvent disparu dans le bas du ventre mou de la Ligue 1. D'autant que, comme ses prédécesseurs, Montpellier devra composer avec de nombreux défauts structurels auxquels s'ajoute un budget qu'on sent ric-rac. Façon d'annoncer qu'on imagine mal la bande à Loulou jouer les trois premières places ni cette année, ni les suivantes.
Le type à suivre - Olivier Giroud
Giroud, c'est le genre d'underdog dont on peut raffoler. Un de ces laborieux formés à la dure, du côté des divisions inférieures, qui connaît l'envol à l'étage supérieur et ne lâche plus sa revanche sur le destin. Dans le sillage de Savidan et de Pagis, dans un style très proche de celui de Gignac, Olivier Giroud a tout pour être le nouveau Rocky I, II III et IV de la L1. La preuve ? Après avoir passé cinq saisons et planté une cinquantaine de buts en Ligue 2, rapproché Tours de la montée, il s'est permis de refuser une offre du Celtic Glasgow pour jouer avec le n°17 à la Mosson un week-end sur deux. De quoi donner une certaine idée de la classe du bonhomme.
Le point prono - 8 ème
L'oracle du Casino de Lamalou les Bains l'a prédit, Montpellier va réussir sa saison. Ce qui revient à dire que les Héraultais ne vont pas la rater. Certes, aller gratter la moustache des gros matous de l'étage supérieur en L1 risque d'être plus difficile que l'an passé, mais l'équipe de René Girard arrive cette année avec bien plus de certitudes que d'autres candidats au ventre mou. Autrement dit, pas de catastrophe à la grenobloise à prévoir.D'autant qu'avec la sortie de route anticipée dès le tour préliminaire d'Europe League, la jeunesse montpelliéraine a déjà été contrainte de redescendre après son bon trip de la saison dernière.
L'équipe presque type
Jourden - Bocaly, Spahic, Dzodic ou Yanga Mbiwa, Yanga Mbiwa ou Jeunechamp - Marveaux, Pitau, Estrada, Aït Fana - Giroud, Kabze
Sur le banc, René Girard qui se dresse sérieux et Loulou Nicollin qui s'étale et déconne sous son plaid.
